Forum RP : Le Seigneur des Anneaux
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 La salle du trône et le château

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Denethor
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Sam 5 Juin 2010 - 15:15

Pourtant, l'attente fut longue. Grave manquement diplomatique à l'étiquette ou fait volontaire, ceux des plaignants qui ne s'étaient pas éclipsés à la vue de Toranur furent introduit avant le souverain d'Angmar, l'Intendant n'ayant pas modifié son calendrier. Quand, enfin, Toranur fut autorisé à entrer, Denethor était assit dans son fauteuil, et ne s'en leva que lorsque le souverain fut au milieu de la pièce. D'un ton froid, neutre, mais au demeurant relativement peu hostile, il partit dans un discours ambigu.

"Et bien, Toranur d'Angmar, dites-moi, quel effet cela fait-il de passer les portes de cette cité sans les enfoncer? J'ose espérer que nous vous avons mieux accueillit que la dernière fois, mais je suis surpris que nos flèches ne vous ait pas fait passer l'envie de revenir en ces lieux."

Malgré son âge, Denethor était monté sur les remparts. Il y avait combattu, obéissant aux ordres de jeunes capitaines ne l'ayant pas reconnu. Certains avaient prouvé leur qualité, mais il n'avait pu les retrouver par la suite, tel celui qui tenta de tenir la Grande Porte, puis plus tard celle du Deuxième Cercle. Se tirant des souvenirs de ce combat, il reporta son attention sur le souverain en face de lui. Toranur pu voir que, par mesure de précaution, le nombre de gardes dans la salle avait été doublé: les hommes formaient un rang serré sur tout le pourtour, au lieu d'être posté dans les quelques alcôves des murs.

"La Garde d'Argent." dit simplement Denethor, "Je les ai choisis parmi les vétérans du siège de Minas Tirith..."

Il se rassit sur son siège, invitant Toranur à en faire de même. Sans doute tout ce petit jeu n'avait-il eu pour seul but que de déstabiliser, ou tenter de mettre mal à l'aise ce général devenu roi, qui avait l'audace de revenir en ces lieux... Le faire tuer aurait été très simple, mais l'Intendant n'était pas homme à cautionner ce genre d'actions, qui de plus ne manqueraient pas de raviver une guerre qu'il avait à peine les moyens de continuer. Mieux valait panser ses plaies, et attendre le bon moment...

"Mais j'imagine que vous n'êtes pas là pour ce qui a changé depuis votre dernière 'visite', n'est-ce pas? Ou pour échanger avec moi des souvenirs de bataille... Vous n'êtes pas le bienvenu ici, Toranur d'Angmar, et bien que ça me soit pénible de l'avouer, j'ai fait doubler les effectifs en service dans les rues de la ville pour garantir votre sécurité... Ne sortez pas seul. Je ne vous apprend rien en vous disant que je ne vous apprécie pas, et vous êtes suffisamment intelligent pour comprendre que je fais ça uniquement pour épargner à mon peuple une guerre contre le votre..."

Il avait décidé de jouer cartes sur table, pour aller à l'essentiel, et faire en sorte que Toranur reparte le plus vite possible, avant qu'un accident grave ne survienne.

"Alors, allons à l'essentiel... Pourquoi êtes-vous ici?"

De la nourriture de des boissons étaient disposés sur la table devant eux. Denethor se servit un verre d'eau au pichet avant de le boire, plus pour se désaltérer que pour montrer à Toranur qu'il ne risquait rien. Ce dernier le savait déjà assez...


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Sam 5 Juin 2010 - 16:07

*Damné vieillard* ainsi pensait Toranur alors qu'il voyait ces courtisans ayant sollicité une audience franchir sous son nez et avant lui les lourdes portes de la salle du trône. Intérieurement, le souverain d'Angmar bouillonnait d'impatience, mais son visage ne reflétait rien de cette agitation. Seul un observateur attentif et connaissant bien Toranur aurait pu remarquer un jeu des regards beaucoup plus vif et rapide que d'habitude. A part cela, la posture négligente adoptée par le roi n'avait pas bougée tandis que son visage restait aussi souriant que lorsqu'il était entré. Il était certain que l'intendant Denethor faisait exprès, mais il était hors de question de laisser sous-entendre à qui que ce soit que cette situation l'ennuyait!

Mais, alors qu'il arrivait au bout de ses limites de patience, les battants s'ouvrirent de nouveau tandis qu'on appelait le nom du souverain d'Angmar. Enfin! telle fut la première pensée de Toranur qui se redressa comme un ressort. Mais, il se reprit bien vite et s'obligea au calme. Fort heureusement, l'antichambre était vide et les seuls à avoir vu ce mouvement d'humeur étaient ses fidèles soldats. Les trois angmariens entrèrent dans la pièce qui leur était ouverte mais sans hâte. Ils s'arrêtèrent quelque pas plus loin tandis que les portes de la salle étaient refermés. une fois ceci fait, le souverain d'Angmar s'avança seul vers la silhouette fière de l'Intendant. Ce dernier ne fit pas mine de se lever avant que Toranur n'atteigne la moitié de la salle. A ce moment là, alors qu'il apparaissait évident au souverain d'Angmar que le nombre élevé de soldats présents n'étaient pas une situation ordinaire, Denethor se leva et commença à parler.

Les premières paroles du vieil homme firent sourire Toranur qui, tout en continuant s'approcher, répondit:

"A vrai dire Votre Grâce, je n'ai pas eu l'honneur de recevoir les flèches de votre belle nation. Lorsque je suis entré dans votre cité, elle était déjà au main de mon maître d'alors. Quand j'en suis parti, la fie fleur de l'Orient et du Rohan s'était chargé de me combattre pour vous."


Terminant sa phrase, Toranur fut en dessous des marches menant aux deux trônes: celui désespérément vide de l'Empereur, et celui occupé depuis de longues années désormais par Denethor, fils d'Ecthelion. Là, il y avait un fauteuil avec une petite table et quelques victuailles dessus. Malgré l'hostilité dégagée par la pièce, Denethor tentait de donner l'air de se conformer aux usages. Malgré tout, la sensation dominante était quand même celle de l'acier dégainé et près à plonger dans vos entrailles. Ce n'était pas vraiment agréable et si Toranur faisait mine de ne rien en montrer, il ne put s'empêcher de jeter un regard interrogatif à Denethor qui commenta sobrement:


"La Garde d'Argent. Je les ai choisis parmi les vétérans du siège de Minas Tirith..."

Puis, l'Intendant s'assit, rapidement suivit par Toranur. Après tout ce temps à attendre, s'asseoir était bienvenu.

"Je vous en remercie Votre Grâce. Et je ferais en sorte que ce ne soit pas en vain."

En même temps, Toranur pensa ironiquement *Il est vrai que déployer autant de soldats pour vous protéger d'un homme seul se jetant dans la gueule du loup n'avait pas beaucoup de sens.* Mais tout cela avait un mérite, un grand mérite. Denethor ne tenait pas à jouer au chat et à la souris avec un serviteur de l'Ennemi et il comptait bien jouer la franchise. Parfait. Si Toranur aimait beaucoup les préliminaires de négociation qui lui rappelaient l'intensité et l'exaltation des combats, les discussions superficielles l'épuisaient. Et lorsqu'il était fatigué, le nouvel homme fort de l'Angmar était méchant et cruel. Désormais, c'était au tour de Toranur de parler et d'abattre ses cartes. Or, depuis le début, il n'attendait que le moment où il pourrait jouer de son petit effet. Le fait que Denethor porte une coupe d'eau à ses lèvres et commence à boire ne pourrait être une meilleure occasion...

Se servant lui même un peu du nectar posé devant lui, Toranur lança négligemment:

"Eh bien, à dire vrai Votre Grâce, je suis venu vous demander la main de la fille de l'Empereur, la princesse Thaïs Laelias!"


La salle, déjà silencieuse, sembla se figer dans un silence de mort tandis que chacun des mots de Toranur claquait dans l'air comme autant de coups de tonnerre.




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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Sam 5 Juin 2010 - 16:42

Denethor manqua tout simplement de s'étrangler. Avait-il bien entendu? Toranur, Maréchal de Mordor et souverain d'Angmar, s'invitait dans la ville qui tenait tête à Sauron depuis des lustres, pour demander en mariage la fille de l'Empereur, la fille de celui qui fut son plus grand adversaire? La lueur d'incrédulité et le désarroi sur son visage disparurent bien vite tandis qu'il reposait sa coupe en grommelant. Lui qui pensait mettre Toranur mal à l'aise, il s'était fait avoir comme un bleu, à ce petit jeu politique où celui qui réussit à déconcerter l'autre gagne un point... Il étudia plus attentivement son interlocuteur, qui n'avait pas l'air de plaisanter.

"Et bien... Voilà une nouvelle des plus inattendues... Vous permettez? Héraut!"

Immédiatement, un homme s'avança. La tâche de héraut au service d'un chef aussi puissant que Denethor n'était pas simple: l'étiquette exigeait qu'on connaisse les us et les formules de chaque peuple qui se présentait ici, et le goût de certains pour les titres rendait l'exercice particulièrement ardu. L'homme se tint là un instant, avant que l'Intendant ne laisse tomber quelques mots.

"Faites annuler les autres audiences... J'ai à parler ici de choses urgentes...."

En cet instant, il regretta de ne pas avoir à sa disposition une garde telle que la Garde Silencieuse que l'Intendant de Dol Amroth d'une autre époque, Sefir, avait réussit à mettre en place. Des hommes qui ne parlaient jamais, astreints au silence le plus total... Mais bon, il ferait avec ce qu'il avait.

"La main de la fille de l'Empereur, vraiment? Ce qui ferait de vous, si je ne me trompe pas, l'Empereur en titre? Je vais être tout à fait franc avec vous, Toranur. Je ne vous apprécie pas, ce qui ne m'empêche pas de vous porter un grand respect. Chacun des hommes qui nous entoure ici a d'excellentes raisons de vouloir vous tuer, et pourtant, je peux vous assurer qu'aucun ne le fera. Vous êtes un homme honorable à bien des égards, nul ne saurait le nier, et cette main, je vous aurait accorder le droit d'essayer de l'obtenir avec enthousiasme si vos allégeances n'étaient pas si obscures."

Ce que venait de dire l'Intendant était vrai. Les soldats autour regardaient Toranur avec une lueur de défi, de colère dans les yeux, sans doutes leurs articulations avaient-elle blanchies sous leurs gants de cuir à l'annonce de la demande du Maréchal, avant de se détendre sous les paroles de l'Intendant. Oui, eux aussi auraient suivit cet homme, ennemi d'hier, comme les Angmariens le suivaient à présent. Coupant court au silence, l'Intendant reprit la parole.

"Mais même alors je n'aurais pu vous donner ce que vous êtes venu demander. Je suis Intendant, elle est fille d'Empereur. Il n'est pas de mon ressort de décider de son époux, juste de donner mon accord à son union. Vous pourriez être un bon parti, Toranur."

Les yeux de plusieurs soldats s'écarquillèrent. Qu'était en train de dire Denethor? L'homme qui était avec eux sur les murailles, que beaucoup s'étaient étonnés de voir l'épée à la main, abattant sa fureur sur ses ennemis, véritable force de la nature qu'il était.
Mais il n'avait pas finit.

"Et j'aurais des raisons d'accepter!"

Il avait parlé fort, comme s'il prenait ses gardes comme témoins.

"Tous les hommes sous un même drapeau, un Empire qui s'étendrait du Nord au Sud, sur tout un continent! La paix enfin avec le plus grand général de l'Ennemi! Si tant est que vos allégeances aient changées, Toranur."

Avec une expression satisfaite sur le visage, il reprit la parole.

"[color=blue]Nous pouvons trouver un arrangement. Mais il me faut des preuves concrètes que vous n'êtes pas ici comme pion sur l'échiquier de Sauron! Et même alors... Je ne vous permettrai pas de monter sur le trône impérial. Je veux la paix pour mon peuple. Pas l'esclavage.[/colro]"


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Sam 5 Juin 2010 - 17:42

Toranur eut la satisfaction de voir que son petit stratagème avait bien fonctionné. S'il s'était retourné, il était quasiment certain de trouver la même lueur d'incrédulité dans les yeux de ses deux Unstergivens que chez les hommes de la Garde d'Argent. Non, vraiment, le souverain d'Angmar n'était pas mécontent de son petit effet.

*Même si on me tuait d'ici la fin de la journée, j'aurais eu cette chance inestimable de voir un grand de ce monde s'étrangler avec un verre d'eau.* pensait-il amusé tout en portant de manière nonchalante sa propre coupe à ses lèvres. Mais cette surprise ne dura pas longtemps. En même temps que Denethor reprenait son masque d'Intendant, les soldats avaient repris leurs attitudes légèrement agressives tandis que le crissement du cuir sur le bois et l'acier des armes se faisait ressentir. Comment un être aussi vil qu'un serviteur de Sauron pouvait-il oser faire une telle demande? Espérer obtenir la main de la si belle et si douce fille de l'Empereur?

Noyau de ce maelström de pensées et de mouvement, Toranur faisait semblant de ne s'apercevoir de rien et laissa Denethor prendre la suite des opérations. Désormais que le premier choc était passé, il fallait laisser le temps à l'Intendant d'intégrer toutes les données et possibilités que sous-entendaient cette simple phrase. Denethor réagit rapidement. Il fit annuler ses audiences suivantes mais, choses pour le moins étonnantes, il ne renvoya pas ses gardes et parla devant eux.

Remarque, vu l'immense charisme que mettait Denethor dans chacune de ses paroles, ce n'étaient peut être pas si mal. En quelques mots, l'Intendant avait décrispé les personnes présentes dans la pièce, permettant à Toranur de se relâcher légèrement. Puis, élevant la voix, Denethor ouvrit la voix à ce qui serait bientôt les véritables discussions diplomatiques, celles qui décident de l'avenir du monde et non pas de celles semblables à ces stupides Conseils elfiques où de soi-disant sages se contentaient de vouloir imposer leur point de vue en assommant leurs interlocuteurs de par la longueur de leurs phrases. Le plus dur était passé, mais désormais, tout restait à faire.

Se levant de son siège, Toranur plongea son regard dans celui de Denethor et dit:

"Quand bien même le chercherais-je que je ne pourrais être votre Empereur. Mais le pouvoir pour le pouvoir ne m'intéresse pas Seigneur Denethor. Seul le futur des hommes m'importe."

Brisant la connexion, Toranur commença à marcher en rond tout en continuant de parler, vieille habitude de soldat...

"Oui, vous avez compris. C'est la paix et l'union des hommes que je viens chercher. Un seul drapeau, un seul chef, un seul peuple. C'est ce dessein que j'ai toujours voulu servir. C'est l'idéal de vie que j'ai toujours cherché à atteindre. Longtemps, j'ai cru que seul Sauron pourrait me permettre de le vivre. Mais..."

Toranur s'agitait de plus en plus dans son propos, comme troublé par de pénibles souvenirs.

"Un de mes prisonniers m'a aidé à comprendre la vrai nature de mon ancien maître. Et avec l'arrivée des Morts, j'ai été obligé de reconnaître mon, pardon, mes erreurs. Sauron ne s'intéresse pas aux hommes. Il nous utilise comme de simples pions dont il use à merci les corps, les coeurs, mais aussi les âmes..."

Toranur s'était arrêté et fixait le dallage sous ses pieds. Soudain, relevant la tête, il dit d'une voix forte:

"Sauron est l'ennemi des hommes et je n'aurais de cesse de combattre jusqu'à l'unification des hommes dans un monde en paix. Qu'êtes vous prêt à accepter de l'Angmar Votre Grâce?"




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Dernière édition par Toranur le Sam 5 Juin 2010 - 23:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Sam 5 Juin 2010 - 18:25

Denethor haussa les sourcils. "Le pouvoir pour le pouvoir ne m'intéresse pas"... Voilà qui devenait intéressant. L'esprit rompu à la politique de l'Intendant lui laissa bien vite entrevoir une solution plus que satisfaisante, à tel point qu'il ne peut empêcher un sourire de se dessiner sur son visage. Il regarda Toranur se lever pour parler, en bon soldat qu'il était. Cet homme été né dans la guerre, et forgé pour la guerre. Cependant, c'était aussi un brillant tacticien, qui avait déjà montré ses capacités, la ville s'en souvenait encore cruellement... Décidément, une solution satisfaisante se profilait à l'horizon. Il fallait espérer que la princesse accepte l'union, qui serait bénéfique pour tous, si du moins le Maréchal était sincère dans son discours sur l'union des hommes...
Il laissa celui qui devenait son invité finir son discours, puis resta silencieux un instant, comme s'il hésitait. Puis, d'une voix de commandement qui n'appelait pas à la désobéissance, il parla à ses gardes.

"Sortez. Je ne risque rien de cet homme... Emmenez donc ces hommes de l'Angmar dans une taverne, et faites leur découvrir la ville. N'oubliez pas qu'eux ne vous ont rien fait, et que vous n'avez de grief qu'envers le Maréchal Toranur..."

Les hommes acquiescèrent, puis, disciplinés, sortirent de la salle sur deux rangs, entraînant avec eux les gardes de Toranur. Les deux hommes étaient maintenant seuls. Se débarrassant de sa cape qui ajoutait encore au poids de sa cotte de mailles, Denethor se leva, rejoignant Toranur pour l'entraîner jusqu'à un balcon.

"Je ne demande qu'à vous croire, Toranur. Vous êtes un homme d'une grande valeur, mais j'ai encore des doutes sur vos idéaux. Sans doute est-ce en partie du à la rancoeur que je vous porte pour avoir mis cette ville à genoux... Regardez-la. Elle a souffert sous vos coups, ses blessures ne sont pas encore refermées, d'autres ne sont même pas pansées!"

Il désignait plusieurs bâtiments en ruines, que nul n'avait encore reconstruit.

"C'est la capitale de l'Empire. Là où se prennent les décisions. Là où résident une partie des gens qui ont une grande influence. Et tous vous sont hostiles, ou du moins ne vous font pas confiance. Je sais qui vous êtes. Vous êtes le fils de la Bouche de Sauron. Vous avez été élevé comme tel, au service du Seigneur Ténébreux. Seriez-vous un général récemment à son service que je vous aurait cru... Mais pour l'instant, la prudence exige de moi que je ne hâte rien."

Il tourna son visage vers Toranur. Malgré son âge, il était encore un homme vigoureux, et une volonté de fer comme une intelligence remarquable se lisait dans ses yeux.

"J'ai envie de vous croire. Votre venue ici, presque sans escorte, est un signe de bonne foi que je ne saurais dénigrer. Je vous autorise à tenter votre chance auprès de la Princesse. Je lui parlerai, et je pense trouver les mots pour la convaincre. Mais sachez que je ne la laisserai pas sans surveillance, jusqu'à ce que je vous fasse confiance. Si elle doit repartir avec vous en Angmar, ce ne sera pas sans une forte escorte. Et sachez que si je dois pour assurer sa sécurité la faire entourer de dix mille soldats, je n'hésiterai pas."

Denethor n'arrivait pas à croire ce qu'il était en train de faire. Il prenait des risques inconsidérés.

"Mais nous n'aurons pas à en arriver là... La ville aura déjà du mal à accepter votre union si elle se fait... Je crois qu'il est préférable que la princesse reste ici jusqu'à ce que des liens tangibles soient créés entre nos deux pays."

On arrivait à la partie intéressante.

"Et pour cela, j'ai des conditions... Je sais la valeur de vos troupes, vous pouvez les garder. En revanche, et je serai intransigeant, j'exige qu'une équité soit instituée dans l'administration de votre région. Si vos gens coopèrent et agissent avec transparence, cela devrait déjà rassurer la bourgeoisie. Ensuite, il me faut rassurer l'armée et les nobles, et pour ça, je ne vois qu'une vaste campagne d'enquête sur vos terres. Aucun orque vivant ne doit s'y trouver, et croyez bien que tout ceux qui seraient rencontrés seraient massacrés. Et j'exige aussi l'établissement d'au moins deux garnisons de l'Ousitrenesse sur vos terres."

On voyait bien qu'il serait très difficile de faire reculer Denethor sur ces positions. Il semblait croire Toranur, en reportant sa méfiance vers d'autres, mais ne parvenait pas à la cacher tout à fait. Et il ferait tout ce qu'il pourrait pour s'assurer une relative maîtrise du jeu qui se jouait là en gardant dans sa manche quelques atouts, comme le contrôle des déplacements de la princesse, ou encore la Toile...

"Au fait, ce prisonnier... Quel était son nom?"


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Dim 6 Juin 2010 - 11:09

Malgré le masque impénétrable qu'en bon homme politique Denethor affichait, Toranur pouvait sentir la lutte qui opérait chez cet homme. Et en effet, comment faire confiance à un des pires ennemis de la cité dont on a la charge, et, dans le même temps, se priver d'une telle opportunité? Sans qu'il ne sache trop comment cela lui vint à l'esprit, le souverain d'Angmar se demanda un instant comment il réagirait si Sefir, un des hommes les plus dangereux qu'il ait affronté, venait à lui lui proposer ses services? Nul doute que Toranur adopterait la même attitude que Denethor. Il est des choix qui sont éminemment tentant mais dont on ne peut que se méfier...

Soudain, surprenant toute l'assemblée, le serviteur du maiar noir lui même, Denethor ordonna à tout le monde de sortir. Les deux dirigeants étaient désormais seuls, libres d'aller au fond des choses, de discuter de choses que seul les hommes de pouvoir sont autorisés à savoir. Toranur sourit à cette pensée tandis que Denethor se débarrassait de la lourde cape d'Intendant afin d'être plus à l'aise dans les discussions à venir. Puis, descendant les quelques marches menant à son trône, il entraîna Toranur vers un balcon proche. De là, les deux hommes avaient une vue splendide sur l'ensemble de la cité. L'ancien maréchal du Mordor put ainsi découvrir la ville comme il ne l'avait jamais fait. Ses courts déplacements à Minas Tirith avait toujours été sous le sceau de la rapidité ou de la discrétion, ne lui permettant pas de contempler les merveilles qu'elle recelait.

Devant un tel spectacle, Toranur ne pouvait que se taire, d'autant que l'Intendant de l'Empire avait commencé à parler. Faisant suite aux merveilles qu'il contemplait, le roi d'Angmar, ancien fléau de Minas Tirith, put constater que l'oeuvre de destruction qu'il avait commander laissait encore des marques profondes, affligeant cette belle cité de verrues qu'il serait difficile à enlever... Puis soudain, Denethor tendit le bras de nouveau vers les palais et autres grandeurs de la ville. Malgré ces destructions, Minas Tirith restait le lieu du pouvoir sur la Terre du Milieu. Armenelos était peut être plus belle, Barad-Ûr plus solide, Fondcombe plus sage, Khazad-Dûm plus riche et Krell-Kain plus forte, seul Minas Tirith présentait cet ensemble harmonieux de puissance, savoir et majesté. Le fait qu'elle soit tombé une fois sous les coups de l'Ennemi lui avait donné une aura supplémentaire que Toranur n'avait jamais perçu. Désormais, Minas Tirith était aussi martyr et plus jamais ses habitants ne la laisseraient tomber...

Soudain, Denethor parla de la Bouche et aussitôt le visage de Toranur se contracta tandis que son poing droit se fermait. Bien que cela ne dura qu'un instant, l'Intendant put voir combien ce sujet était sensible pour l'homme de guerre. Ce geste non calculé ne provoqua dans l'esprit de Toranur nulle crainte. Certes, Denethor ne manquerait pas d'explorer cette faille potentielle, mais dans le même temps, cela pouvait donner plus de légitimité à la demande qu'il faisait. Mais déjà les propos de l'Intendant changèrent et se tournant vers Toranur, il plongea son regard pénétrant, plein de sagesse et de détermination. La jeunesse avait peut être quitté ce corps mais l'esprit du vieil homme en conservait sa souplesse et sa vitalité. Et tandis que les deux hommes s'observaient, Denethor continua de parler et mit enfin une forme claire à la discussion: Denethor, fils d'Ecthelion, fidèle serviteur de l'Empire, Intendant infatigable du Gondor puis de l'Empire tout entier, acceptait que Toranur, fils de la Bouche de Sauron, serviteur zélé de l'Ennemi, fléau de Minas Tirith, prenne pour épouse Thaïs Laelias, fille aimée du premier Empereur des hommes, elle dont le sang venait en droite ligne des premiers hommes et dont la fidélité aux Valars n'avaient jamais été remise en cause. Il y avait moins d'une heure, cela était impensable pour tous et désormais, cette idée commençait à quitter le monde de l'abstrait pour se faire réalité... Mais, cela ne se ferait pas sans garantie ni méfiance mutuelle et la menace implicite des 10 000 soldats de l'Empire en Angmar n'était pas fortuite, même si Denethor la nuança immédiatement, avant d'attaquer la véritable partie.

Si Toranur avait franchi les trois premiers obstacles, il lui restait désormais le plus difficile à faire. Négocier son allégeance sans perdre sa liberté d'action. Et face à un tel négociateur, cela n'allait pas être évident. Après tout, Denethor n'avait-il pas réussi à se maitnenir à son poste malgré son inimité avec Aragorn? N'avait-il pas su se faire élire Super-Intendant de l'Empire alors que les forces politiques en place ne lui étaient pas favorable et que le peuple ne l'aimait guère? Non, c'était Denethor la difficulté. Une fois son accord emporté, aucune difficulté n'interviendrait véritablement...

Denethor posa ses conditions, qui semblaient raisonnables, mais qui dans le même temps, allaient à l'encontre des intérêts de Toranur. Rompant le silence pour la première fois depuis qu'ils étaient seuls, le roi d'Angmar répondit:

"Votre Grâce, je vous remercie d'accepter la vassalité de l'Angmar à votre Empire. Je ne peux que comprendre combien cela doit vous coûter. Les inimités que votre peuple et vous mêmes avez à mon encontre sont tout à fait normales, bien que je le déplore.Sachez que je ferais tout pour amener nos peuples à la paix et à cette union que je désire si fort. Mais..."


C'était le propre de la négociation que de mettre des "mais" partout et Toranur n'allait surement pas s'en priver.

"Vous devez être conscient de deux choses Votre Grâce. La première, c'est que pour assurer ma main-mise sur le royaume, j'ai été obligé de m'appuyer sur le culte que voue mon peuple pour Sauron et Melkor. Or, je ne peux abandonner du jour au lendemain les oripeaux que j'ai érigé. Pour que l'intégration de mon royaume à l'Empire se déroule du mieux possible, il me faudra maintenir une fiction du pouvoir durant quelques temps. Les Angmariens sont jaloux de leur indépendance et ils ne comprendraient pas que leur Confiteor (libérateur) les mènent sous une nouvelle domination vécue comme une agression. Si je ne peux garantir cette fiction, alors je devrais me tourner vers le seul autre Empire susceptible d'arriver à ses fins. Bien que mes intérêts soient moins liés, l'Empire de l'Est saura me faire un pont d'or pour le rejoindre..."

Quittant l'air sérieux et dur qu'il avait eu en disant cela, Toranur ajouta:

"Cela étant dit, nous pouvons donc discuter de manière plus détaillée vos conditions. Concernant..."

Soudain, Denethor changea complètement de sujet. Comprenant que dans l'état actuel la négociation n'avancerait pas, le vieux filou n'hésita pas à utiliser son expérience pour déstabiliser Toranur. Face à cette question si brutale, le roi d'Angmar perdit un instant ses moyens avant de se remettre bien vite. Affectant un air détaché, Toranur se mit en devoir de répondre:

"Votre Grâce, le sujet est relativement intime, aussi vous demanderais-je de garder ce que je vais dire pour vous, et les espions auxquels vous ferez appel pour confirmer mes dires."

Tournant son regard vers le lointain, Toranur continua:

"Mon prisonnier était une prisonnière. Elle s'appelait Raya. C'est bête, mais dans le monde sauvage dans lequel je vivais, son affection et sa tendresse réveillèrent des sentiments que j'avais observé chez mes victimes sans jamais les comprendre. Etonnant comme la vie est faite, n'est-ce pas?"


Toranur s'arrêta un instant. Denethor ne disait rien et les deux hommes restèrent silencieux un moment. Toranur n'aimait pas remuer de vieux souvenirs, surtout lorsqu'ils étaient douloureux. Et qu'en plus il devait mentir pour arriver à ses fins... Reprenant son discours, Toranur se tourna vers Denethor:

"Une première fois, j'ai tenté d'échapper à ma vie de serviteur de Sauron avec elle. C'était juste après le siège de votre cité. Mais les laquais de mon maître me pourchassait et je n'étais pas tout à fait certain de la noirceur d'âme de mon maître. Aussi suis-je revenu vers lui. Il me punit durement mais il savait que je pouvais lui être encore utile. Il me fit surveiller par son chien le plus dangereux: Khaedril, et me sépara de celle que j'appelais mon épouse, bien qu'aucun sacrement ne nous liait, en m'envoyant libérer l'Angmar. Et là bas, j'appris que Sauron avait fait disparaître cette femme, trahissant ainsi ma confiance une première fois. Puis, il me laissa me débrouiller seul face aux Morts dont je découvris presqu'à mon insu qu'ils étaient l'oeuvre de celui que j'idolâtrais... Vous comprenez combien je ne peux plus suivre le chemin que mon éducation me destinait à suivre..."

Sur les dernières paroles, Toranur avait plongé son regard droit dans celui de l'Intendant, un regard rempli de toute l'illusion de la vérité que pouvait mobiliser Toranur ainsi que d'une douleur, réelle cette fois-ci. Puis, brisant ce contact et affectant un air souriant et heureux, le souverain d'Angmar changea à son tour de sujet:

"Vous ai-je dit les avantages que vous apporterez un Angmar semi-indépendant?"




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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 24 Juin 2010 - 20:36

    De son côté, Denethor avait entreprit de réparer dans son esprit la confusion causée par les mots de Toranur, reconfigurant ses défenses en prenant ces éléments en compte. Lui qui ne s'était attendu qu'à une visite diplomatique destinée à le faire enrager, il avait découvert que les motivations du maréchal étaient toutes autres. Et il avait envie de croire au revirement de cet hommes, qu'il écoutait parler sans interrompre, réfléchissants, montrant par la vivacité de ses yeux qu'il ne perdait pas une miette de ce que Toranur lui disait. Il le laissa finir, avant d'ajouter, avec un sourire aussi amical qu'il le pu:

    "On raconte, Maréchal, que c'est ce Khaedril qui vous a retrouvé, d'ailleurs. Vous seriez peut-être intéressé à apprendre ce que cet homme est devenu pendant les sept années qui suivirent cet épisode, d'ailleurs?"

    Une partie de son esprit continuait de lui souffler de se méfier du revirement de Toranur, et il convenait de placer le Maréchal sur des charbons ardents, ne pas lui laisser un seul instant de répit. Toranur ne laissa transparaître aucune émotion, mais l'intuition de l'Intendant lui laissa deviner qu'il avait excité la curiosité de son interlocuteur. À moins que la chose ne soit feinte, allez donc savoir! Les plus habiles négociateurs sont ceux qui ne laissent pas deviner le fond de leurs pensées, et en cette occasion, c'était bien là que reposait toute la difficulté de la chose...

    "Je suis bien conscient de ce que vous me dites, Maréchal. Et soyez bien conscient aussi que je ne peux laisser l'Angmar, et encore moins son souverain quand celui-ci a votre réputation, entrer dans le giron de l'Empire de l'Ouistrenesse sans contrepartie raisonnable. La situation telle que nous la concevons me semble bloquée, je crois qu'il va falloir que nous en discutions de façon plus approfondie... Après tout, nous ne sommes plus des enfants, et même si ces jeux politiques ne vous sont pas aussi familiers qu'à moi, vous avez un esprit vif. Ne commençons pas la nouvelle relation entre nos deux pays en nous observant l'un l'autre sans bouger... Je suis prêt à vous faire quelques concessions, mais soyez bien conscient que vous devrez en faire de même. On n'a rien sans rien."

    Il jeta un dernier regard sur la Cité Blanche, avant d'entraîner à nouveau Toranur à l'intérieur, non pas en direction de la salle du trône, mais vers une de ces nombreuses salles privées, plus petites et plus à même de recueillir les manigances politiques des grands hommes de ce monde. Quand ils y pénétrèrent, un dîner nourrissant mais simple, au goût de l'Intendant, y avait été servit. Les serviteurs avaient prévu la salle pour deux, comme si le Palais réagissait aux ordres de Denethor, sans que ce dernier ait besoin de les exprimer.

    "Vous joindrez-vous à moi, Maréchal? Je m'excuse pour la simplicité des plats, mais à mon âge, on perd facilement le goût des aliments plus riches, tant on en a mangé. Pour que le plaisir perdure, il faut parfois s'en priver..."

    Il prit place, invitant d'un geste Toranur à prendre place en face de lui. La table était assez petite, laissant les deux hommes converser à leur guise sans avoir à élever la voix. Une seule serveuse s'occupait du service, l'Angmarien cru déceler à travers le tissu de sa manche un tatouage, sans qu'il puisse bien en distinguer le motif. Sans nul doute, Denethor s'était-il entouré d'un réseau efficace. Que pouvait-il donc risquer? Il vit l'intendant l'inviter à se servir comme il le souhaitait, lui-même commençant à manger avec appétit. Pendant quelques instants, il y eut un silence à peine troublé, avant que le vieil homme ne reprenne la parole.

    "Si vous ne pouvez rendre la vassalité future de l'Angmar publique tout de suite de votre côté, je ne peux en faire autrement du mien. Et il serait inconvenant que la Princesse Thaïs Laelias épouse un homme dont le royaume ne reconnaîtrait pas l'autorité de l'Empire. Vous le savez certainement, j'ai quelque peu relâché les liens entre les différentes régions... L'ensemble reste fort, mais en gérant les choses à un niveau plus local, on peut gagner considérablement en efficacité. C'est pour cela que je ne sais à quoi m'en tenir avec l'Empire de l'Est. Ils sont forts, certes, mais leur organisation est réellement monolithique..."

    Où donc l'Intendant voulait-il en venir? Toranur devait certainement commencer à se rendre compte qu'en roublard, Denethor jouait avec ses nerfs, abordant un sujet sans l'explorer à fond, passant de l'accord en discussion à des considérations plus générales, comme s'il était en train d'avoir une conversation avec un vieil ami. Son ton comme son discours appelaient à se relâcher, le vin et la nourriture aidant, et sans doute le Maréchal comprit-il alors dans quel piège Denethor l'avait amené. Il comptait le soumettre à une très forte tension en multipliant les pressions sur lui, tout en gardant le masque d'une amitié naissante... Les nerfs et l'esprit de l'homme de guerre resteraient-ils aussi affûtés que durant la bataille?

    "Pour en revenir à ce qui nous intéresse... Si nous négocions des accords secrets, il ne pourra y avoir qu'un mariage secret. Officiellement, vous serez venu négocier un quelconque traité, pourquoi pas une alliance commerciale sur les fourrures, je m'en moque, nous avons le temps d'imaginer cela. Nous pourrions dire que les discussions sont restées en suspens. De la sorte, nous montrons vous comme moi à nos peuples qu'il est possible de dialoguer avec nos ennemis d'hier, que nos deux nations peuvent devenir amies, et surtout, que nous pouvons éviter un nouveau bain de sang..."

    L'Intendant ne pu s'empêcher de penser que l'idée aurait bien plu à Sefir. Le régent de Dol Amroth avait été sans conteste le plus sanguinaire capitaine de Gondor, ne semblant chez lui qu'au coeur de la bataille. Il avait pu le voir à l'oeuvre sur les murs même de Minas Tirith, puisant dans une haine sans fin la force de frapper encore, encore et encore... Il ne pu retenir un frémissement... Et dire que cet homme était d'après les derniers rapports qui lui étaient parvenus en passe d'entrer dans la sphère dirigeante de l'Empire de l'Est... Qu'adviendrait-il si jamais, par le jeu du sort, il se retrouvait avec les rênes de la formidable machine de guerre orientale dans les mains?
    Il reporta son regard sur Toranur. Cet homme avait fait les frais, par trois fois au moins, des talents de Sefir, alias Khaedril. Était-il au courant de la présence à l'Est de son vieil ennemi? Comment réagirait-il en l'apprenant? Denethor pourrait-il se payer le plaisir de lui annoncer ce qu'il savait, puisque le Maréchal ne l'avait pas encore relancé sur cette question?

    "Si nous procédons ainsi... Vous gardez une très forte indépendance, ce qui est au final votre souhait à court terme. De mon côté, rien ne m'engage ou n'engage officiellement l'Empire de l'Ouest dans de véritables relations diplomatiques avec l'Angmar. La preuve de bonne volonté que vous avez donnée en venant en personne ici, il faudra bien que je vous la rende, mais nous avons le temps de prévoir cela... Cette solution me conviendrait, mais sachez bien que si vous ne respectez pas les délais d'intégration que nous allons, j'en suis sûr, fixer, il me sera très aisé de nier avoir conclu quoi que ce soit avec vous... Je déteste revenir sur ma parole. Je ne pense pas l'avoir encore fait, surtout sur un problème d'État... Soyez sage, Toranur, et évitez de ne pas me laisser d'autre choix..."


    [HJ: désolé du retard, j'ai eu quelques problèmes de motivation et de temps... J'espère que la réponse est à la hauteur de l'attente^^]


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Dim 27 Juin 2010 - 14:20

Toranur enrageait. Lui qui pensait pouvoir brasser des souvenirs douloureux en toute quiétude, voilà qu’il sentait poindre en lui des souffrances mal digérées. Trahison, honte, faiblesse… autant de mots et d’émotions qu’il aurait mieux fait de laisser en l’état plutôt que de répondre à ce beau diable de Denethor. Désormais, c’était ce dernier qui avait repris l’avantage. Pendant que Toranur se débattait avec ses souvenirs, le vieil homme en avait profité pour rebâtir ses défenses et contre-attaquer. Fort heureusement, il le fit au mauvais endroit. Certes, la honte que lui avait infligé Khaedril était immense et ne pourrait être lavée que dans le sang, mais Toranur avait eu le temps de réfléchir au sujet et savait beaucoup de choses sur l’assassin. Même, il était probable que le souverain d’Angmar en savait beaucoup plus sur l’Hasharim qu’une grande majorité de personne ayant eu le moindre contact avec lui. Depuis l’instant où Khaedril l’avait ramené pieds et poings liés devant Sauron, Toranur n’avait eu de cesse d’en apprendre toujours plus sur lui, interrogeant lui-même certains prisonniers ayant eu des contacts avec le talentueux meurtrier ou en utilisant à plein les immenses ressources du Mordor pour en apprendre toujours plus. Ajoutez-y le fait que les deux hommes avaient été à proximité l’un de l’autre sans avoir la chance de se parler au Rhùn, Toranur doutait donc fortement que Denethor puisse lui apprendre quoi que ce soit. Cependant, sa curiosité avait en effet été attisée. Au temps d’Aragorn, les informateurs se plaignaient du service impérial, mauvais payeur ainsi qu’en froid avec toute entorse à la légalité. Aussi, l’or du Mordor déversé généreusement suffisait à vous faire parvenir aux meilleures informations de la Terre du Milieu sans risques que les autorités puissent accomplir le moindre contre-espionnage. Au vu de ce que Denethor venait de dire, il était probable que ce temps là fut terminé. Le souverain d’Angmar avait donc tout intérêt à se renseigner sur le sujet. De plus, que l’Empire mobilise de telles ressources à la trace d’un seul individu venait de révéler au serviteur du maïar que l’Hasharim avait une grande importance pour les intérêts du Gondor. Il y avait donc moyen de monnayer là-dessus, ce dont n’allait pas se priver Toranur. Mais pas aujourd’hui. Khaedril était un sujet mineur pour l’instant et complètement déconnecté des jeux politiques auxquels se livraient les deux hommes…

« Votre Grâce, croyez bien que nous sommes tous deux d’accord sur le fond de vos exigences car elles sont dictées par la raison. Des positions claires et nettes nous arrangerons tous deux, mais vous comme moi devrons jouer serré pour faire accepter à nos peuples nos décisions. Si nos élites suivront sans peine car en capacité de comprendre nos arguments, la populace est bien plus sensible aux symboles qu’à la raison, et c’est sur ces derniers que je serais le plus attentif. Vous comme moi ne souhaitons pas d’événements malencontreux nous précipitant dans une escalade guerrière malencontreuse… »

Mais déjà Denethor ne l’écoutait plus. Quoique, savoir ce que Denethor entendait et comprenait de ce qui était dit relevait du simple pari et Toranur ne croyait pas raisonnable de parier sur le fait que l’homme fort de l’Empire n’ait pas entendu et assimilé ce qu’il venait de dire… Après un dernier regard vers sa Cité, l’Intendant avait entraîné l’homme de guerre avec lui vers l’intérieur, le menant vers des salles plus discrètes. Le signal n’était on ne peut plus clair. Fini les discussions d’intention, place aux négociations. Chacun savait ce que l’autre voulait, désormais, que chacun utilise ses atouts pour tirer le maximum de l’autre afin de déboucher à un accord. En entrant, Toranur put sentir une délicieuse odeur de cuisine parvenir jusqu’à lui tandis qu’une délicate chaleur s’emparait de lui. Après l’air frisquet de la terrasse et la fatigue du voyage, cela était très agréable et le roi d’Angmar sentit malgré lui sa tension diminuer d’un cran. Il se sentait tellement bien que Toranur ne jugea pas bon de relever le fait que Denethor ait utilisé son ancien titre en lieu et place de son véritable rang.

« Avec plaisir Votre Grâce. Pour les plats, ne vous excusez pas. Avant d’être roi, j’étais simple soldat, je connais la valeur de la simplicité, combien même rebute-t-elle à la plupart des grands de ce monde. »

Suivant l’Intendant, Toranur s’assit. A ce moment là, une servante sortit de l’ombre et se mit à accomplir le service. Ce dernier était discret et élégant, pour autant, cela réveilla comme une sonnette d’alarme chez l’ancien maréchal. Quelle discrétion cette salle pouvait bien avoir ? N’était-il pas étonnant qu’en si peu de temps, et sans que l’Intendant n’ait rien dit, cette salle ait été si bien préparée ? Plus méfiant, mais n’en laissant rien paraître, Toranur observa attentivement la salle et la serveuse. C’est à ce moment là qu’il détecta une tâche sombre à travers la manche de cette dernière. Un tatouage… Bien peu étaient les serviteurs tatoués. Seuls les esclaves avaient ce privilège, or, l’esclavage avait toujours été interdit dans ces contrées. Faisant le rapprochement avec la conversation sur Khaedril auparavant et cette garde d’Argent, Toranur supposa rapidement que Denethor avait un exercice du pouvoir qui n’avait rien à envier à celui de l’Angmar. C’était un peu hypocrite lorsque l’on savait que l’Empire se voulait un modèle de liberté, mais combien efficace ! Faramir, rencontré peu avant, avait bien eu raison de dire que Denethor ne serait pas homme facile à convaincre, la preuve en était là. Faire venir Toranur dans cette salle était très habilement joué et nul doute que le souverain d’Angmar devrait faire face à une très forte pression tout le long des négociations. Ces considérations à l’esprit, Toranur suivit l’invitation de l’Intendant et se mit à se servir des plats posés devant lui. Cependant, s’il porta la coupe de vin à ses lèvres, il prit soin de simplement se les humecter. Si Toranur n’avait rien à craindre du poison, il se méfiait fortement de ce genre de boisson. Les coteaux du Harondor étaient connus pour être excellents, mais aussi, très fortement alcoolisés… Pendant quelques instants, on n’entendit que le bruit des mastications pendant que chacun des deux protagonistes fourbissaient ses armes puis, Denethor reprit la parole. C’était son droit, n’était-il pas maître ici ?

Etonnant pourtant. Chacun des phrases énoncées par l’Intendant ne semblait pas attendre de réponses. Le ton était amical et chaleureux, mais étrangement, les paroles ne suivaient pas. Pourquoi aborder l’empire de l’Est et l’organisation politique alors même que la question de la vassalité n’avait pas encore été traitée ? C’était comme si Denethor réfléchissait à haute voix. Mais Toranur était prêt à parier sa main destre qu’il n’en était rien et que tout cela participait au plan de l’Intendant. Mais dans quel but ? Voulait-il amener Toranur à se trahir ? Ou simplement obtenir le meilleur rôle à moindre frais ? Pour faire face à cela, Toranur avait un gros défaut. Il était homme de guerre, habitué à la rouerie, la ruse et la trahison, mais préférant de loin la beauté rectiligne des régiments et la bête obéissance des soldats. S’il voulait obtenir ce qu’il était venu négocier, le souverain d’Angmar allait devoir garder la tête froide et conserver ses objectifs à l’esprit. La tâche ne serait sans doute pas aisée… Aussi, Toranur prit-il le temps de penser froidement à ce que venait de dire l’Intendant et pendant quelques instants, le silence fut à nouveau la norme. Puis, le séide du Mordor répondit :

« Le secret ne peut convenir Votre Grâce, ce n’est point là mon caractère. Je suis tout prêt à annoncer au vu et au su de tous vos nobles mon revirement ainsi qu’à signer avec vous un premier accord. Vous comprendrez cependant que je n’accomplisse la cérémonie de l’hommage que lorsque la princesse et moi aurons lié nos destins et ceux de nos peuples. Le jour même du mariage sera parfait. Ce pourrait être un beau symbole, pour mon peuple qui ne verra que le mariage et pour le votre qui ne verra que ma soumission. Qu’en pensez-vous ? »


En disant cela, Toranur se renversa dans son siège, l’air peu affecté. Et, sans attendre de réponses de l’Intendant, il continua ainsi :

« Je comprends que cette idée vous répugne encore. Aussi peut être préféreriez-vous que nous parlions du premier engagement écrit que je signerais au vu et au su de tous. Vous aviez parlé de quelques conditions qui m’ont paru raisonnable et dont je suis prêt à discuter. La présence orc par exemple est assez facile. Jusqu'à présent, j'avais relégué ces imondes bestioles aux tâches subalternes et dégradantes d'extraction des mines et de construction des routes. C'était ma foi assez commode, mais s'en débarrasser devrait être aisé. Cela fera un excellent entraînement pour mon armée. En un mois tout au plus, l'Angmar devrait être vidé de cette souillure, bien qu'à vrai dire, je ne partage pas vraiment votre haine viscérale envers ces créatures...»


Quittant prestement son masque de belle amitié, une réelle préoccupation vint couvrir les traits du souverain d’Angmar qui continua sur un sujet fort différent...

"En parlant d'orcs, permettrez vous à mes armées de combattre pour vous? Mon revirement risque de ne pas plaire à Sauron qui réagira sans aucun doute possible avec célérité et brutalité. Or, je ne veux pas que l'Empire auquel vous me donnez la chance d'appartenir supporte seul ce choc."

En disant cela, une véritable sincérité perçait dans chacun des mots de Toranur, comme si s'était réveillé en lui ces qualités de sang venues de Numenor qu'étaient le courage et l'honneur dans l'adversité...




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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mar 29 Juin 2010 - 1:25

    "Vous avez bien raison, Toranur... Le peuple ne voit que ce qu'il veut bien voir, et demeure étanche à toute autre vision. C'est précisément la raison qui me pousse pour l'instant au secret..."

    Ces quelques paroles avaient été prononcées avant qu'ils n'entrent dans la salle. Observateur, Denethor avait lui aussi remarqué la chemise trop fine de Camora, laissant deviner le tatouage caractéristique des membres de la Toile. La pénombre et le tissu aidant, on 'en reconnaissait heureusement pas le motif, mais c'était là une donnée suffisante pour alerter Toranur, et le regard du maréchal, rivé sur cet avant-bras, apprit à l'Intendant que la partie serait plus dure. Camora les avait espionné tout du long. Elle était au service de l'Intendant depuis maintenant quelques temps, et leur façon de communiquer par signes discrets permettaient des échanges faciles. Tandis qu'il maintenant l'attention de Toranur sur la ville, les doigts, les mains de Denethor avaient donné des ordres à cette présence discrète mais opiniâtre...
    Les choses avaient bien changé, en effet. Camora avait fomenté un audacieux coup d'État contre ses propres maîtres: les dirigeants de la Toile étaient morts, remplacés par des gens fidèles au Gondor, qui s'était acheté un réseau d'espionnage pour le prix de quelques assassinats. Heureusement qu'il existait des gens comme cette jeune femme. Prêts à tout pour s'assurer une meilleure position... Prêts à tout pour survivre. Et prêts à tout pour garder certaines choses secrètes. Il suffisait d'avoir le bon levier, les bons moyens de pression, et on pouvait réellement tout avoir. L'Empire de l'Ouest avait ainsi déployé ses antennes un peu partout, y compris dans des régions alliées comme le Rohan, où les cellules, bien qu'embryonnaires, étaient existantes. Malgré tout, la Garde d'Argent était réellement une troupe d'élite. Malgré sa mainmise sur la Toile, Denethor savait qu'il existait d'autres organisations semblables, ne seraient-ce que les Hasharii, qu'on ne parvenait pas à débusquer tant l'organisation était ancienne, et disposait d'agents à tous les échelons dans presque toutes les contrées. Qui de mieux placé pour le protéger que les survivants de l'assaut sur la Grande Porte? Ces hommes qui avaient tenu avec Sefir et Vakalor, qui avaient déjà prouvé leur foi en l'Empire, faisaient de parfaits protecteurs, dont la fidélité n'aurait jamais besoin d'être questionnée. À nouveau maître, nouvelles méthodes, et celles qu'avait adopté Denethor, bien que peu orthodoxes, ne lui avaient pas mal réussies pour le moment.
    Il savait qu'en ce moment même, suivant les instructions de Camora, ses hommes étaient déjà en train de rechercher les informations qui lui manquaient, sur la situation de l'Angmar, sur les projets apparents de Toranur,... Ce dernier, après avoir écouté les paroles qu'avait lancé, peut-être un peu précipitamment, l'Intendant pour dissiper la gêne causée par le tatouage, était resté silencieux, jusqu'à ce qu'il énonce ses dispositions... Voilà qui plaisait à Denethor, qui déjà imaginait une manière fort habile de faire passer le message.

    "Soumission... Vous avez bien dit soumission... C'est là le message qu'il faut faire passer, en effet. J'ai une idée, elle risque de ne pas vous plaire, mais sachez qu'il ne s'agit pas d'une basse vengeance pour vous humilier. Le seul moyen que je vois de garder les yeux de mon peuple fixés sur le mariage, ainsi que votre soumission, c'est d'organiser une procession à travers la ville. Il faut que tous vous voient monter dans la Cité Blanche, mais pas en vainqueur. Oubliez l'armure d'apparat... Il faudra que vous soyez vêtu simplement. Nous avons de très bons couturiers qui pourront vous arranger quelque chose qui vous donnera une prestance humble... Une sorte de majesté dépouillée, sur vous voyez ce à quoi je pense. Bien entendu, la princesse sera vêtue de manière appropriée: sans faste inutile, mais avec assez de richesse pour rappeler que vous êtes demandeur. La simplicité pourra même, avec les bonnes commères, ajouter une dimension d'amour que je vous souhaite sans pour autant y croire réellement..."

    Oui... Le peuple verrait la soumission de Toranur, se réjouirait de le voir ainsi dans la ville. L'armée suffirait à maintenir l'ordre: il faudrait être bien audacieux pour franchir trois rangées de lances et de cuirasses. En parlant de force, le problème des Orques venait d'être posé. Avec un petit sourire qui indiquait qu'il avait prévu d'abattre cette carte depuis un certain temps, Denethor reprit la parole.

    "Je peux mobiliser des troupes pour assister les vôtres dans cette tâche... Rendez donc les Orques responsables des maux de votre pays. Permettez à mes troupes de venir chez vous en amis. Je me porte garant de leur bonne tenue. Elles viendront vous assister et repartiront sitôt leur tâche accomplie... J'ai un Capitaine tout à fait capable de mener cette tâche à bien. Nous avons tout à y gagner: votre peuple ne voit plus l'Empire de l'Ouest comme un nouveau tyran mais comme un ami prêt à saigner avec lui, tandis que les soldats rapporteront chez eux la nouvelle du massacre. Toranur massacrant ses Orques... Songez au message!"

    Les différentes pièces du puzzle commençaient à s'emboîter, formant une fresque nouvelle, fort avantageuse pour l'Empire de l'Ouest, sans pour autant léser l'Angmar de Toranur. L'Intendant eut un nouveau sourire à la réflexion suivante de son invité. Le genre de sourire qu'on arbore quand on entend dans la bouche d'un autre ce qu'on voulait y entendre. Mais comment savoir si c'était là un sourire sincère?

    "Je permettrai à vos armées de le faire, mais de la même façon que les clans du Lamedon combattent pour nous. En tant que troupes auxiliaires. Je ne dénigre pas vos troupes, mais de ce que j'en sais, vous n'avez pas exactement la même manière de vous battre que les armées de Gondor ou d'Arnor. Il nous faudra organiser des exercices conjoints pour évaluer les forces et les faiblesses de votre armées — j'imagine que vous connaissez déjà celles de la notre — et ensuite, nous verrons comment intégrer vos forces armées dans l'Empire de l'Ouest... Troupes auxiliaires ou soldats ordinaires dans un uniforme différent? Il est trop tôt pour répondre à cela..."

    Denethor repoussa son assiette, l'air satisfait de son repas comme de sa discussion, signifiant qu'il avait finit de manger.

    "Læta! Veuillez préparer une chambre pour mon hôte..."

    Il n'avait pas appelé Camora par son vrai nom, simple mesure de précaution... Cette dernière ne prononça pas un mot, se contentant de s'incliner pour marquer son assentiment et de s'éloigner silencieusement dans les couloirs.

    "Veuillez excusez son manque de manières... Elle n'a pas vraiment eu une enfance heureuse... J'essaye de donner à ceux de mes sujets qui furent le plus éprouvés par la vie un nouveau départ. Elle fut cuisinière pour un Seigneur Haradrim qui la tînt en esclavage, voyez-vous... Très bonne cuisinière, vous avez pu le constater, d'ailleurs..."

    Cela ne suffirait peut-être pas à dissiper les doutes de Toranur sur la nature du tatouage, mais peut-être cela les reléguerait-il au second plan de ses pensées... Il espérait avoir été assez subtil. La rumeur, entretenue avec soin, voulait que Denethor se laisse parfois aller à des accès de familiarité, surtout quand il avait bien mangé. Une habile ruse pour se donner une plus grande liberté de manoeuvre, mais une ruse qu'on pouvait éventer sans trop de difficultés... Demain serait une journée autrement plus éprouvante pour les deux hommes, puisqu'il faudrait bien mettre la princesse au courant de ce qui venait de se discuter ici... Qu'il redoutait ce moment...

    "Je vous présenterai demain à la princesse. Et demain, nous pourrons discuter plus en détail des conséquences de ce mariage... De votre titre, entre autres. Je pense que nous avons bien progressé aujourd'hui, qu'en dîtes-vous? L'adage dit qu'à chaque jour suffit sa peine... En revanche, si vous n'avez pas sommeil, je vous propose de passer dans un salon ou une bibliothèque, pour nous entretenir plus longuement des sujets que nous avons déjà abordés, mais uniquement de ceux là. Je ne voudrais pas vous épuiser plus que de raison pour la rencontre de demain... À ce propos, ne portez pas d'armure complète, la Princesse le verrait très mal."

    Oui, ils avaient bien avancé... Si Denethor parvenait à abattre encore une ou deux cartes, il pouvait négocier quelque chose de très avantageux pour l'Empire de l'Ouest... Son Empire! Car s'il n'en était officiellement que le régent, c'était bien lui qui le maintenait à flots, et personne d'autre...


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Ven 2 Juil 2010 - 22:41

La phrase de Denethor ne suscita que peu d’étonnement chez le souverain d’Angmar. Cela confirmait que l’Intendant méprisait le peuple autant que Toranur le faisait chez lui. Si ce n’avait pas été le cas, le serviteur du Mordor ne serait plus ici à discuter tranquillement. Si le (trop longtemps) second d’Aragorn avait partagé la même ligne de conduite que son maître, Toranur aurait croupi au fond d’une geôle, la tête probablement en dehors de ses épaules tandis qu’une guerre terrible se serait déclenchée. Fort heureusement pour l’ancien maréchal de Sauron, rien de tout ceci n’était arrivé et les deux hommes discutaient paisiblement dans cette petite pièce chaleureuse et accueillante, dont l’ambiance cachait sans aucun doute possible un dessein secret. Il n’aurait guère été étonnant qu’en ce moment même, les gardes angmariens présents dans la cité soient pressés discrètement afin de livrer toutes les informations dont ils auraient pu être détenteurs. Loin d’inquiéter Toranur, cette pensée l’amusa. Imaginer les soldats du Gondor faire ami-ami avec un angmarien avec quelque chose de grotesque qui ne devait pas échapper aux protagonistes eux mêmes. Quand à pactiser avec un des 6 Gardes Pourpres qui accompagnait leur seigneur, c’était là pure utopie. Peu bavard, presqu’aussi muet que des tombes, ces derniers ne tombaient le masque qu’entre eux, assurant à leur souverain que nul secret d’Etat ne s’échapperait d’eux. Cependant, comme rien n’est parfaitement certain, même eux n’avaient pas été mis au courant des pensées de leur maître. A vrai dire, ils avaient été les premiers surpris par l’annonce de leur souverain. Seules quelques rares personnes sur la Terre du Milieu avaient été prévenues du projet de mariage de Toranur. Pour être plus précis, ils étaient seulement trois : Dame Eleonore, probablement celle qui en savait le plus sur les pensées secrètes de Toranur, le Hersschaft, qui se devait d’annoncer la nouvelle dès qu’un messager l’aurait prévenu du résultat des négociations, et le fidèle Ulf afin qu’il puisse discrètement contrôler les humeurs de l’exécrable Handeskönig dont Toranur ne savait pas comment se débarrasser…
Le sombre roi pouvait donc être assez tranquille, Denethor en serait pour ses frais. Les Unstergivens ne savaient rien des projets futurs de leur maître, et, leur entraînement ferait qu’ils ne diraient rien de compromettant. Cependant, cela ne les empêchera probablement pas de décrire le nouvel Angmar où les discours xénophobes et belliqueux sont omniprésents, ainsi que le culte à la personne de Toranur et la promotion des valeurs guerrières et traditionnelles face aux comportements décadents du reste du monde, à commencer par ces immondes elfes. De plus, là où les Edains laissaient les infrastructures dépérirent, faute de moyens, le nouveau gouvernement construit et rénove à tour de bras, donnant du travail pour tous et dotant le royaume d’une nouvelle image. Fini les routes boueuses et les tracées sinueux, à bas les ruines de forteresses, terminés les artisans moribonds de village, place aux belles allées sur lesquelles les armées se déplacent rapidement et reliant au cœur du royaume les principales places fortes qui retrouvent leur esthétisme guerrier tandis que se développent une petite industrie que Toranur veut forte et puissante. De plus, la mention des Legions perdues d’Angmar dans els déserts du Rhùn sauraient attiser une saine curiosité et faire parcourir un petit frisson de terreur. Voilà quelles seraient les informations auxquelles Denethor aura accès. Peut être cela l’effrayera-t-il, mais le souverain d’Angmar doute que cela remette en cause les négociations en cours. Bien au contraire, cela suppose d’intégrer le plus rapidement possible l’Angmar à l’Empire afin de le noyauter dans un réseau d’alliances et de menaces tel que le volte-face en devienne impossible…

Mais Toranur fut brutalement sortit de ces pensées amusantes par la répartie de Denethor. Le plan proposé était tout simplement scandaleux et incompatible avec l’orgueil démesuré de Toranur. Grinçant des dents, ce dernier s’exprima malgré lui.

« Comment ? Ne voudriez-vous pas aussi que je remonte la ville à genoux en versant toutes les larmes de mon corps ? »

Se levant brusquement, Toranur se mit à faire les cent pas, essayant tant bien que mal de contenir sa colère bouillonnante. Son orgueil ne supportait pas ça, malheureusement, Denethor avait raison. Dame Eleonore l’avait prévenu, il n’en était pas moins difficile d’admettre que ce plan simple présentait de sérieuses difficultés d’amour-propre (qui était d’ailleurs probablement les plus difficiles pour le souverain d’Angmar). En apparence insensible, Denethor laissa Toranur prendre son temps de réflexion. Le vieux grigou se doutait bien que son interlocuteur allait devoir se soumettre à cette proposition. Plus calme désormais, Toranur se rassit, et, bien qu’il lui en coûtat énormément (d’autant qu’inconsciemment il venait de montrer à l’Intendant une de ses faiblesses), il dit avec la plus mauvaise grâce possible:

« Votre plan est assurément bon. Je m’y plierais donc. Procession ainsi, le vêtement ne pourra donc être que d’une immaculée blancheur, rehaussé d’une couronne d’or toute simple. Oui, une apparence d’amoureux transi, une longue marche à pied à travers la ville serait du plus bel effet. Mais, un roi ne marche jamais seul. Je ne peux accepter que si ma suite m’entoure, et elle ne peut se présenter autrement que comme elle est : la vitrine vivante de ce que fait de mieux l’Angmar. De même, un de mes suivants portera mon épée, lame nue si je ne puis la porter au côté. Si votre peuple doit voir la soumission, le mien qui sera tenu au courant par les rumeurs devra croire que c’est en conquérant que j’arrive. Il nous faut donc laisser des détails sur lesquels je pourrais insister et donner de l’éclat à mes mensonges afin de leur faire renier des milliers d’années de croyances… »

Finalement, mis de côté toutes les colères de l’orgueil, le plan était vraiment bon. Le vieil homme était vraiment retors pour avoir imaginé cela aussi vite et deviné que Toranur ne pourrait qu’accepter. Cela faisait mal de l’avouer, mais le plan posé était vraiment excellent. Et puis, quand bien même toute l’apparence de soumission serait là, Toranur se savait pouvoir compter sur ses Kommissars pour répandre sa propre version de l’histoire. Il enverrait donc un communiqué officiel à sa noblesse et un à son clergé. Dissemblant en apparence, le fond serait le même et devrait ainsi convaincre les angmariens que leur souverain n’avait rien lâché. Et ça, malgré sa rouerie, l’Intendant du Gondor n’y avait pas accès, ce qui donnait un avantage certain à Toranur. Il pouvait se permettre de lâcher plus de lest pour accréditer son changement de bord, pouvant ainsi donner du change à Denethor qui se devait d’accueillir dans l’Empire l’Angmar. Beaucoup de choses dépendaient de ça, beaucoup de choses… Ragaillardi, Toranur put donc aborder la question des orcs relativement sereinement après cet épisode. Ravi, Denethor répondit rapidement, comme semblant abattre une carte nouvelle. Si le souverain d’Angmar ne s’attendait pas à une telle proposition, elle ne le surprit guère. Même si ses déclarations voulaient faire croire que l’Empire n’était fondé que sur la paix et l’amour, l’histoire prouvait que ses bases étaient la guerre et le sang. Le ciment de cette alliance des hommes était l’armée et l’armée de l’Ouistrenesse se devait à ce titre de participer à tous les conflits opposant les hommes aux orcs. Toranur ne connaissait que trop bien les vieux barbouzes commandant ces armées, friand du sang vermeil de leurs jeunes recrues dans un espoir vain et futile d’inscrire leurs actes dans l’histoire, oublieux qu’ils étaient que la vraie noblesse était dans l’attitude et non pas dans le combat… Enfin, là n’était pas la question.

« Pourquoi pas ? L’idée est intéressante, mais elle n’a de valeur que si vos forces viennent en appoint des miennes, soit moins de 3 000 soldats - le tiers de mes forces actuelles – et que j’assurerai le commandement des opérations. Votre capitaine pourra contrôler que le travail soit bien accompli, mais discrètement. Enfin, cela relève du détail… »


Cela amena Toranur à faire une nouvelle intervention. S’il était fier de pouvoir caser ce moment d’éloquence, il déchanta rapidement. Le sourire que portait le visage de l’Intendant n’avait rien de réjouissant, comme si cette question était attendue. Or, il n’y avait rien de plus pénible en stratégie que d’abattre une carte que connaît votre voisin. Pourtant, le propos était raisonnable, et bien meilleur que ce à quoi s’attendait le souverain d’Angmar.

« Bien entendu, je comprend tout à fait. La chasse aux orcs sera un excellent terrain d’entraînement préliminaire pour cela. Enfin, si le maïar nous en laisse le temps… »


Toranur porta alors un regard sombre vers le Mordor tout proche, s’abîmant dans une profonde réflexion. C’est le moment que choisit Denethor pour repousser son assiette, la mine satisfaite. Les discussions diplomatiques étaient closes pour ce soir. Surpris, le souverain n’en fut pas pour autant mécontent. Il n’y a rien de plus difficile que d’aller au fond des choses en diplomatie ! Mais Toranur était relativement satisfait, ils avaient bien avancé. Cependant, la mention d’une chambre rappela au serviteur de l’Ennemi qu’il avait oublié un léger détail…

« Excusez moi Votre Grâce, mais c’est inutile. Mes hommes ont établi un campement en dehors de la ville auquel je dois les rejoindre. Cela me permettra de faire une entrée plus officielle demain si je ne dors pas dans vos murs. Simple question de protocole, croyez le bien. »

Denethor lui lança un drôle de regard, mais impossible de savoir ce que cela voulait dire. Mais le sujet fut bientôt remplacé par un autre qui intrigua bien plus Toranur. Pourquoi parler d’un serviteur devant lui ? Quel intérêt y avait Denethor ? Certes, les espions avaient rapporté qu’après ses repas, l’Intendant se laissait aller à une petite familiarité de vieillard et c’était une trace d’affection et de charité qui se lisait dans ses yeux lorsqu’il parlait de la jeune femme, mais même alors, pourquoi ce sujet ? Cela avait-il un rapport avec le tatouage vu sur la manche ? Toranur ne se rappelait pas que Denethor fasse preuve d’une grande charité envers les pauvres de Minas Tirith. Que lui avait donc rapporté de délivrer une esclave des griffes d’un seigneur Haradrim ? D’autant que jusqu’il y a peu, les deux empires vivaient relativement harmonieusement, en faisant abstraction de ce qui déplaisait chez le voisin. Que d’interrogations ! En réalité, Denethor lui même était une énigme. Mais la bonne chère et la fatigue du voyage commençait à faire son effet et le roi des sombres terres du Nord décida de reléguer ces questions à tout à l’heure, lorsqu’il aurait retrouvé la quiétude de son campement et l’esprit acéré de Dame Eleonore.

Fidèle à lui même, l’Intendant changea alors de sujet, abordant la question du lendemain. Ce qui n’était pas sans importance. La journée y serait éreintante et Toranur y aurait l’honneur de rencontrer sa fiancée, si cette dernière se rangeait aux avis de Denethor. Or, le sang du Dunedain n’était pas connu pour être docile… Mais ça, c’était le problème de Denethor. S’il était insulté demain, le souverain d’Angmar savait déjà ce qu’il ferait et comment il s’en vengerait. Quoiqu’être insulté devant le peuple du Gondor ne serait probablement pas facile à admettre et mieux valait que Toranur s’y prépare. S’il avait éludé la question jusqu’ici – les obstacles étant nombreux avant d’arriver à ce stade – il ne pourrait plus le faire très longtemps. Rappelant l’injonction d’une tenue simple pour le lendemain, l’Intendant proposa une alternative à Toranur qui répondit :

« Je suis d’accord avec vous. Le plus important était de trouver un accord de principe. Le reste relève du détail, d’une importance extrême, mais pour lequel nous aurons plus de temps. Ceci dit, avant de m’en retourner, il faudrait que votre tailleur s’occupe de ma tenue pour demain. Nous pourrions profiter, en attendant sa venue, éclaircir les points abordés ici. Notamment, le nom de votre capitaine m’intrigue. Et puis il y a l’heure de ma rentrée dans la cité à définir aussi. »

Quelle après-midi passionnante ! Toranur était fier d’avoir réussi à passer autant de barrages physiques, mais aussi psychologiques, en aussi peu de temps. Nul doute que les historiens s’en rappelleraient longtemps, très longtemps.




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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Lun 12 Juil 2010 - 20:50

    Certes, le fait que Toranur ne dorme pas dans la Citadelle était gênant: il ne pouvait pas contrôler les agissements de ce dernier, comme par exemple les messages qu'il pourrait éventuellement envoyer à ses serviteurs... Mais ça n'était pas gênant, et il se débarrassa du regard qu'il avait lancé à son interlocuteur d'un haussement d'épaules indiquant qu'il laissait au Maréchal le choix du couchage. Il laissa tomber quelques instructions au sujet du tailleur dans l'oreille d'un serviteur, avant d'emmener Toranur vers la bibliothèque, pièce agréable au demeurant, dans laquelle ils s'installèrent.

    "Autant commencer par le plus urgent: votre entrée dans la cité... Vous imaginez bien qu'il me faut mettre en place un dispositif de sécurité assez conséquent, vu la rancoeur que le peuple conçoit encore contre vous... Il faut que ce soit mis en place, et aussi que je mette la populace au courant de votre visite... Je vais placer trois rang de lanciers sur tout le trajet que vous emprunterez, et une vingtaine de Gardes d'Argent entoureront votre escorte, un rang de chaque côté. Cela devrait suffire."

    Il se perdit un instant dans quelques calculs, avant de reporter son attention sur le Maréchal en face de lui.

    "Tout peut être près pour midi, mais mieux vaut décaler cela pour la troisième heure de l'après-midi, afin que nul détail de vienne gâcher cette journée... C'est votre première entrée officielle et pacifique dans cette ville, après tout!"

    Malgré la pique lancée par l'Intendant, on ne décelait nulle trace d'animosité dans sa voix ou son regard. Il était sarcastique, mais il était vrai que la situation se prêtait fort bien à un humour de ce genre... Un regard jeté à la carte du monde peinte sur un mur lui laissa le temps de considérer s'il pouvait ou non se permettre de dévoiler le nom de son Capitaine à Toranur. Il résista à l'envie de hausser les épaules, avant de reprendre la parole, toujours aussi calme.

    "Mon choix n'est pas encore arrêté, Toranur... Mais cette mission sera menée par un des Capitaines de Gondor. Un de ceux qui ont repoussé... Enfin, tenté de repousser votre assaut sur nos murailles. Soit mon propre fils, Faramir; soit un homme de Cair Andros, Vakalor. Il me faut encore régler cette question, et laisser le temps à ces hommes de rassembler leurs troupes... À ce sujet, je n'aime pas l'idée de n'envoyer que trois mille hommes... Je ne vais pas apprendre à un stratège comme vous que la division de base de notre armée est une troupe de deux mille fantassins... Je préférerait envoyer deux phalanges. Quatre mille soldats, moins de la moitié de mon intention originelle. Ça reste raisonnable, qu'en pensez-vous?"

    Oui, aux yeux de l'Intendant qui comptait envoyer une force plus importante, c'était raisonnable... Mais en négociation, il faut parfois savoir conférer de petites victoires à l'adversaire, et il faisait lui aussi preuve de bonne foi. Rien n'était encore gagné, d'un côté comme de l'autre, et le plus dur n'était probablement pas encore passé...
    On frappa alors à la porte, annonçant le tailleur. Denethor se leva, laissant l'homme entrer dans la pièce.

    "Messire Toranur, je vous présente ce que Minas Tirith fait de mieux en matière de tailleur... Daerlin saura nous concocter quelque chose qui conviendra parfaitement, et dans les délais... Je vous ferai apporter sa création au petit matin, cela vous convient-il?"

    Ils discutèrent encore un peu, avant que le Maréchal, visiblement éreinté, ne demande à se retirer, ce que l'Intendant lui concéda de bonne grâce...


    Après le départ de Toranur, l'attitude de Denethor changea du tout au tout. Un mot, un seul, franchit ses lèvres, alors qu'il se dirigeait vers ses appartements privés, constamment sous la surveillance de sa Garde d'Argent:

    "Cassea!"

    La jeune femme entra à la suite de l'Intendant dans la pièce, meublée avec goût, mais qui croulait perpétuellement sous la masse de grimoires, de cartes et de rapport qui étaient chaque jour transmis à l'homme qui dirigeait l'Empire de l'Ouest. Le bureau de bois sculptée représentait bien cet état de fait, et Denethor ne pouvait que pester contre le temps qui lui manquait pour opérer un tri radical dans cette masse d'informations. À vrai dire, il se pouvait qu'il y consacre la nuit, cette entrevue avec Toranur lui avait trop donné à réfléchir pour que le sommeil soit une proie facile, malgré la douceur de la nuit. Il se permit de grimacer en s'étirant, avant de se tourner à nouveau vers la silencieuse jeune femme.

    "Vous savez cuisiner?"
    "Je me suis déjà fait passer pour une cuisinière."
    "Alors ça ira, dans le pire des cas... Passons aux choses sérieuses, que savons-nous de Toranur?"
    "Pas grand de plus, par rapport à ce que vous savez déjà... Les Tablettes de Sefir ne nous ont rien apprit de bien concluant: il les a rédigées avant de fréquenter vraiment le Maréchal..."


    Les Tablettes faisaient partie des objets que les agents de Denethor avaient récupérés suite à la disparition d'abords de Sefir, puis de sa femme. L'assassin faisait confiance à sa mémoire, mais pas au point de ne jamais prendre la moindre note. S'il n'existait rien qui dans ces écrits donnait la moindre idée des faiblesses de l'Hasharîn, on pouvait y trouver une quantité d'information assez importante sur diverses personnalités. Mais elles étaient incomplètes, lacunaires, et, surtout, ne couvraient que la période durant laquelle il avait été responsable de Dol Amroth. Un outil parfois utile mais qui montrait fréquemment ses limites, en plus d'être assez subjectif.
    Denethor resta pensif un instant. Toute cette histoire ne lui plaisait qu'à moitié. Si l'offre de Toranur était des plus intéressante, il ne pouvait que s'interroger sur leur bien-fondé. Après tout, comment mieux noyauter l'Empire qu'en épousant la Princesse-Héritière? Cassea observa l'Intendant se livrer à un curieux manège: il rangeait, sans rien dire, triait des papiers, avant de soudainement se mettre à faire les cent pas dans la pièce, comme sous le coup d'une idée soudaine, puis retournait à ses occupations comme si de rien n'était. La jeune femme prit place dans un fauteuil, restant silencieuse. Elle avait déjà mobilisé son réseau d'espions pour essayer d'en découvrir un peu plus sur les intentions de Toranur, mais celles-ci étaient comme perpétuellement voilées: le souverain était quelqu'un de secret qui ne mettait que quelques personne au courant de ses plans, et encore, rarement la finalité de ses projets était-elle connue! Il était dangereux, même en tant qu'allié.
    Ce ne fut qu'après quelques heures de ce manège (et plusieurs brouettes de paperasses évacuées par la cheminée plus tard que Denethor cessa enfin de marmonner seul, se tournant vers Cassea qui jaillit hors de son fauteuil comme un diable hors d'une boîte.

    "Il nous faut gagner du temps... Fouillez les archives de Gondor à la recherche du moindre protocole qu'il nous faudrait respecter, je me charge de justifier ça à Toranur."
    "Pourquoi ne pas attendre que les Orques aient été repoussés? Ça serait une raison tout à fait valable pour le peuple également."
    "Bien vu... Bref, vous avez saisi l'idée, je veux que ce mariage soit aussi différé que possible... Et prévenez la Princesse que je désire m'entretenir avec elle au petit matin."


    Ce fut sur une inclinaison d'assentiment que la maître-espionne quitta la pièce, indiquant à Denethor que ses ordres seraient suivis à la lettre. Satisfait, ce dernier se retira dans sa chambre, qui jouxtait le bureau désormais un peu mieux rangé (pour combien de temps, c'était une toute autre question), et plongea dans le sommeil du juste: Toranur n'était pas le seul à devoir affronter une dure journée et une princesse le lendemain...


    Il s'éveilla avec le chant du coq, et, sortant de son lit, s'adonna à quelques exercices physiques avant de passer par la pièce d'eau, s'y débarrassant rapidement de la saleté qu'il avait accumulée durant sa journée de la veille et son entraînement matinal. Il était encore puissamment bâti, bien que la force de sa jeunesse soit désormais loin derrière lui. Son fils aîné, Boromir, avait eut la même constitution que son père... Il chassa la nostalgie de son esprit avant de revêtir la tenue qui l'accompagnerait tout au long de la journée, et de se mettre au courant des dernières dépêches. Une attaque Orque en Ithilien... Voilà qui changeait des escarmouches habituelles: ils étaient venus en nombre se proclamer les maîtres de cette région! Il bouillait de ne pouvoir s'en occuper tout de suite, mais ses priorités lui imposaient de se diriger vers les appartements impériaux, où Thais Laelias, Princesse Héritière de l'Empire de l'Ouest, était occupée à déjeuner. Quand elle vit l'Intendant entrer, elle se leva par politesse pour ce vieil homme qui gérait son empire, avant de l'inviter à s'asseoir.

    "Et bien, Intendant, rarement me donnez-vous le plaisir de me rendre visite ces temps-ci. Quel bon vent vous amène donc? Tenez, mangez, et oubliez un peu le protocole, une fois dans votre vie!"
    "Vous ne vous déciderez donc jamais à suivre quelques règles de l'étiquette?"
    "Pas tant que je n'aurais pas à faire semblant d'apprécier des gens pour pouvoir parler avec eux... Vous êtes quelqu'un d'assez compétent en la matière pour le savoir, n'est-ce pas, Intendant?"


    Denethor ne put retenir un sourire. C'était bien la fille d'un Dunedain, indomptable, impétueuse, avec un franc-parler poli qui ferait d'elle une bonne Impératrice sur les Hommes de l'Ouest acceptaient d'être gouvernés par une femme.

    "Je viens vous voir au sujet de votre mariage..."
    " Tiens donc! Un nouveau prétendant! Et qui est-il, cette fois? Un duc quelconque, un général prometteur? Un principicule venant du Nord?"
    "Toranur d'Angmar."


    Le silence qui s'abattit sur la pièce était tel qu'on entendit plus que les plus matinaux oiseaux chanter par la fenêtre, tandis que la Princesse, estomaquée, regardait son interlocuteur avec des yeux ronds. Et Denethor eut du mal à cacher le contentement qu'il éprouvait d'avoir réussit à produire cet effet dans la salle.

    "Avant que vous ne vous énerviez, Princesse, permettez-moi de vous mettre au courant de la situation. L'homme s'est présenté hier dans ce palais, avec trois gardes pour seule escorte. Il a changé... Ce n'est plus le même que lors du siège de cette cité... Je crois que ses allégeances l'ont déçu, et qu'il en cherche de nouvelles, sur des bases plus saines... Finalement, il n'est pas aussi aveugle que nous le pensions..."
    "Et vous lui avez donné ma main?"


    C'étaient les premiers mots que la princesse parvenait à articuler depuis l'annonce de Denethor, et elle le fit d'une voix étranglée, aiguë, apeurée.

    "Je lui ai donné le droit d'essayer de vous la demander. C'est déjà beaucoup, je sais, mais je n'oublie pas mon rôle. Je ne suis pas votre père, je ne suis que votre Intendant, Majesté. La décision en ce domaine vous reviendra, mais il faut que vous sachiez que Toranur semble partager le même rêve que votre père... 'Tous unis sous un même drapeau'... Qui aurait cru cela de lui?"
    "Je ne le crois pas... Ce n'est pas possible, un tel homme ne peut changer de camp..."
    "Je le croyais aussi, mais il se pourrait que Toranur soit en train de me prouver l'inverse... Enfin, vous le jugerez vous même. Il est prévu que vous le rencontriez à partir de la troisième heure de l'après-midi... J'ai joué un bon tour à ce Maréchal, puisqu'il viendra habillé simplement... Son visage à cette annonce est une vision qui valait bien des richesses, mais ça n'est pas le sujet..."
    "C'est un jeu, pour vous..."
    "Une gigantesque partie d'échecs... On peut gagner beaucoup en prenant des risques, mais il est facile de tomber... Je préfère jouer la prudence. Si vous refusez sa main, les choses en resteront là, et il cherchera une alliance avec l'Empire de l'Est. Si vous l'acceptez, nous avons déjà convenus d'une série de gestes de bonnes volonté qu'il devra produire... Il est prêt à laisser Vakalor et quatre mille hommes entrer sur ses terres, pour y tuer les Orques restant... Puisqu'il faut que son peuple croit les Orques, Sauron et Melkor responsables de leurs malheurs, il faut lui laisser du temps... Croyez bien que je ne prend pas cette décision à la légère, et que nous avons le temps de voir venir les choses..."
    "Bien... J'accepte de le rencontrer..."


    Denethor eut une expression satisfaite sur le visage, avant de se lever, remerciant la princesse pour son hospitalité.

    "Vous faites preuve de sagesse... Ne jamais laisser les autres juger quelqu'un à votre place est une bonne chose."

    Il sortit des appartements, et se dirigea vers la Grande Salle, où les choses sérieuses se dérouleraient.

    "Convoquez un État-Major! Je veux savoir ce qui peut être fait à propos de l'Ithilien!"


Un jour, Chuck Norris a perdu son alliance. Depuis, c'est le bordel en Terre du Milieu.
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 15 Juil 2010 - 20:33

Après que les deux hommes se soient mis d’accord, ils se levèrent et allèrent droit à la bibliothèque. Toranur avait toujours aimé ces pièces. Petit, elles avaient été pour lui un sanctuaire, un refuge. C’est dans l’ombre des étagères et dans l’odeur du parchemin usé qu’il avait appris à connaître le monde extérieur à Barad Ûr, élaboré ses premières stratégies et développé sa philosophie de guerrier. Aussi, toujours entrait-il d’un air respectueux dans une bibliothèque, révérant l’homme sage qui savait l’utiliser. Parfois, lorsqu’il faisait face aux plus grands esprits de son temps, Toranur en concevait un fort complexe d’infériorité. Engagé dès les premières heures dans la lutte avec Sauron, il avait dédié l’essentiel de sa vie à la guerre et à ses ramifications politiques, historiques et économiques. En dehors de ce domaine là, il était bien ignorant, du moins se considérait-il comme tel. Nénamoins, admirateur du beau, nul n’aurait pu lui reprocher d’être inculte. Mais confronté à des personnes comme Saroumane ou des elfes centenaires, comment aurait-il pu se croire savant ? Mais pour ce soir, les discussions ne porteraient pas sur l’accouplement des fourmis du Haut Harondor dont Toranur ne savait rien, mais sur des sujets bien plus pressants. Et en effet, dès que els deux hommes furent installés, Denethor repris la parole, abordant directement la question du lendemain.

Le fait que l’Intendant s’inquiète de sa personne amusa Toranur, d’autant que trois rangs de lanciers lui paraissait très largement exagéré. Mais il ne dit rien et se contenta d’acquiescer. En l’occurrence, c’était lui l’invité et Denethor disposait comme bon lui semblait de ses soldats. Le souverain de l’Angmar devrait juste tenir compte de cette forte escorte dans la disposition de ses Unstergivens autour de lui.

« Bien, cela me paraît un excellent horaire. Il me permettra de me mettre à l’aise avec mes nouveaux habits ! »


Sur cette dernière phrase, Toranur y mit beaucoup d’ironie. Il était certain que le nouvel Angmarien ne s’y sentirait pas bien. Habitué aux habits de guerre qu’il quittait rarement (comme aujourd’hui), devoir porter une tenue suffisamment humble pour faire croire à une reddition sans condition était une expérience dont il espérait qu’elle ne se reproduirait jamais. Toranur voulait être certain que Denethor soit conscient du sacrifice énorme qu’il lui demandait. Dans la suite des négociations, qui interviendraient après sa présentation officielle, l’ancien maréchal du Mordor ne manquerait pas de le rappeler… Cela ne l’empêcha cependant nullement de bien prendre le mot d’esprit de l’Intendant du Gondor. Bien au contraire ! Cela amusa le séide de l’Ennemi. Du point de vue de ce dernier, il avait déjà eu le privilège de passer les portes de Minas Tirith avec tous les honneurs dus à son rang. Mais peut être le fait qu’à cette époque là les gardiens de la Cité était des serviteurs de Sauron faisait que cette fois là ne comptait pas…

Mais ce petit sentiment de détente fut bref car rapidement Denethor regarda rapidement la carte du Monde présente dans la pièce et le roi-guerrier sentit que le sujet suivant, bien que moins pressant, serait moins léger. Et effectivement, lorsque l’Intendant repris la parole, ce fut pour répondre à la dernière question de Toranur avant qu’il ne parte vers la bibliothèque.

Ainsi donc, le héros de l’Empire chargé de nettoyer l’Angmar serait donc une fois encore un membre de l’ancien siège de Minas Tirith. Cela était intéressant. Comme il était facile à prévoir, le gérant de l’Empire s’était entouré de Gondoriens pur jus, totalement dévoué à l’Empire, mais aussi et surtout à sa personne… Cependant, l’arbitrage n’était pas évident. D’un côté un guerrier discipliné et charismatique, mais qui se laissera trop rapidement mené à la colère, nourrie de préjugés trop anciens pour être oubliés, et de l’autre un homme de grande érudition qualifié par son père de trop timoré mais qui faciliterait les négociations entre les deux camps, sans oublier de surveiller au fond des choses les activités de Toranur, là où Vakalor, trop droit et honnête, pourrait se faire abuser…

« Certes, je comprends. Mais à vous dire vrai, je trouve ce déploiement de forces franchement excessif. Le rapport coûts/avantages me paraît même élevé. Sur mon royaume, l’essentiel des orcs sont partis avec le général orc Shraknag. Ceux qui restent sont désarmés et cantonnés dans les zones où je les emploie à bâtir les infrastructures qui feront de cette future province des Nations Humaines Unies un endroit prospère où il fera bon vivre. Avec un bon timing et une stratégie rodé, cela nécessiterait peu de temps et d’hommes pour effectuer le nettoyage. Pour être honnête, je ne songeait pas à mettre plus de 2 Legions, pardon, 2 400 soldats là dedans. Quand on connaît le climat de l’Angmar et la force de ses habitants, croire en la fuite des orcs paraît impossible.Enfin, c’est vous qui voyez. Après tout, c’est vous qui payez le déplacement de vos phalanges... Partons donc sur 2 phalanges. Mais si vous n’en envoyez qu’une, je ne vous en voudrais pas. »

C’est à ce moment là qu’on frappa à la porte et qu’un homme avec une plume derrière l’oreille et un mètre autour du cou entra ; introduit par un discret serviteur. C’était donc là le tailleur…

« Eh bien parfait. Commençons donc dès maintenant. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le tailleur se mit à l’ouvrage pendant que l’Intendant et Toranur discutaient de choses et d’autres. Une fois que l’artisan se retira, le souverain d’Angmar demanda lui aussi l’autorisation de se retirer, ce qu’on lui accorda facilement. Récupérant ses hommes disséminés à trois niveaux différents de la cité, Toranur repartit vers son campement, la tête remplie de toutes les discussions de cet après-midi…





Les soldats vivent mais ne savent pas pourquoi.
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Denethor
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mer 4 Aoû 2010 - 12:50

    Si de l'extérieur, rien ne laissait imaginer quelles disposition Denethor avait prises pour assurer la sécurité du souverain d'Angmar, ce sentiment disparaissait sitôt les battants d'acier franchis. Les quelques sentinelles postées comme de coutumes sur les remparts étaient le plus à même de constater l'étendue de ce dispositif: trois rangs de soldats de chaque côtés de la rue, disposés en quinconce, suffisamment rapprochés pour que nul ne puisse passer et prêt à faire opposition à tout mouvement de foule. Vingt mille hommes qui formaient une haie scintillante le long de la Voie de l'Honneur, renommée ainsi après le siège de la ville, qui serpentait à travers la Cité du Premier au Septième Cercle. L'Intendant avant prévu les choses en grand, comme le prouva la cascade de pétales rouge sang qui se déversa en une pluie douce sur Toranur lorsque ce dernier passa la Grande Porte, rencontrant le détachement chargé de compléter son escorte. Les vingt hommes de la Garde d'Argent avaient été choisis parmi les mieux bâtis et les plus beaux de ce groupe d'élite. Tous avaient leurs cheveux peignés, leurs barbes taillés, et resplendissaient littéralement dans leurs cuirasses, tandis que leurs épaules étaient recouvertes d'une cape qui semblait tissée de fils d'argent, en fait un acier brillant. Des ceintures honorifiques d'étoffe blanche enserraient leurs tailleurs, nouées du côté opposé à leur épée. Leur commandant portait le même casque que ces soldats, mais les ailes déployées qui décoraient les gardes-joues du sien étaient parées de véritables plumes, au contraire du moulage de ses hommes, et ce fut d'une voix sûre et forte qu'il prit la parole.

    "Toranur d'Angmar, permettez-moi, au nom de l'Intendant et de l'Empire, de vous souhaiter la bienvenue dans notre Cité! Mes frères! Accueillez comme je le fait cet homme en ami, car c'est ainsi qu'il est venu, poussé par un appel puissant, auquel il ne pouvait plus résister, celui de son coeur! Peuple de Gondor, accueillez Messire Toranur d'Angmar comme vous accueilleriez un noble de l'Empire, car c'est le destin qu'il appelle de ses voeux!"

    Il s'inclina sur ces entrefaites, dans un salut courtois. Il était facile à Toranur de sentir le ressentiment de cet homme, qui avait sans doute perdu plusieurs amis lors du siège de la Cité, le poussant à attaquer sauvagement, à s'illustrer au cours d'une action de gloire quelconque. D'une certaine façon, ironie du sort, il devait son rang d'officier à son interlocuteur. Ah, qu'il lui aurait été facile de se venger de cet homme! Mais combien ce geste aurait-il été futile. La mort du souverain d'Angmar ne ferait pas revenir ses compagnons à la vie, et cela ne conduirait qu'à de nouvelles morts... Le commandant détourna les talons, et la Garde d'Argent se mit en branle, précédant l'escorte de Toranur. Visiblement, quelques changements au programme avaient été apportés, sans doute du fait que Denethor ait surestimé la largeur de la plus grande rue de Minas Tirith: les manoeuvres de l'escorte seraient devenues confuses si elle s'était élargie encore, et il aurait été inconvenant de ne pas faire escorter le souverain; ou que l'escorte gondorienne ait marché à sa suite, comme on pousse du bétail.
    Dans son ensemble, la foule était silencieuse, regardant s'avancer avec une certaine méfiance cet homme qui les avait mis à genoux. Le discours du commandant, crédible pour la foule, n'avait pas trompé le Maréchal: c'étaient là des mots répétés et travaillés, destinés à apaiser la suspicion de la foule, et le fait qu'ils sortent de la bouche d'un des chefs de la Garde d'Argent, unité formée des survivants du Carré de la Porte, comme on avait nommé la manoeuvre de Sefir face aux Orientaux, était un symbole fort. Certains se laissèrent aller à des exclamations d'émerveillement devant les richesses qu'apportait le souverain d'Angmar, mais sans doute ce dernier était-il occupé à décrypter les messages que Denethor ne cessait de lui envoyer, maintenant une pression sur lui même à distance: les pétales rouges, et le discours du commandant, à peine la Grande Porte franchie, comme si les défenseurs étaient encore en train de saigner sur les remparts, n'étaient certainement que le premier signe qu'il lui faudrait analyser.
    Arrivé à la seconde porte, l'escouade d'Argent se stoppa devant les battants clos, et il incomba au commandant de demander d'une voix forte l'ouverture de la porte, selon une formule visiblement dédiée à cet usage. Les lourds ventaux — qui, Toranur le remarqua, avaient été renforcé de tant de fer qu'il en devenait dur de croire qu'ils étaient en bois — s'ébranlèrent, laissant passage à une vingtaine d'hommes portant des cottes de maille et des capes vertes, la tête protégée seulement par un bandeau d'acier prolongé de gardes-joues fins, armés d'épées et de puissants arcs d'acier passés dans leur dos. Les deux commandants échangèrent quelques formules supplémentaires avant que l'homme qui avait accueillit Toranur ne se tourne vers lui.

    "Ma mission est terminée, Messire. Je vous confie à la bonne garde de la Compagnie de la Flèche."
    "Bienvenue dans le Deuxième Cercle, Souverain d'Angmar."


    C'était là le commandant de cette deuxième troupe qui venait de parler, avant de se tourner vers la foule pour répéter le même discours tenu à la Grande Porte. À nouveau, le souverain d'Angmar put reprendre sa route, quittant l'arche de la Deuxième Porte sous une pluie de pétales noirs qui tranchait vivement avec la haie d'honneur que formait maintenant le petit détachement de la Garde d'Argent. La couleur du deuil...
    L'hostilité de la foule était moins palpable dans le deuxième niveau: le premier abritait en majorité des soldats, simples hommes du rang, et des paysans cultivant les champs autour de la cité; tandis que celui-ci renfermait la population "originale" de la ville, artisans et petits commerçants plus lettrés, et qui n'avaient pratiquement pas eu à subir les destructions du siège. Il ne leur en était que plus facile de pardonner à ce stratège de talent dont on avait longtemps parlé dans les tavernes et par-dessus les comptoirs, et beaucoup étaient venus là pour avoir un aperçu de ce à quoi il ressemblait réellement. Devant l'étalage de richesses, beaucoup de tenanciers de tavernes et de petits artisans durent se retenir de frotter leurs mains ensembles, et préférèrent lancer quelques applaudissements timides: l'ouverture du commerce avec l'Angmar ne pouvait que signifier plus de marchandises à produire, et plus de divertissements à fournir aux escortes de caravanes. L'argent pouvait dans une certaine mesure faire basculer des hommes, car certains dirent ouvertement que cette visite serait une bonne chose.
    L'arrivée à la Troisième porte laissa deviner à Toranur qu'il lui faudrait encore du temps pour arriver en haut, puisqu'à nouveau il trouva porte close, et qu'un changement d'escorte se produisit. Après les archers, il fut escorté par une compagnie de hallebardiers vêtus de cottes d'armes rouges, passant la porte sous une pluie de pétales jaunes qui de loin donnaient l'impression d'une cascade d'or, faisant échos aux espérances pécuniaires des petits commerçants. Les riches marchands du Troisième Cercle ayant déjà fait le calcul la veille en apprenant la visite officielle et diplomatique du souverain d'Angmar, ils saisirent le symbole beaucoup plus facilement, et profitèrent de l'occasion pour lancer des cris de bienvenue qu'on sentait faux, mais qui avaient le mérite d'exister. La première véritable surprise de ce périple vint de la Quatrième Porte, où l'escorte en armes fut remplacée par une délégation des Guérisseurs des Maisons de Guérison, qui accueillit Toranur avec une indifférence marquée, celui qui conduisait la troupe se contentant d'ajouter au sempiternel discours le souhait que les stigmates de la guerre se referment, avant d'emmener le souverain d'Angmar plus haut dans la Cité sous une pluie de feuilles vertes. Le Quatrième Cercle était plus petit que les autres, et abritaient surtout herboristes, sage-femmes, chirurgiens, guérisseurs,... ainsi que quelques philosophes, ce qui permit à Toranur d'en faire une traversée tranquille et plutôt silencieuse, avant que ne se dessine le Bastion du Cinquième Cercle.
    Comme si les formidables murailles des cercles précédents n'étaient pas assez impressionnantes, les bâtisseurs de la ville avaient construit le Bastion comme une formidable barbacane, un prolongement de l'éperon rocheux qui à partir du Troisième Cercle, coupait les murailles en deux parties. Toranur pu constater la force de l'ouvrage en s'avançant entre les massives tours soudées à la montagne, percées de meurtrières n'offrant aucun angle mort sinon à celui qui se tient collé contre la paroi, et recelant un attirail de mort fourbit et toujours prêt à l'usage. Du fait de la disparition du soleil sous cette arche et le tunnel (lui aussi aisément défendable) qui suivait, le souverain ne put s'empêcher d'avoir froid, et retrouva avec soulagement la lueur du jour de l'autre côté, au point qu'il ne se formalisa pas de l'absence de pétales, due comme le lui expliqua le commandant des épéistes de la compagnie des Lames Justes qui était chargé de son escorte à la conception du bastion, n'autorisant guère que le tir de projectiles. L'accueil qui lui fut réservé dans ce quartier militaire fut mitigé, les officiers et les membres de la noblesse ne pouvant que s'interroger sur les motivations du souverain d'Angmar, mais dans leur ensemble, tous avaient compris qu'il y avait derrière d'habiles calculs politiques dont ils n'auraient sans doute jamais le détail. La Sixième Porte fut franchise sous la première pluie de pétales blancs, et il passa ce cercle de dignitaires et de fonctionnaires sans la moindre escorte, tandis qu'il voyait enfin la fin de son ascension, les portes du Septième Cercle approchant.
    Il y retrouva la Garde d'Argent, chargée de la défense de ce dernier cercle, qui suppléait à l'Armée pour forme une longue haie d'honneur au souverain, qui du laisser là sa forte escorte pour entrer dans la Cour de la Fontaine entouré par les Gardes de la Cour, masqués, portant leurs lances et leurs casques ailés caractéristiques. Là était rassemblée la Cour Impériale au grand complet, avec nombre de Généraux, Capitaines de l'Empire et surtout de membres de la haute noblesse venus assister à l'arrivée de cet étrange hôte. Sur les marches menant au Palais, Denethor se tenait aux côté de Thais Lælias, vêtu d'une armure qui, loin de l'écraser, lui donnait une certaine prestance et laisser deviner l'homme qu'il avait du être dans sa jeunesse. La princesse, pour sa part, se tenait droite, fière dans ses atours blancs, composés d'une longue robe blanche, vaporeuse à souhait, d'un bustier blanc sur lequel les armes de son Empire étaient brodées, le tout comme par endroit incrusté de diamants. Ce fut dans un silence attentif qu'elle salua Toranur, l'Intendant se contentant d'envoyer un signe d'encouragement discret au Maréchal. Passés d'autres formules protocolaires, tous purent échapper à la chaleur du jour pour rejoindre la fraîcheur bienvenue de la salle du trône, dont les murs et les arches avaient été pour l'occasion décorés de tentures colorées et chatoyantes. Denethor semblait avoir voulu montrer la vitesse avec laquelle son Empire pouvait réagir et s'organiser. Au moment où le Maréchal passait près de lui, il laissa tomber à mi-voix quelques mots dans l'oreille de ce dernier:

    "Rien n'est joué, elle a simplement accepté de vous rencontre... Votre mariage est entre vos mains, même si nous ne le célébrerons pas de suite, pour ne pas brusquer le peuple..."

    Puis il s'éloigna quelque peu, et tandis que la Princesse prenait place dans le trône de son père, lui-même s'assit dans son fauteuil. Une partie d'échecs autrement plus risquée allait se dérouler sous ses yeux. Il laissa Toranur se familiariser avec l'ambiance, avant d'indiquer à la Princesse qu'il était temps pour elle d'agir. Lentement, gracieusement, elle se leva, et fit signe à Toranur de la suivre sur les terrasses qui tenaient lieu de jardins à ce palais. Là, au milieu d'une végétation qu'on se donnait visiblement beaucoup de mal pour entretenir, loin de la noblesse qu'il incombait à Denethor de contenir, elle s'adressa pour la première fois au souverain autrement que pour servir des formules diplomatiques aussi alambiquées qu'inutiles...

    "Toranur d'Angmar... Le Maréchal qui abattit ma cité. Un des pires ennemis de mon père... Et je vous tiens, dans mes jardins, au coeur de ma capitale, avec une armée sous mes ordres... Ne trouvez-vous pas cela ironique? On m'a rapporté que vous aviez des vues sur moi, et je sais bien que cette visite n'a pour seul but que de nous présenter... Alors j'irai droit au but, au mépris des règles de l'étiquette, en vous posant une simple question... Qu'est-ce qui vous permet de croire que vous, issu d'une noblesse que nous ne reconnaissons pas, ennemi de mon peuple, avez quelque chose de plus que tous mes autres prétendants, dont les lignées furent toujours amie de la mienne? Répondez, et nous verrons si je vous accorde le droit de me courtiser..."

    La voix de la princesse était cristalline, sa prestance hors du commun et elle était d'une beauté inhumaine qu'elle devait à ses origines, bien que son ascendant humain soit plus fort que son côté elfique. Pourtant, son ton était ferme, et Toranur ne pouvait qu'entrevoir le calvaire qu'avaient certainement enduré nombre de prétendants à essayer de gagner le coeur de cette femme au caractère qui semblait d'acier trempé. Il pouvait aussi mesurer l'habileté de Denethor, qui devait malgré tout composer avec cette forte tête dans de nombreuses décisions. Peut-être même l'Intendant n'était-il qu'un instrument de cette héritière qu'on devinait changeante, parfois cruelle comme elle pouvait être douce? Les charmes et le charisme de Thais Lælias, ajoutés à tout ces éléments, rendaient la partie difficile, comme si elle avait le pouvoir de rendre tout homme confus, et sans doute Toranur regretterait-il bientôt de s'être jeté dans la gueule de la louve...


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mar 21 Sep 2010 - 7:48

L’attente fut bien longue pour le souverain de l’Angmar. Contempler ces portes solidement fermées et défendues pendant que lui-même et son escorte formait une cible idéale n’était pas une situation confortable, surtout pour un homme qui se sentait nu dépouillé de son épée et qui à mesure que le temps passait, prenait une place toujours plus importante au sein de ses pensées.
Contraint à l’immobilité, Toranur l’était aussi à irradier la confiance et la décontraction. Comme lui, les hommes autour de lui étaient tendus par l’attente et le rôle du chef est de gérer ces émotions si contraires et passionnelles qui prennent les hommes dans les moments difficiles.
Le soulagement fut donc immense lorsque les lourds battants s’ouvrirent lentement. Prenant l’air de celui qui se doutait depuis le début de ce que seraient les événements, Toranur fit signe à ses hommes. Obéissant aux ordres distribués, le détachement de cavalerie se sépara en deux groupes qui, mettant leurs montures au trot, et se placèrent de chaque côté des deux chariots. Pendant que les cavaliers accomplissaient ce mouvement, Toranur et sa suite s’avança. Derrière lui, le pesante formation d’acier s’ébranla dans le cliquetis des armes et des armures tandis qu’une quarantaine de gorges entonnaient un chant Angmarien. Incompréhensibles pour quiconque ne connaissaient pas les rudes sonorités de ce pays du Nord, la mélodie doucement mélancolique portée par de profondes voix graves avaient quelque chose d’émouvant, susceptible de toucher chacun, tandis que le chant était suffisamment fort et rythmé pour montrer ce qu’il était : un chant martial. En effet, c’était un hymne composé à la mémoire d’une grande figure de l’histoire Angmarienne et que Toranur avait institué comme chant de sa garde personnelle en représentation officielle. Ce chant magnifique louait les valeurs martiales au travers du récit de la vie de Sanctus Heinrich Glasslow, petit paysan angmarien, et de l’amour infini mais impossible qu’il portait à sa reine Elizabeth.
La distance jusqu’au porte n’était pas très longue mais avec le rythme lent du chant, il fallut un peu de temps avant que Toranur ne reçoive sur ses épaules la douce cascade de pétales rouge. Emporté par les paroles du chant de ses hommes et la magnifique vision de Minas Tirith se dévoilant sous ses yeux, l’ancien maréchal du Mordor fut rapidement ramené à l’ordre par ce qui devenait un tapis de sang sous ses pas et sa rencontre avec le détachement d’escorte. Affichant un sourire humble et heureux à la fois, Toranur inclina la tête en signe de remerciements aux paroles aimables de l’officier mais ne répondit rien. Lui comme Denethor avait jugé trop dangereux le fait que Toranur s’exprime aussi rapidement et avec autant d’aisance à un peuple qui ne le portait pas dans leur cœur.
Bien que distrait par l’interprétation des signes que cherchez à lui faire passer l’Intendant, Toranur ne manqua pas de lire dans le regard de l’officier gondorien la panoplie de sentiments contradictoires qui l’animait. Le Généralissime, comme l’appelait autrefois un orc répugnant qui aujourd’hui s’agitait, connaissait bien les hommes et ce qu’il décela chez le soldat ne l’étonna guère, même, cela l’amusa. Autant d’ailleurs que l’accueil glacial auquel il se heurta de la part de la population. Par définition, Toranur n’aimait pas le fait d’être haïe. Comme tout homme, il préférait de loin être aimé et adulé, mais, à sa façon, la haine d’une foule était autant de compliments. Elle prouvait que le roi d’Angmar n’était pas quelqu’un qui leur était indifférent. La foule reconnaissait, à travers l’hostilité qu’elle manifestait, la supériorité tactique et intellectuelle de Toranur, ainsi que sa capacité de frapper fort et mal. Nouvelle ironie de l’histoire, les halos de légende actuels qui entouraient feu-Aragorn, Denethor, Sefir, Vakalor et tant d’autres devaient beaucoup au fait que l’Ennemi qu’ils avaient affrontés était d’une puissance au moins égale à la leur. Sans Sauron, pas d’Empereur, sans Toranur, pas de commandants.

Mais ce plaisir fut court car au milieu du faste, les signes de Denethor ne manquait pas, ni à l’égard du peuple, ni envers Toranur. La couleur des pétales reçus n’étaient pas sans rappeler cette couleur si caractéristique des batailles, et sur les allées immaculées de la ville, elle ne rappelait que trop bien combien la cité avait eu à souffrir de la dernière visite de Toranur. Mais si de nombreux hommes avaient péris ce jour là, Denethor semblait avoir tenu à montrer la puissance inégalée de sa cité. Faisant un rapide calcul de la distance à parcourir et de l’espacement des soldats sur le parcours, Toranur calcula que pas moins de 15 000 hommes avaient du être mobilisé. Et encore, c’était une approximation grossière qui ne tenait pas compte du fait que des sentinelles avaient du être placé à certaines zones stratégiques et que les derniers cercles recelant les meilleurs de l’Empire, la densité de soldats devaient être plus importantes. Le chiffre de 20 000 mobilisés était probablement beaucoup plus réaliste. Même en comptant le fait que pour garder une telle ville, la garnison était forcément supérieure à ce que pouvait mobiliser grand nombre de principauté, le chiffre était forcément inférieur à 20 000. Cela voulait donc dire qu’en quelques heures, une partie, sans doute infime, rapportée à la population totale, mais conséquente tout de même, de gondoriens avaient été appelés sous les armes. La logistique à l’œuvre était comparable à celle déployée pour une armée en campagne et montrait le haut degré de technicité des dirigeants de la cité. Le message était relativement clair. Toranur d’Angmar, faites attention, un faux pas et toutes les forces de l’Empire s’abattront sur vous… perspective peu réjouissante. Certes, les Angmariens étaient vaillants, même, au vu des derniers combats menés à l’Est, parmi les meilleurs soldats de la Terre du Milieu, mais au maximum, leur souverain ne pouvait compter que sur 10 000 guerriers dont une grande partie était occupée la majeure partie de l’année à tirer du sol les ressources nécessaires au développement économique du royaume. Aucune comparaison n’était donc possible. Mais Toranur le savait bien avant de venir ici et c’était justement dans le but de renverser ce rapport de force qu’il était présent ici. Pour l’heure, vêtu d’habits de moinillons repenti, il était loin d’imposer véritablement ses vues…

On arriva à la deuxième enceinte et à sa grande surprise, les battants en étaient fermés. Bien que n’affichant rien du soupçon d’inquiétude qui l’assaillit, Toranur essaya de deviner dans l’attitude des soldats du Gondor devant lui ce qui se tramait. Mais, à sa grande frustration, il ne décela rien d’autre que l’ordre inégalable des formations militaire d’élite. Bien que l’idée d’être attaqué ici était de moins en moins crédible, débarrassé de son épée, Toranur était en proie à une paranoïa qu’il ne comprenait pas. Même, si cela avait concerné sa sécurité, il aurait compris pourquoi. Mais ce n’était pas cela, c’était quelque chose de plus primaire et de plus diffus : la peur d’être dépossédé. De quoi ? Là, le roi de la nation nordique ne savait pas bien quoi et cela l’ennuyait. Lui si conscient de lui-même sentait qu’un terrain glissant se déroulait sous ses pas. Fort heureusement, la voix du commandant demandant l’ouverture des portes évita au souverain d’Angmar une introspection qu’il jugeait menaçante pour sa concentration.

Sa paranoïa n’avait une fois encore aucune raison d’exister. Certes, là encore le ressentiment de l’officier à son égard était palpable, ainsi que la démonstration de puissance avec les portes qui n’avaient plus grand-chose à voir avec le règne végétal dont originellement elles étaient issues, mais aucune menace crédible ne venait étayer les soupçons du futur noble de l’Empire. Haussant les épaules intérieurement, Toranur abandonna donc le sujet et remercia d’un petit mouvement de la tête le commandant de la Garde d’Argent puis celui de la Compagnie de la Flèche, sans se départir de ce sourire qu’il avait calqué sur son visage depuis le début de la procession. Un instant interrompu, le cortège repris sa route sous une pluie de pétale noire cette fois-ci. Jusqu’à présent, les couleurs employées ressemblaient plus à un rappel des fautes passées qu’à de véritables signes de réconciliation, mais bon, Toranur n’avait pas eu voix au chapitre… D’ailleurs, l’accueil qui lui fut fait dans ce niveau fut bien plus agréable. Si une certaine hostilité restait présente, c’était surtout la curiosité admirative qui semblait dominer la foule d’où se dégagea quelque fois (mais assez rarement), des applaudissements. Flattés dans son orgueil, Toranur répondit à ces marques d’estime (hypocrites) par un léger signe de main et un sourire bienveillant.

Le trajet fut un peu plus court que pour la première enceinte, mais un nouveau changement d’escorte sous une pluie de pétales jaune, symbole de richesse, laissa comprendre à Toranur qu’il n’atteindrait pas avant encore deux bonnes heures le saint des saints de la cité : la salle du trône. Là encore, le message était assez clair : réception digne du rang de l’invité, mais préliminaires longs et imposants qui risquaient de mettre Toranur en position de faiblesse lorsque la diplomatie reviendra au milieu de la scène.
Mais encore une fois le souverain fut troublé dans ses pensées par des cris de bienvenue et des applaudissements. Toranur préférait de beaucoup l’hostilité affichée de la première foule à l’hypocrisie et à la fausseté des bourgeois présent. Mais il savait aussi que dans cette ville, il n’avait pas de plus précieux alliés que les hommes d’argent. Plus que tous les autres, c’étaient ces derniers qui désiraient la paix et le commerce, et c’était exactement ce que l’Angmar venait aujourd’hui proposer… Le fier guerrier condescendit donc à répondre avec bonhommie à ces marques d’accueil.
Arrivé à la Quatrième Porte, Toranur s’attendait au même cérémonial que précédemment. Quelle ne fut donc pas sa surprise (qu’il ne chercha d’ailleurs pas à dissimuler), lorsque cette fois-ci, ce furent des guérisseurs qui vinrent l’accueillir. Mais enfin, c’était après tout dans la logique des choses. Après tout, si Minas Tirith était aussi réputée, ce n’était pas que par la force de ses armées, mais aussi par les talents de leurs guérisseurs et la sagesse de leurs savants. Entré dans l’indifférence, Toranur traversa ce niveau avec la même indifférence. A vrai dire, il méprisait plus qu’autres choses ce genre de personnes. Certes, il leur reconnaissait une utilité, mais c’était des hommes pour un monde de paix, complètement vendu aux Eldars. Ils n’avaient pas leur place dans la guerre perpétuelle que se livrait Melkor et les Impies. Pour l’instant, c’était de soldats dont avait besoin la Terre du Milieu. Lorsque la paix universelle de Tar-Maiden serait présente, alors seulement l’humanité aura besoin d’êtres comme ceux-ci à la place des soldats. C’était assez tortueux comme cheminement de pensée, mais c’était la seule manière pour le séide du Mordor de concilier la réalité et son code moral.

Puis, l’imposante ombre du bastion vint s’abattre sur le cortège, accentuant sa froideur et son hostilité par des bruits de porte sortis des profondeurs de la terre. Ni pétales, ni lumières, seulement le froid et les ténèbres. Bien que le commandant de l’escorte s’en excuse, Toranur n’avait pu retenir un frémissement lors de la traversée du corridor menant au cinquième cercle. Cette obscurité lugubre alliée aux cliquetis des armes l’avait ramené dans ses souvenirs de guerre, et notamment cette horrible journée où lui et son escouade, pris au piège dans une porte semblable, avaient été décimés. Toranur n’avait alors eu la vie sauve qu’en se servant des cadavres des orcs et camarades avec lui en guise de bouclier le temps qu’au dessus, Isnak n’ouvre une brèche dans la défense de la forteresse et ne provoque un reflux des défenseurs. Aussi, lorsqu’il fut à la lumière qui lui fit cligner des yeux après un si long temps dans l’obscurité, le souverain d’Angmar sentit la pression sur ses épaules retomber quelque peu.

Les habitants de ce niveau étaient eux aussi des hommes à s’allier et à convaincre. Suffisamment au fait des coutumes du pouvoir, aucun n’ignorait que la venue pacifique de l’Angmar en leurs murs cachait un dessein plus vaste. Tant que les membres de la noblesse ne seraient persuadés que Toranur était en grâce auprès de Denethor, aucun d’eux ne l’approcheraient. Mais, une fois qu’il serait entré dans les cercles, alors il était à prévoir que les nobles les plus retors n’hésiteraient pas à changer d’attitude s’ils y découvrent un intérêt tandis que Toranur ne se faisait aucun souci quand aux militaires. Lorsque les épées jouent et que le sang coule, les haines ont tendance à s’amenuiser et la solidarité d’armes à se créer. Arrivée à la fin de ce niveau, l’escorte Gondorienne ne fut pas remplacée et les chariots et les cavaliers durent s’arrêter. En effet, le Sixième et Septième cercle était réservée aux plus grands de l’Empire et il eut été des plus inconvenants de se présenter à eux avec une armée. D’autant que petit à petit, la place pour manoeuvrer était elle de plus en plus étroite…

Franchissant sous une pluie de pétales blanc, symbole de pureté et de pardon, les portes du Sixième niveau, Toranur fut accueillit par les hauts fonctionnaires et dignitaires de la cité, ceux là même qui avaient du tant travailler la nuit d’avant pour préparer cette venue grandiose. La traversée fut relativement rapide tandis que se précisait la fin de son périple. Là, il dut abandonner le reste de son escorte. Accompagné de quatre derniers Angmariens, ceux là même qui représentaient l’Angmar derrière son souverain, le Numénorien Noir passa le dernier rempart de la cité, celui protégeant le saint des saints, le cœur de l’Empire : le trône du Gondor. La Garde d’Argent formait alors une immense allée d’acier que traversa Toranur, avant de défiler devant les Gardes la Cour, protecteurs de l’arbre blanc, symbole du Gondor, pont entre Numenor et les Terres du Milieu. Enfin, débouchant de ces murailles d’acier, le guerrier du Mordor tant haïe dans cette ville déboucha devant la Cour Impériale au grand complet, regroupée en ce jour pour daigner accorder son pardon aux crimes passés, mais aussi pour rendre hommage à sa fonction de souverain d’un Etat puissant. Parmi cette assemblée, bien peu devait apprécier cette venue, autant que le petit peuple de Minas Tirith. Mais tous étaient loyaux au trône, et rares étaient ceux à ne pas reconnaître à Denethor toute autorité sur les Affaires Etrangères. Après les dissensions liées au bref règne d’Herunumen, le Gondor tenait à faire bloc derrière son Intendant, y compris pour les décisions difficiles. Or, bien que ne sachant pas le détail des tractations, chacun ici présent étaient conscients des enjeux. L’Angmar était un petit royaume, encerclé par trois grandes puissances, et à ce titre, contraint à l’immobilité. Mais, avec la décadence des elfes repliés sur eux même, le déclin des nains et la montée de l’Empire de l’Est, le rôle carrefour de l’Angmar rendait ce royaume extrêmement dangereux en cas d’attaques d’envergure de la part du Mordor ou du Rhùn sur les frontières de l’Empire. Bien qu’emplis de mépris envers un membre de la race maudite des Numénoriens Noirs, les Grands savaient aussi que le revirement de l’Angmar n’était pas à négliger, realpolitik oblige…

Et cela était montré de manière éclatante par l’étrange duo de la princesse, magnifique dans ses atours blancs, irradiant la richesse, la puissance, la jeunesse et la beauté, et Denethor, honorable vieillard, dont le dos commençait à se courber sous les ans, mais dont la posture indiquait la sagesse, l’intelligence et l’opiniâtreté. Quiconque les voyait ainsi ne pouvait s’empêcher de plaindre ceux chargé de discuter diplomatie avec ces deux êtres, symboles même de ce qu’il y avait de plus grand et de plus noble dans l’Empire.

Arrivé aux pieds des marches, Toranur fut salué au milieu d’un silence attentif par la princesse. Inclinant le buste en avant, le poing serré sur le cœur, le souverain d’Angmar rendit ce salut et lança la litanie des formules protocolaires. Après deux heures de marche à travers la cité, c’était très fortement pesant, mais l’ancien maréchal du Mordor eut la satisfaction de repérer le signe d’encouragement de l’Intendant. En cet instant, les deux hommes auraient pu être comparés à deux polissons en train de préparer une bonne blague dans le dos des parents. Et en quelque sorte, c’était vrai car nulle part ailleurs qu’en politique la vie réelle ne ressemble plus à un théâtre.
Enfin, l’assemblée fut invitée à rejoindre l’intérieur, ce qu’elle fit avec soulagement, le soleil étant haut dans le ciel, irradiant de ses rayons la roche blanche de la cité. Une fois encore, Toranur put admirer les talents d’organisateurs des Gondoriens. La salle n’avait plus grand-chose à voir avec ce qu’elle était hier. De froide et austère, elle était devenu gaie et festive, sans non plus rien perdre de sa dignité. Ce fut au milieu du brouhaha de la foule qui entrait que Denethor s’approcha de Toranur et lui dit de manière à ce que seul lui entende dans quel état d’esprit était la princesse. Le souverain d’Angmar le remercia vivement d’un petit signe de tête tandis que les deux hommes se séparaient.

Seul, avec les derniers de son escorte, au milieu de la salle, entouré par mille paires d’yeux, Toranur connu un instant de panique, d’autant que la princesse, absolument sublime dans sa tenue, le toisait du haut de son trône, laissant au fier numénorien comme une impression malsaine de n’être qu’un petit ver de terre. Se reprenant rapidement, le souverain d’Angmar lança encore quelques paroles diplomatiques avant qu’enfin, la princesse ne se lève et n’invite Toranur à la suivre. C’était hautement aller contre le protocole (une princesse d’Empire ne se doit pas d’être en privé avec un homme célibataire, serait-ce son futur mari), mais apparemment, cela ne choquait pas trop cette dernière. Surpris, le numénorien noir se laissa faire et suivit la jeune femme, de 20 ans sa cadette, vers les jardins de du palais, terrasses qui se voulaient verdoyantes, mais demandaient un effort constant et ininterrompu aux jardiniers.

Enfin seuls, mais peu éloignés du reste de la cour (on entendait, étouffé par le feuillage, le bourdonnement des conversations que l’Intendant avait la charge de contenir), les deux souverains purent quitter le langage stérile de la diplomatie pour arriver à celui des vrais affaires, ce que fit la princesse avec une étonnante franchise et brutalité qui déstabilisa un peu plus Toranur. Ses rapports d’espions avaient, semble-t-il, oublié de signaler cette difficulté de caractère…

Face à une telle attaque rhétorique, le souverain d’Angmar resta quelque peu sans voix. Fatigué par sa longue marche à travers la cité, surpris par le mépris de l’étiquette, pourtant si stricte de l’Empire, par sa promise, mais surtout par l’habile mélange de beauté froide, mais emplie de douceur, de voix au ton ferme, mais envoûtant et par l’extraordinaire sensualité de la femme en face de lui, Toranur sentait qu’il n’était plus tout à fait maître de ses pensées et ne se mit plus qu’à craindre une chose, passer pour ridicule auprès de cette femme qu’hier encore il ne connaissait pas, mais dont l’image semblait avoir pris possession de son être. Toranur sentait confusément que de nombreux cœurs avaient du souffrir de cette mortelle beauté, ainsi que les membres du palais. Denethor lui-même, malgré son grand âge, n’était-il pas prisonnier de l’influence de cette sorcière ?

Presque chancelant, Toranur ne dut son salut qu’aux leçons d’un vieux maître d’arme, Hasharim de renom que son père avait engagé pour lui apprendre à maîtriser ses pensées. Barricadant son cœur et son esprit, le guerrier qu’il était fit rapidement l’analyse de ses forces et faiblesses et regarda comment il pouvait avancer ses pièces.
Néanmoins, cela lui prit un peu de temps, temps durant lequel la princesse le regarda d’un air méprisant, comme si elle n’avait jamais douté de la bêtise de son interlocuteur. La partie se devait d’être rapide et convaincante, sinon, Toranur perdrait sa seule force : son assurance qui donnait à ses menaces toute crédibilité…

« Qu'est-ce que j'ai de plus? Je ne pense pas avoir à vous décliner ce qui fait qu’aucun de vos prétendants ne m’arrivent à la cheville Princesse. Pour mon panégyrique, tournez vous vers les bardes et ménestrels. Ils racontent mieux ma vie que je ne le ferais jamais... »

C’était prétentieux, mais Toranur avait une très haute opinion de lui-même. Il ne voyait pas un seul prince d’Empire, pardon, un seul prince de la Terre du Milieu, qui puisse rivaliser avec ses capacités. Certes, Sefir était plus doué que lui au maniement des armes, Torn bien plus puissant que lui ou Elrond plus sage, mais le souverain d’Angmar était persuadé qu’aucun d’entre eux ne possédait un aussi haut degré de compétences dans des domaines aussi divers et spécialisés que tout ceux concernant l’art de la guerre… Le fait qu’il en soit persuadé donnait plus de poids à ses paroles.

« En venant ici, je n’ai qu’un seul but : participer à l’union des hommes contre leurs ennemis communs. Et ce but, je l'ai toujours poursuivi dans mon existence, y compris lorsque j’étais dans l’erreur. Je n’ai pas changé d’un iota depuis le moment où je commandais les légions d’orcs. Ce qui a changé néanmoins, c’est mon aveuglement. Les Morts, aussi horribles que soient leurs crimes, m’ont permis de me libérer de l’emprise de Sauron, maudit soit-il… »

A ces mots, rien ne vint trahir le profond dégoût de soi-même qu’éprouva à l’instant Toranur. Critiquer ainsi son dieu lui provoquait d’immenses souffrances, quand bien même était-ce pour sa plus grande gloire qu’il accomplissait tout ça…

« Et désormais, je veux participer à la grande lutte qui vous oppose au Noir Ennemi. Mais je suis persuadé que vous ne croyez pas un mot de ce que je dis, cela se lit sur votre visage Princesse. Aussi, je vous propose un jeu... »


Faisant un mouvement rapide du bras droit, Toranur se retrouva armé d’un mince poignard à la lame tranchante comme un rasoir. Portant l’arme à son poignet gauche, il s’entailla les veines qui se mirent à déverser un lot de sang vermeil à une allure inquiétante…

«Vous trouviez ironique de me tenir dans votre citadelle à votre merci. Je vous offre l'occasion ultime de vous débarrasser de moi. C'est avec ce genre de blessure que certains Numénoriens offraient leur vie à leur seigneur en signe de repentance. Avec cette entaille, le corps humain met 10 minutes à se vider de son sang. Au delà de ce temps, vous n'aurez plus qu'en face de vous un cadavre encore brûlant de la vie qui l'a quitté. Un mot de vous, et je meurs ou je vis. que déciderez-vous Princesse?»

Le geste avait été rapide et sur, confirmant les rumeurs de l’expertise de l’ancien maréchal du Mordor dans la question des armes et blessures, et le fait que cela ait été fait sans la moindre crispation du visage ou trace d’anxiété dans la voix avait quelque chose d’effrayant. Restait à voir si le visage du Numénorien resterait de marbre à mesure que le temps passera. Mais la princesse pouvait-elle prendre le risque de la mort de Toranur ?




Les soldats vivent mais ne savent pas pourquoi.
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mar 21 Sep 2010 - 21:52

Note: dans un soucis de cohérence temporelle, les événements relatés ici se passent avant l'arrivée de Denethor au Conseil Blanc. Le fait qu'il ne quitte la Cité Blanche qu'à la fin du post ne signifie donc pas qu'il se trouve à deux endroits en même temps.

    L'attente avait été longue pour Thais. Mais elle avait l'avantage de ne pas avoir à traverser toute la ville en se soumettant aux longs et fastidieux protocoles réglementant l'accueil des hôtes de marque, et s'était levée plus tard que Toranur. Un déjeuner qui lui tiendrait au corps plus tard, elle passait par l'épreuve de l'habillage, et fit sentir à ses serviteurs qu'elle n'était pas de bonne humeur. Les pauvres hommes et femmes à son service eurent toutes les peines du monde à obtenir une coiffure qui la satisfasse, audacieux mélange de boucles, de tresses et de cheveux déliés qui retombaient en une cascade noire le long de son dos, contrastant violemment avec la blancheur de sa robe. Ses yeux d'un bleu profond comme l'océan étaient rehaussé d'un maquillage si léger qu'on aurait pu croire qu'elle n'en portait pas, mais qu'on remarquait pourtant, ajoutant encore à la confusion que la Princesse aimait générer autour d'elle. Elle rejoignit Denethor dans la grande salle, constatant que ses gens s'étaient activés toute la nuit. La salle était magnifique, décorée de tentures aux armoiries des différents fiefs de l'Empire, avec quelques tables couvertes de mets fins et de boissons diverses.
    Et ils auraient besoin de ces liquides avant la fin de la journée, elle n'eut qu'à constater combien le soleil emplissait de lumière cette salle pourtant éclairée presque uniquement par deux rangées de fenêtres juste au dessous du toit pour s'en convaincre. Elle toisa ensuite l'Intendant, détaillant son accoutrement. Il avait revêtu une armure de guerre, dont l'austérité contrastait avec l'arbre d'argent qui s'étalait dans le dos de sa cape blanche et le soin qu'on avait apporté à ses cheveux et son rasage. Elle sourit. Le message était clair: "Je reste le défenseur de l'Empire, quoi qu'il arrive".

    "Intendant..."
    "Votre Majesté..."
    "J'ai vu depuis ma fenêtre que vous aviez prévu les choses en grand... J'espère que ces pauvres garçons que vous avez mobilisé auront une prime pour rester sous une telle chaleur engoncée dans leurs armures..."
    "Ils recevront le double de leur paie journalière pour cette journée. Majesté, je dois vous parler d'un autre sujet..."
    "Cela a-t-il à voir avec ce manège auquel vous vous livrez?"
    "Seulement de loin. Je me dois de vous informer qu'il me faut partir dans la journée, pour Fondcombe. Curunir et Elrond organisent un quatrième Conseil Blanc, qui s'annonce comme...élargi. L'Empire doit y être représenté."
    "Mais... Vous ne pouvez pas me laisser seule avec ce monstre dans ma ville!"
    "Ne vous affolez pas, Majesté. Toranur est quelqu'un de bien plus civilisé qu'on ne le croit... Et pourtant, quelque chose me dérange chez lui. J'ai donné des ordres, Armelos vous suivra comme votre ombre. Vous pouvez avec confiance... Après tout, il commandait..."
    "Je sais ce qu'il commandait. Et j'aurais préféré avoir son commandant avec moi."
    "Nous n'avons toujours pas de nouvelles de lui... Si vous le souhaitez, je demanderai au Conseil Blanc s'ils ont entendu parler de lui. Il n'est pas du genre à passer inaperçu auprès des dirigeants..."
    "Avez-vous toujours espoir?"
    "Non, votre Majesté."
    "Et qui commandera en votre absence? Ce rustre de Vakalor?"
    "Il a déjà une autre mission. Non, je laisse mon cadet en charge de l'Empire."


    La princesse fut surprise. Les rapports entre l'Intendant et son fils étaient intrigants. Le père peinait à retenir les ardeurs de son fils à prouver sa valeur, tandis que ce dernier estimait que son géniteur ne lui faisait pas assez confiance. Comment comprendre que Denethor avait confiance en son fils, mais que rien ne remplaçant l'expérience, il ne lui avait pour le moment donné que des missions de seconde importance, au lieu des tâches précédemment dévolues à Boromir. Thais tourna la tête vers les portes ouvertes de la salle du trône, là où se tenait Faramir. Qu'il avait l'air mal à l'aise dans cette armure! Le cadet était plutôt bel homme, mais son visage doux trahissait son jeune âge, son manque d'expérience. Et aussi le fait qu'il ne soit décidément pas habitué à porter une protection plus lourde que du cuir... Elle sourit pour elle-même, reportant son regard sur l'Intendant.

    "Il devrait bientôt arriver ici, non?"
    "C'est exact... Allons l'attendre au sommet des marches, voulez-vous."


    Et c'est ainsi que Thais gagna la place d'où elle et Toranur se virent pour la première fois. Immédiatement, elle darda vers lui son regard hypnotique, avant de la saluer. L'homme en face d'elle était grand, bien bâti, propre sur lui, dans un costume qu'elle devina réalisé par Godefroy, le tailleur impérial. Le pauvre homme s'était donné bien du mal pour réaliser quelque chose qui semble venir d'Angmar, mais cela ne pouvait tromper que le peuple, les militaires et les moins instruits des nobles. Elle n'eut pas le temps de poursuivre plus en avant son examen, le temps d'entrer dans la salle étant venu. Elle pouvait presque imaginer les soupires de soulagement des Gardes, maintenant autorisés à briser les rangs et se réfugier à l'ombre, sans le poids de leurs casques et de leurs capes sur les épaules. Sans un mot ou un regard de plus pour Toranur, elle gagna son siège, le toisant depuis son perchoir.
    Sans doute le Maréchal avait-il été bel homme, mais il était comme fatigué par ses années de combat. Cela ne le rendait pas laid pour autant, mais son visage était plus marqué que ce que son âge exigeait. De petites rides d'expression étaient apparues à force de rester concentré sur des cartes, ou de réfléchir à une stratégie nouvelle. D'autres laissaient leur trace sur les coins de sa bouche, n'apparaissant que quand il parlait, vestige d'ordre hurlées de trop nombreuses fois. Le souverain semblait perdu au milieu de cette foule, mais ne se défendait pas trop mal, de loin. Elle attendit qu'il soit remis de ces rencontres pour le bousculer, un signe de tête de Denethor lui annonçant qu'elle pouvait passer à l'action. Elle eut du mal à dissimuler un sourire, se réjouissant par avance de ce qu'elle allait faire. Peut-être certains croiraient-ils à un manquement au protocole, mais elle n'en avait cure. Et il était toujours bon de faire un peu jaser sur soi. Après tout, qui aurait pu croire que cet homme occupé à tailler des roses était un combattant redoutable, aux aguets? Tout avait été prévu, à tel point que la princesse s'était demandé s'ils n'étaient pas en train de planifier un assassinat, un guet-apen.
    Elle ne fit que rire, laissant échapper quelques notes cristallines à la première partie de la réponse de Toranur, avant de continuer à l'observer, un sourire mi-amusé, mi-hautain sur son visage, qui ne parut pas décontenancer son interlocuteur. Qu'il était imbu de sa personne. La suite l'aurait sans doute étonnée si Denethor ne lui en avait pas déjà parlé. Ainsi, Toranur et son père auraient poursuivit le même but? Mais lui, le Numénorien Noir, aurait cru bon de détruire d'abord le monde des Hommes pour en reconstruire un? Quelque chose ne tenait pas debout là dedans, et le regard de l'héritière se fit sévère, dur. Non, elle ne parvenait pas à croire cet homme en face d'elle, malgré l'apparente sincérité de ses paroles. Il alla jusqu'à maudire Sauron (ce qui ne changerait pas grand-chose à la situation du Maïar, de toute façon), et Thais détourna alors le regard, plongeant ses yeux bleus dans les ténébreuses montagnes de Mordor, qui s'étendaient à l'horizon comme une sombre mâchoire. Elle ne revint à la situation présente que lorsque Toranur tira brusquement un poignard de sa manche. Et elle se vit poignardée, gisant dans ses jardins, abattue par un homme prêt à donner sa vie pour Sauron. Et la froide princesse eut un mouvement de recul et de surprise, qu'elle interrompit aussitôt que le Maréchal s'entailla les veines...
    Elle eut un sourire, avant de soupirer. Sa voix était douce, tandis que son visage adressait un sourire angélique à cet homme de guerre. Doucement, elle prit la main gauche de Toranur dans la sienne, sans qu'une goutte de sang ne vienne perler sur la robe ou ses doigts fins, soit qu'elle fut chanceuse, soit qu'elle fut protégée de ce genre de souillure par un charme elfique.

    "Allons Toranur... Regardez dans quel état vous vous mettez..."

    Son autre main caressa la joue du soldat avant de descendre vers sa main droite, lui retirant le poignard des mains comme on confisque un jouet à un enfant, en douceur... L'Angmarien ne s'aperçut de la disparition de son arme que lorsqu'elle tinta sur le dallage, loin derrière la princesse qui tenait maintenant sa main blessée dans les siennes, le regardant toujours de ses yeux insondables, calme comme s'il ne saignait pas, laissant s'écouler le temps et le sang. Et l'idée qu'elle pourrait bien le laisser se vider de ses fluides vitaux pris place dans l'esprit de Toranur: il connaissait si peu de choses de l'héritière, qui semblait trempée dans l'acier le plus dur.

    "Vous mentez, mon cher... Regardez-vous. Même quand vous venez en paix, il faut que vous fassiez couler du sang. Même quand vous voulez unir les hommes, vous mettez votre vie en danger. Je croyais que les stratèges étaient des gens plus raisonnables, plus rationnels..."

    Son sourire changea. De calme et rassurant, il devint l'espace d'un instant presque mutin, une lueur rieuse s'allumant dans ses yeux.

    "Saigner pour moi ne signifie rien. Pas de cette façon... Vous aurez peut-être l'occasion de me prouver la véracité de vos dire, même si vous avez un long chemin à parcourir... Armelos! Viens donc aider notre invité à survivre à sa bêtise..."

    Et le jardinier s'approcha, une lueur de haine farouche dans les yeux.

    "Vous êtes mille fois trop bonne, votre Majesté."
    "Armelos a beaucoup souffert de la perte de son maître, par votre faute, Maréchal..."


    L'ancien Capitaine de la Garde Silencieuse se servit d'une ceinture en tissu pour nouer un solide bandage autour du poignet de Toranur, bandage qu'il serra excessivement fort, au point que la main gauche du Maréchal fut aussitôt engourdie, et ne tarda pas à blanchir légèrement. Une petite vengeance, qui passait ici pour un excès de zèle. Puis il s'en fut, se tenant à une distance suffisante du couple pour les laisser parler, mais suffisamment proche pour intervenir rapidement en cas de besoin.

    "Vous pouvez parler... Il dirigeait la Garde Silencieuse, avant qu'elle ne soit décimée dans les Maisons de Guérison, puis plus tard dans les Monts Brumeux, à la recherche de leur maître... Vous m'avez fait souffrir bien plus que vous ne le croyez ce jour là, Toranur. Je n'étais peut-être qu'une enfant, mais ça ne m'empêchait pas d'avoir parmi les soldats des favoris, et celui là en était un. Il était heureux. Il avait une femme, et un fils. Et il serait allé les retrouver sitôt que la réunion des Nobles de l'Empire aurait été finie... Il me racontait des histoires de pays lointains, des légendes exotiques. Il avait beaucoup voyagé... Et il avait trouvé la paix dans cet Empire..."

    Tout en disant ces mots, elle s'était rapprochée du Maréchal, jusqu'à passer une de ses mains dans le cou du soldat, s'amusant presque de le voir si surpris qu'elle méprise ainsi le protocole. S'il savait... Et sa main effleura bientôt la cicatrice sur la nuque de l'Angmarien. Le sourire pensif qu'avait eu Thais à l'évocation de ces souvenirs disparut alors. Son ton se fit plus ferme, plus dure, et elle planta un regard d'acier dans les yeux du Maréchal.

    "Et puis vous êtes arrivé, avec votre armée. J'ai vu cet homme partir vers les remparts, me promettre qu'il ne lui arriverait rien, qu'il reviendrai, et qu'il finirait l'histoire qu'il avait commencé à me raconter. J'ai vu la bataille depuis cette même balustrade, j'ai vu la porte de cette cité tomber, et jamais je ne le vis revenir... Ce n'est que plus tard que j'apprit qu'il avait survécut, et qu'on l'avait d'abord prit pour un traître. Puis qu'il était revenu avec une armée de secours. Oui! Vous savez très bien de qui je veux parler, Toranur... Je parle d'Almandar! De Sefir. Ou de Khaedril, puisque c'est ainsi qu'il s'est fait connaître au Nord, après que vous l'ayez arraché à ceux qu'il aimait et qui l'aimaient..."

    Elle le lâcha alors, lui tournant le dos pour contempler sa capitale, comme pour se calmer. Oui, elle avait apprit par la suite que ce Capitaine de l'Empire n'était pas un homme parfait, qu'il avait un passé violent derrière lui. Mais ce qui comptait pour Lælias, c'est qu'il avait voulu recommencer sa vie, une vie honorable, à la mesure de ses capacités, de son expertise. Il avait essayé de vivre en homme juste... Et Toranur l'en avait empêché. Il avait prit à cette petite fille l'homme qui lui racontait des histoires, il y a dix ans de cela... Il avait arraché un mari à sa femme, un père à un fils qui n'eut jamais la chance de le voir... Et en cet instant, elle hais Toranur de toute la force de son coeur.
    Puis elle baissa son regard vers sa capitale. Tant d'hommes avaient saigné pour qu'elle soit sauve... Tant d'hommes n'étaient pas rentrés chez eux pour serrer leur femme et leurs enfants dans leurs bras, à cause du Maréchal ici présent. Ou plutôt à cause de Sauron... Et elle pria pour que le désir de Toranur soit sincère, car elle voulait croire que, comme Almandar, il pouvait changer... Elle se retourna à nouveau vers lui, des armes dans les yeux, qui coulèrent comme deux perles scintillantes sur ses joues.

    "Cet homme, comme tous ceux qui furent blessés ce jour là... Cet homme était courageux. Il est allé au combat pour me défendre, moi, l'enfant d'un autre. Moi qui jamais ne lui ai offert quoi que ce soit. Je ne demande pas qu'on saigne pour moi, Toranur. Je demande qu'on aime pour moi. Qu'on aime sa femme, qu'on lui soit fidèle et qu'on la protège. Qu'on aime ses enfants, et qu'on leur prodigue tous les soins qu'un père bienveillant devrait trouver naturel... Qu'on aille jusqu'au bout du monde pour sa famille. Je n'ai que faire des exploits guerriers ou de vos brillantes tactiques... Je veux seulement savoir si vous êtes capable d'aimer. Et puisque vous n'aimez pas même votre propre corps, Maréchal, vous avez un long chemin à parcourir avant que ça ne soit le cas..."

    Tout ce temps, elle était restée à distance de l'Angmarien, les larmes coulant silencieusement sur ses joues. Elle s'approcha, doucement de lui:

    "Je vous déteste, Toranur. Non. Je vous hais. Et pourtant, je vais vous laisser une chance de me prouver qu'il y a un homme en vous, un vrai. Pas une simple machine à tuer ou un stratège. Je le fais parce que je sais intimement qu'on peut changer, même quand on vous ressemble... Voilà comment vous ferez vos preuves, Toranur d'Angmar..."

    Et elle se tint là, proche de cet homme qu'elle haïssait tant, en larmes, mais fière et droite, indomptable, à l'image de la Cité Blanche en contrebas. Et ces larmes qui coulaient de ses grands yeux bleus, couplées avec la détermination qu'on lisait dans chacun de ses traits, formaient un mélange charmant qui laisserait bien peu insensibles...


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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 23 Sep 2010 - 22:39

S’il n’y avait eu cette inclinaison impossible à réfréner, ce désir intense envers son interlocutrice, Toranur se serait beaucoup amusé. Comment avait-on pu croire qu’un soldat pouvait se faire passer pour un jardinier ? C’était assez grotesque. Le souverain d’Angmar ne savait pas quelle fonction ce « jardinier » occupait, en tout cas, il devait être un soldat et un bon, en témoignait son dos excessivement droit, l’économie et la vivacité de ses gestes, quand bien même la taille qu’il faisait était bien en deça des autres tailles du jardin ! Toranur était une brute, mais il aimait beaucoup les fleurs. Elevé dans les cendres du Mordor, il avait toujours beaucoup admiré la vivacité des fleurs et leur long et patient travail vers la beauté. Mais, il se sentait malgré tout beaucoup plus proche des mauvaises herbes, enracinées solidement au sol, capable des pires poisons comme des meilleurs remèdes. Aussi n’hésitait-il jamais à détruire un parterre de fleur lorsque ce dernier se trouvait sur son chemin… Nouveau paradoxe que seul un véritable agent du Mal pouvait concilier. Et, c’est ainsi que, telle une mauvaise herbe, le guerrier du Mordor joua du couteau, voulant provoquer autre chose que le mépris ou le rire chez cette froide princesse.
Le résultat fut à la hauteur de ses espérances. Pendant un instant, il put goûter à la peur de la princesse qui imagina mille scénario se terminant tous par sa propre mort par un fanatique et l’anxiété soudaine du pseudo-jardinier, délivrant ce flot d’adrénaline si caractéristique des situations d’urgence. Quelques secondes, ce fut Toranur qui eut la main dans la conversation. Mais ce fut court. Se remettant aussi rapidement qu’elle avait été surprise, la princesse arbora une expression qui n’était pas claire quand à ses intentions. Toranur avait cru pouvoir jouer sur l’enfance douce et gâtée de cette héritière de l’Empire et pouvoir appuyer sur des leviers inconnus de cette femme. Mais il se trouvait face à une femme trempée dans l’acier, dont la cruauté devait être à la hauteur de sa beauté et de sa douceur. Méfiez-vous des femmes, et des Eldars. Combien ce proverbe Angmarien prenait-il tout son sens en cet instant !

Lorsque Thaïs Laelias s’approcha de lui, Toranur ressentit comme une fascination morbide, proche de celle de la victime voyant approcher son bourreau, devant la grâce des pas de la jeune femme, complètement envoûté par cette voix si douce et si lointaine. Lorsqu’elle lui prit la main, le souverain d’Angmar sentit qu’il perdait tout contrôle. Même la douleur ressentit fut reléguer au loin, comme si les deux êtres étaient pris dans une sphère hors du temps où ils resteraient ainsi jusqu’à la fin des temps. Mais son fluide vital coulait toujours et bien que complètement absorbé par ce regard si profond, Toranur pensa profondément qu’il allait mourir au moment où son poignard tomba au sol alors même qu’il n’avait aucun souvenir de l’avoir lâché. Ce qui n’était qu’une alternative devenait d’instant en instant une réalité plus proche et concrète.
La Mort ne faisait pas peur à Toranur. Fanatisé depuis l’enfance, la Grande Faucheuse était sa compagne depuis trop longtemps pour qu’il en ait vraiment peur. Trop de ses compagnons d’armes avaient trépassé à sa place pour qu’il croie qu’il y échapperait. Mais ce qui le gênait en cet instant, c’était que sa mort n’était pas prévue. Il était loin d’imaginer que la princesse se tiendrait si près de lui, l’empêchant ainsi de réaliser ses dernières dispositions pour s’en sortir. Finalement, sa mort prendrait place loin du fracas des armes et n’aurait d’autres buts que de satisfaire la cruauté d’une femme dont il n’arrivait pas à se détacher, une femme pour laquelle en cet instant il voulait tout sacrifier pour la satisfaire… Où était donc ses soldats et son épée ? Aurait-il droit au Walhalla, au repos des guerriers à mourir ainsi ? Certes, c’était pour la plus grande gloire de Sauron car sa mort entraînerait la mise en œuvre d’un terrible engrenage, mais était-ce glorieux ? Et puis, voulait-il encore mourir alors que ce corps et ces pensées dont il était si maître s’emballaient et ne répondaient plus à ses injonctions. Il aurait réagir, se révolter, mais quoi qu’il fasse, il se sentait en cet instant précis complètement captif de cette femme. Seigneur Sauron, quels yeux !
Résigné à mourir, Toranur se résolut néanmoins à le faire dans les règles de l’art. Ni plaintes, ni rictus. Seulement l’humour du condamné à mort…


« Rien de plus irrationnel que l’art de la guerre, Ma Dame. Si j’étais raisonnable, je n’aurais jamais choisi ce métier… »

Comme si de toute manière il avait eu le choix ! Mais qu’importait de toute manière puisqu’il allait mourir. A son tour de laisser la place. Il n’y avait plus rien à regretter.
Mais une fois encore la volage princesse s’amusa à l’étourdir. Son sourire perdit de sa gravité et devint mutin tandis qu’une lueur espiègle prenait place dans son regard. Et, alors même qu’il était persuadé de mourir, l’ordre libérateur fut enfin prononcé. Mais alors qu’il aurait du refléter une abdication, cet ordre faisait de nouveau passer Toranur pour un imbécile inadapté au monde. La sensation était pour le moins désagréable et le souverain d’Angmar profita de la récrimination d’Armenelos pour rebondir.

« Je ne suis pas sur d’être tout à fait d’accord avec lui… »

Mais la princesse n’avait que faire des paroles des deux hommes. Elle était sur de son fait. Lâchant la main de Toranur afin de permettre au pseudo-jardinier d’intervenir, Thaïs Laelias prit à nouveau un malin plaisir à réduire le souverain d’Angmar à son ancien rôle d’envahisseur. Ce qui eut pour effet de faire grincer des dents ce dernier. A la douleur de la plaie qui s’était réveillée lorsque la demi-elfe l’avait quitté, s’ajouté ce souvenir encore cuisant de la prise de Minas Tirith. Contrairement à ce que racontait les légendes et rumeurs, ce n’était pas lui qui avait conduit l’assaut. Certes, il en avait rêvé toute son existence, établit le plan de bataille qui avait été retenu, mais au moment des faits, il était à Lond-En-Edain, à prendre d’assaut une citadelle d’importance mineure. Combien il regrettait ce jour où il n’avait pu participer à la chute de l’orgueilleuse cité !!! Ce jour où Sauron lui avait préféré cet incapable d’Al-Garanduil à lui !
Bien qu’accompli dans un tout autre but, l’excès de zèle d’Armenelos eut le mérite de tirer l’ancien maréchal de ces sinistres pensées. La haine du soldat à son égard était palpable et Toranur se dit que tant de zèle méritait récompense. Arborant un grand sourire, il inclina sa tête en signe de remerciement, une lueur moqueuse dans le regard tandis qu’Armenelos était contraint de se retirer plus loin. Certes, la princesse était la reine de tout ce qui se passait, mais dans la pièce qui se jouait, le subalterne n’était pas Toranur et ce dernier s’en serait voulu de ne pouvoir profiter du mince pouvoir qu’il détenait. Car il était à présent clair qu’il ne serait maître de rien à partir de cet instant là. Thaïs Laelias exerçait une trop forte attraction pour que son esprit y résiste véritablement.


"Vous pouvez parler... Il dirigeait la Garde Silencieuse »
La Garde Silencieuse… comme si c’était sensé le rassurer ! Il connaissait bien cette dernière. Aussi fanatisée que ses Todeschwadrons, disciplinée que ses Legionnars et entraînés que ses Feuerwhrmanns. Elle était auparavant constituée d’hommes violent et cruel qu’on avait revêtu des oripeaux de l’honneur et de la dignité parce qu’ils avaient abattus leur quotas d’adversaires. Le Mordor ne faisait pas autant d’hypocrisie que l’Empire. Les troupes d’élites étaient ce qu’elles étaient et ne s’en cachaient pas. L’Ouisetrenesse ne pouvait, lui, s’empêcher de dissimuler la vérité de leur troupe et les draper de toutes les qualités des chansons. Quelle plaisanterie ! En dehors de cette violence inhérente aux troupes d’élite (les Unstergivens plus que d’autres), n’était-ce pas un Garde Silencieux qui avait trahi Sefir avec son épouse ? Et dire qu’on voulait lui faire un cours de moral…

Malheureusement pour le pauvre numénoréen, toute cette belle réthorique ne lui était que de peu d’utilité. Tout en parlant, la princesse s’était à nouveau rapprochée de lui, leurs deux corps se touchant presque dans une formidable sensualité à laquelle Toranur tentait bien d’échapper. Mais que pouvait-il faire face à un tel charme et une telle assurance. S’il n’avait été autant surpris par ce nouveau manquement de protocole, probablement qu’il aurait perdu tout contrôle et que le désir qui l’enflammait eut pris le dessus, le conduisant à des actes qu’il réprouvait et surtout, qui lui causerait plus de tort qu’autre chose.

Mais, comme si elle avait senti cela, Thais effleura cette pesante cicatrice, réveillant en Toranur de pénibles souvenirs. Le regard d’acier de la princesse fut donc accueillit par une expression plus froide encore, semblant dire : n’allez pas sur ce terrain là princesse. Mais cette dernière n’en eût cure et brisant la bulle de dolce amor constituée, elle prit un ton ferme et dure tandis qu’elle énumérait une vérité tronquée… Que savait-elle des meneurs de l’armée du Mordor ? Que savait-elle de ce qu’il avait ressenti le jour où on lui avait appris qu’il n’avait pas été choisi pour mener ce qui devait être sa plus belle victoire ? Que connaissait-elle encore des rires et chuchotements qu’il avait du affronter alors qu’il avait du affronter tous les éléments contraires : la rébellion du Rhùn, la fuite de Sauron, l’arrivée conjointe d’Aragorn et du Rohan ? Avait-elle vécu aussi intensément que lui la mort de Thodric le barde ? Le joyeux de sa compagnie, un presqu’ami, décapité par Vakalor ? Rien, elle ne savait rien de tout ça. Pire, elle préférait se focaliser sur un événement tellement mineur de cette bataille. N’avait-il donc tant vécu et combattu que pour être comparé à cet homme ? Sur le long chemin de croix qu’avait été la retraite de Minas Tirith, Sefir n’avait été qu’une épine dans son pied dont il avait été relativement facile de se débarrasser. Ce n’était pas ses quelques lanciers et lui qui auraient pu l’empêcher le passage de l’armée qu’il devait sauver !


« Ou de Khaedril, puisque c'est ainsi qu'il s'est fait connaître au Nord, après que vous l'ayez arraché à ceux qu'il aimait et qui l'aimaient... »
Comment pouvait-elle énoncer de telles absurdités ? Il n’avait été pour rien dans cette perversion. Si Sefir avait été trahi par son épouse, ce n’était pas parce que Toranur avait avancé ses pièces, loin de là ! Et le fait qu’il devienne Khaedril n’avait rien à voir non plus avec le maréchal du Mordor. Bien au contraire, il eut préféré qu’on laisse l’assassin tranquille, ce qui lui aurait évité cet épisode honteux de retour enchaîné à Barad-Ûr.
A chacun des mots de la princesse, Toranur avait envie de la saisir et de la secouer, de lui hurler au visage tout ce qu’elle ne savait pas, de la mettre face à ses propres contradictions. Ce qui l’empêcha de le faire fut la plus improbable des figures. Au milieu de tous ces souvenirs douloureux, le visage de Raya s’était soudainement matérialisé. Son regard qui s’était embrasé au fur et à mesure des paroles de la princesse s’éteignit petit à petit tandis qu’il repensait à celle qui fut son épouse et qui l’avait trahi. Toute colère l’abandonna et il regarda presqu’avec dégoût le dos de la princesse qui contemplait la ville en contre-bas. En cette minute, ces deux êtres que tout opposait brûlèrent de la même haine l’un envers l’autre. Pour des motifs différents, ces deux prisonniers de la politique et du paraître furent plus proche qu’ils ne l’avaient été jusque là. Mais tous deux surent qu’ils devraient aller au-delà de cette aversion. Ce qui fut assez facile à réaliser. Pour Thais parce qu’elle était depuis le début maîtresse du jeu et qu’elle savait où elle voulait en venir, pour Toranur parce que malgré toute sa résistance, il était incapable de résister au charme de la princesse, surtout lorsque deux larmes d’une pureté douloureuse apparurent au coin de ses yeux et se mirent à couler le long de ses joues à la courbe si magnifique. L’image de Raya s’éloigna de l’esprit du maréchal, mais resta non loin, permettant à Toranur de trouver quelque part en lui un lieu au dessus de la colère qu’il sentait gronder en lui.
En même temps, allié à la fragilité de la princesse, le souverain d’Angmar sentit aussi que cette sensibilité qu’il tentait depuis toujours de détruire se ranimait et c’est d’une voix plus rauque qu’il ne le voulait qu’aux paroles de Thais Laelias il répondit :


« Je demande qu'on aime pour moi. Qu'on aime sa femme, qu'on lui soit fidèle et qu'on la protège. Qu'on aime ses enfants, et qu'on leur prodigue tous les soins qu'un père bienveillant devrait trouver naturel... Qu'on aille jusqu'au bout du monde pour sa famille. Je n'ai que faire des exploits guerriers ou de vos brillantes tactiques... Je veux seulement savoir si vous êtes capable d'aimer. »

« L’amour fait souffrir et la souffrance conduit à la mort… Voilà pourquoi jamais on ne m’a appris à aimer.»

L’amour, voilà un mot tabou au Mordor, un mot qu’il n’avait connu que dans certains livres ramassés chez ses ennemis, complètement absent de sa vie. Son enfance n’avait été qu’un long calvaire et un douloureux enseignement où la haine de ses semblables l’avaient aidé à tenir avec l’idée de servir le seul être qui en vaille la peine : Sauron. Et c’est ainsi qu’il avait grandi sans amour et que chaque fois qu’il s’y était essayé, ceux qu’il aimait était mort par sa faute. Ainsi de la douce Helena pour laquelle il brava l’autorité paternelle pour la ramener chez elle et qui fut fouetté par les Edains et que Toranur dut ensuite égorger. Et aussi de Thranduil, ce prisonnier dont il s’était senti l’espace de quelques jours si proche. Ainsi que de Raya dont il était sans nouvelle depuis trop longtemps. Même le fidèle Isnak devait être mort à l’heure qu’il était, loyaux aux ordres qu’il lui avait donné. Toranur n’était pas homme d’amour. Il refusait à l’amour toutes ces belles qualités qu’on lui prête car à chaque fois qu’il s’y abandonna, la mort vint lui ôter tout objet d’affection. Mais une fois encore, que pouvait bien en savoir la princesse ?

Les derniers mots de la princesse restèrent longtemps dans l’air tandis que les deux souverains s’observaient avec attention. La princesse avec ses larmes qui augmentaient encore, si c’était possible, le pouvoir d’attraction de la jeune femme et Toranur avec cette expression si caractéristique qu’il avait lorsqu’il se concentrait intensément. Cet air qui lui avait marqué le visage à travers de trop nombreuses campagnes, lui donnant un air plus vieux et moins abordable.
S’approchant encore un peu plus de la princesse, Toranur mit un genoux à terre et saisitdélicatement la main droite de Thais.


« Je hais autant les elfes que vous me haïssez Princesse… Je pense que nous pouvons nous accommoder l’un l’autre. »

Et, sur cette parole énigmatique, Toranur baisa doucement la main de la princesse, puis, se relvant prestement, il claqua des talons avant de s’éloigner pour rejoindre la salle. Bien qu’il n’y ait pas été invité, il se sentait trop faible pour pouvoir être en mesure de continuer la conversation. N’ayant rien bu depuis son lever, le souverain d’Angmar souffrait d’une terrible déshydratation qui, alliée à son hémorragie récente et la violence des émotions ressenties en quelques minutes, avaient grandement affaibli le fier guerrier qui se sentait aussi épuisé qu’après trois jours de combats… Et puis ainsi, il comptait montrer à la princesse que malgré qu’il soit demandeur et bien plus troublé par cette femme qu’il ne voulait bien se l’avouer, il restait maître de sa vie, capitaine de son destin…




Les soldats vivent mais ne savent pas pourquoi.
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Thais Lælias
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 28 Oct 2010 - 10:48

[HJ: Désolé du retard, ça n'a pas été très fort pour moi... Désolé aussi pour la longueur, je me rattraperai au prochain post Wink ]

    La Princesse était restée silencieuse tout le temps que Toranur parlait, comme si elle avait perdu un peu de sa verve. Elle avait entendu certaines choses sur les amours malheureuses du Maréchal, mais n'y avait jamais cru. Un tel homme ne pouvait connaître ces choses: on n'aimait pas en Mordor. Au plus pouvait on moins détester, non? Ou du moins était-ce là ce qu'elle avait toujours cru. Mais l'espace d'un instant, la possibilité qu'elle soit en tort vint heurter le mur de sa certitude, et son esprit vacilla, tandis qu'elle cherchait désespérément une façon de retenir un peu plus cet homme à ces côtés. Elle qui croyait qu'au plus tôt elle se débarrasserait de lui, au mieux se serait, se retrouvait à essayer de trouver un moyen de le ramener, malgré toute la haine qu'elle pouvait lui porter...
    Elle essuya ses larmes, et d'une voix encore tremblante, qu'elle aurait voulu plus défiante, elle lui lança:

    "La dernière mode en Angmar est-elle donc de se promener avec un poignet ensanglanté, Toranur? Vous allez faire sensation à la Cour!"

    Le ton de Thais avait retrouvé tout son tranchant et ses accents moqueurs, tandis qu'elle s'engageait sur les pas du Maréchal, ramassant au passage le poignard de ce dernier. Et, bien qu'il eut marché vite, elle fut plus rapide, posant sur l'épaule du guerrier une main qui le stoppa net. Puis le fit se tourner pour se trouver face à une princesse lunatique, souriante à nouveau de son air de défi, qui prenait goût à ce petit jeu, qui jouait avec lui comme un chat joue avec sa proie, n'attaquant jamais assez fort pour tuer, ne poussant jamais son avantage. Peut-être la proie se rebellerait-elle, peut-être même serait-elle graciée? Les changements d'humeur de Thais étaient décidément bien plus difficiles à déchiffrer que le masque impassible du meilleur politicien. Elle eut un sourire resplendissant, rieur, avant de prendre le bras du souverain d'Angmar et de le ramener en arrière, dans les jardins. Il y eut un instant de silence, rompu seulement par le bruissement de l'herbe sous les chaussures légères de l'Impératrice et les bottes de soldat de son accompagnateur, le piaillement d'un oiseau ou le bruissement du vent dans cette chaude après-midi de fin d'été.

    "Avez-vous des jardins dans votre palais de Carn Dur, Toranur? Ou votre pays est-il trop froid pour qu'on en ait l'utilité? J'ai le souvenir d'avoir voyagé en Arnor, et d'en être revenue triste. Nos cousins du Nord ne partagent plus notre goût pour ces endroits... Mais même en été ils n'ont pas la chaleur que nous recevons... Je ne m'y connais pas réellement en plantes, je vous l'avoue... Mais j'apprécie leur beauté, et il me semble qu'elles aient besoin de chaleur... Sans doute les jardins d'Umbar sont-ils magnifiques, mais jamais je n'ai eu l'occasion de les voir..."

    Elle lâcha le bras du souverain d'Angmar, se penchant sur un des massifs de son jardin, qui semblait déjà souffrir du changement de saison. Ses fleurs se ratatinaient, séchaient, il ployait sous son propre poids. Elle soupira, avant de faire face à nouveau à cet homme qu'elle ne parvenait pas à cerner, ne séduisait jamais... Cet homme qui lui résistait, au contraire de bien d'autres qui après bien moins de sa part, étaient déjà à ses pieds à lui promettre monts et merveilles. Les pauvres fous...

    "Ne pensez-vous pas que nous soyons comme ces plantes, Toranur? Ne pensez-vous pas qu'il nous faille notre chaleur? Mais qu'à la place des rayons du soleil, nous ayons besoin d'amour? On peut être malheureux en amour... Je le sais... J'ai brisé les espoirs de chaque prétendant qu'on ma présenté. Et j'ai brisé plus que les espoirs de certains, qui m'aimaient sans doute sincèrement. Je ne crois pas à ces histoires de bonnes femmes qui disent que chaque personne a son âme-soeur quelque part. Certains ne trouveront jamais quelqu'un qui les aime autant que eux aiment cette personne. Certains trouveront une telle personne. Au final, c'est le destin, ou la chance, suivant vos convictions, qui influe sur le tour que prend notre vie. Et la décision nous reviens toujours..."

    Elle prit à nouveau la main du Maréchal, et, pour la première fois, paru se préoccuper de lui. Avec un nouveau sourire mi-désolé, mi-mutin, elle reprit la parole, fixant de ses yeux cet homme qui aurait sûrement fait sensation parmi la noblesse de Gondor s'il avait eu la chance de naître de ce côté de l'Anduin...

    "Mais vous devez être épuisé... Excusez ce grave manquement à l'hospitalité... Armelos, à boire et à manger pour le Roi d'Angmar!"
    "=yellow]Mais... Qui vous..."
    "J'ai dit 'À boire et à manger pour le Roi d'Angmar', Armelos."


    Le soldat hésita, puis, la mort dans l'âme, se dirigea à grandes enjambées vers la salle pour y quérir ce qu'on venait de lui demander. Thais, pour la première fois depuis qu'elle avait rencontré Toranur, paru hésiter, mal à l'aise. Elle respira plus fort qu'avant, puis s'approcha du souverain d'Angmar.

    "Toranur... On ne m'a guère appris à aimer non plus... Je suis la Princesse Héritière, et un jour les rênes de ce pays devront être miens, bien qu'il ne soit pas dans nos moeurs de mettre une femme au pouvoir... Mais aimer me paraît... Je... Je vais vous offrir quelque chose que jamais je n'ai offert... Ou non. Je vais vous demander de m'offrir quelque chose que je n'ai jamais reçu..."

    Elle bafouilla quelque chose, releva la tête, et prit son courage à deux mains ainsi que la parole, et prononça deux mots qu'elle essaya de retenir malgré tout, n'arrivant pas à croire qu'ils franchissaient ses lèvres pour Toranur d'Angmar, un homme qu'elle haïssait encore malgré tout.

    "Embrassez-moi."
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Toranur
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mer 3 Nov 2010 - 9:54

Toranur n’était désormais plus qu’à quelques pas de la porte qui le débarrasserait enfin du parfum si enivrant de cette femme qu’il avait failli lui faire abandonner toute ses allégeances passées dans le pathétique but de plaire à la princesse. Il ne s’en était fallu que d’un cheveux pour que de patients travaux de construction intérieur ne volent en éclats face à la charge tumultueuses des sentiments qu’avaient fait naître en lui l’orgueilleuse héritière. Il n’en comprenait que mieux la dangerosité des elfes et la nécessité d’éradiquer leur présence néfaste dans les cours humaines.
Mais, alors qu’il allait trouver le repos, une voix à laquelle il pensait échapper retentit derrière lui. Tout son corps tressaillit alors que le ton tremblant et moqueur ravivait en lui des passions qu’il pensait enfouies à tout jamais, et prit soudain conscience du ridicule de sa situation. Sa belle tenue blanche était maculée de son propre sang, son poignet enserré par une bande de tissu clair de bien moins bonne qualité que le reste du vêtement et nul doute que son visage tiré devait bien peu refléter la majesté qu’il voulait montrer au reste du monde. Immobile dans l’allée, il ne put retenir un bref ricanement nerveux face à ce qu’il voyait, ricanement qui devint un véritable éclat de rire, qui lui fit comme l’effet d’une pluie d’été sur un jardin empoussiéré par les chaleurs. Lorsque la princesse l’eut rattrapé de son pas rapide et obligé Toranur à lui faire face, elle trouva face à elle un visage beaucoup plus avenant qu’au début de leur entretien, comme si un barrage intérieur avait cédé et qu’il avait abandonné ce pesant masque de ceux qui commande… Comme si en cet instant une partie du vrai Toranur se dévoilait. Que de persuasion avait-elle donc du user pour arriver à un tel résultats ! Les personnes qui y avaient réussi se comptait sur le doigt de la main. Peut être aussi parce que l’ancien maréchal du Mordor avait toujours fui ce genre de confrontation.


« Il est vrai que vos nobles seraient moins étonnés de me voir débarquer avec une armée d’orcs derrière moi que les vêtements ainsi en désordre ! »

Sauron, quelle était belle ! Qui pouvait résister à ce sourire rieur si charmant ? Plus lui en tout cas. Son abdication était désormais quasi-certaine et en cet instant, Toranur ne savait plus très bien comment il s’était retrouvé ici avec la femme la plus désirable qu’il ait côtoyé. Aussi, lorsqu’elle lui prit le bras pour le ramener vers les jardins n’opposa-t-il aucune résistance, accompagnant naturellement la princesse. Une petite parcelle de son esprit tenta bien de s’y opposer. N’avait-il donc aucun orgueil pour se laisser ainsi mener ? N’allait-il pas se rebeller contre ce licol qu’on lui passait ? Mais un seul regard sur le visage si finement ciselé de Thaïs suffit à les effacer… Lorsque tous deux furent sous la voûte végétale des jardins, ils ralentirent le pas, attentifs à ce léger piaillement d’un oiseau isolé dans un arbre proche, du bruissement du vent dans les feuillages, enveloppé dans cette bulle champêtre qui les coupait ainsi du monde, leur donnant une intimité, une proximité que les froides salles du Palais ou la vue de la Cité en contrebas ne permettait pas. Respirant cet air si calme, Toranur se sentit envahi d’un intense bien-être qui vint apaiser son âme du tumulte des discussions passées. Soudain, brisant le silence tacite entre eux deux, la princesse se mit à parler, venant ajouter son timbra chantant et délicieux aux bruits de la nature.

« Il y en avait… bien avant mon arrivée. Mais les Edains les ont transformés en écurie, Carn Dûm manque de place. Et avec ces jardins, tout un savoir-faire fut perdu… J’ai été longtemps subjugué par la capacité des plantes à résister à des environnements très hostiles et j’ai été très peiné de ne pouvoir admirer les serres de mes prédécesseurs. Si leur goût est assez discutable, les ouvrages du Mordor faisait mention de plantes tout à fait originales, confondues avec la roche ou la neige, capable de résister aux froids les plus extrêmes. J’ai demandé à ce qu’on en replante mais il s’écoulera encore de longs hivers avant que mes jardins ne soient fleuris… »

Toranur baissa tristement la tête. Il était loin d’être un amoureux de la nature et des arts, mais le souverain d’Angmar avait une certaine sensibilité aux notions de beau et d’utile. Si l’utile était supérieur, le raffinement de certaines choses le laissait admiratif. Ainsi en était-il des plantes, capables de s’enraciner fermement dans tous types de sol, de résister aux attaques des insectes, des animaux et des paysans, et en plus, de prendre le temps de développer certains attributs sans utilité directe mais qui venait égayer les vastes paysages. Ainsi, quitter le Mordor pour aller combattre en Ithilien avait longtemps fait parti de ces secrets inavouables qu’une vie de refoulement et de principes condamnaient…

« J’ai été il y a longtemps en Umbar. Les jardins des Shahs font partie des plus étranges que j’ai jamais vu. Les plus belles plantes y côtoient les plus effroyables qu’il m’ait été donné de contempler et une cruauté sans bornes se dissimulent derrière chacune d’elles. C’est un combat permanent qui se livre là bas entre l’insecte et la plante, la plante et la terre, le soleil et l’eau... C’est un spectacle qui n’a pas d’équivalent ici bas, mais je lui préfère le paysage calme et verdoyant des claires vallées d’Angmar… »

Comme pour appuyer ce propos mélancolique, un massif mal en point se dressa devant eux. Quittant le bras du soldat, la princesse vint l’examiner de plus prêt, semblant partager la souffrance du végétal.

"Ne pensez-vous pas que nous soyons comme ces plantes, Toranur? Ne pensez-vous pas qu'il nous faille notre chaleur? Mais qu'à la place des rayons du soleil, nous ayons besoin d'amour? »


Besoin d’amour ? C’était là une question qu’il s’était souvent posé et elle fit comme l’effet d’une douche froide sur Toranur. Cela lui rappela ces sombres et froides nuits dans sa cellule de Barad-Ûr où seule la lecture et la pensée de ce qu’il pourrait faire pour Sauron l’aidait à passer la nuit. Il s’était longtemps demandé comment Sauron l’aimerait, sous quelles formes il lui manifesterait son contentement lorsqu’il reviendrait auréolé des lauriers de la victoire. En même temps qu’il bâtissait ces châteaux de cartes, il s’était muré des autres garçons de son âge de Barad-Ûr, vivant une vie de reclus, tout entier tourné vers son idéal. L’amour avait été inexistant de son existence, le grand absent. Certaines rencontres lui avaient permis d’y toucher, d’y gouter, mais Toranur doutait fortement de sa nécessité. Les souffrances de l’amour étaient causaient bien trop de ravages pour que ce sentiment soit nécessaire. Il convenait de l’éradiquer et c’était pour cela que l’ancien maréchal du Mordor continuait à porter allégeance à Sauron, mais ça, il ne pouvait pas le dire…

« Je ne saurais vous répondre. La seule chose à laquelle j’aime à penser, c’est que nous sommes capitaines de nos vies. Peut être ne sommes-nous que comme ces plantes, dépendant de l’amour, contraint par notre environnement, mais alors du moment que nous croyons en notre force de volonté, que nous sommes persuadés de pouvoir changer les forces de ce monde, alors je crois que la vie vaut la peine d’être vécue. »

Mais voilà qu’à nouveau elle était proche de lui. Le peu de confiance que Toranur venait de recouvrer vacilla un instant, tremblant d’avance du prochain coup de la princesse. Et effectivement, une fois encore, elle le prit à contre-pied. Pour la première fois depuis le début de l’entretien, elle sembla se préoccuper vraiment de lui, l’observant avec attention, toute en délicatesse. Et le meilleur symbole de ce changement d’attitude fut les termes dont elle usa pour le désigner : Roi d’Angmar. C’était la première fois qu’elle l’appelait par son titre. Jusqu’à présent, elle avait toujours dédaigné sa royauté, ramenant sa personne à la seule réputation de tueur attachée à son nom. Le soldat Armenelos non plus ne s’y trompa pas et le souverain vit bien combien une fois encore il fut difficile au gondorien d’obéir. Lui aussi avait senti le changement et probablement que la tournure des choses ne lui plaisait pas, surtout s’il devait laisser la princesse seule avec un homme qu’il devait considérer comme un monstre… Seuls ? Le mot sonna comme un cou de cor dans une forêt encore dans les brumes du matin. Cette dernière marque de méfiance envolée devait-elle amené à quelque chose d’autres ? Etait-on à un nouveau tournant de l‘entretien ? Observant la fille de feu l’Empereur, Toranur fut complètement surpris de constater que le masque de certitude venait de se fissurer. Apparemment, le coup suivant était nouveau pour elle et assez perturbant pour qu’elle semble plus fragile qu’elle ne l’avait jamais été. Quel pouvait donc être ces mots qui semblaient peiner à franchir ses lèvres ?

"Toranur... On ne m'a guère appris à aimer non plus... Je suis la Princesse Héritière, et un jour les rênes de ce pays devront être miens, bien qu'il ne soit pas dans nos moeurs de mettre une femme au pouvoir... Mais aimer me paraît... Je... Je vais vous offrir quelque chose que jamais je n'ai offert... Ou non. Je vais vous demander de m'offrir quelque chose que je n'ai jamais reçu..."

Où voulait-elle donc en venir ? Tout cela, Toranur le savait. Aucun souverain n’était libre, et les femmes moins que les autres encore car elle devait s’imposer par leur seule intelligence là où la force primait. Mais pourquoi lui dire cela ? le souverain d’Angmar se sentait encore plus perturbé que jusqu’à maintenant. C’est que depuis le temps, il avait appris à craindre le visage toujours changeant de la princesse car chaque mouvement de ce dernier dissimulait bien plus de puissance que la fragilité apparente de la jeune femme n’en laissait deviner.
Offrir ? Quoi ? Elle n’allait quand même pas…


"Embrassez-moi."


Ces deux mots sonnèrent comme un coup de tonnerre dans les jardins silencieux. Dans l’arbre plus loin, l’oiseau s’était tu tandis que le vent s’était arrêté. Etait-ce possible ? La fille d’Aragorn, l’homme qu’il avait le plus haï sur cette terre et qu’il n’avait cessé de combattre, sa propre fille lui demandait de l’embrasser. Oh, certes, ce n’était pas un baiser d’amour qui allait se dérouler ici. A travers les yeux mi-clos de la fantasque princesse, Toranur pouvait y lire les vestiges de haine qu’elle devait porter à sa personne. Mais quoi, étaient-ils obliger tout deux de se haïr par personne interposée ? Le souverain d’Angmar ne nourrissait aucune inimité particulière envers la princesse. C’est juste que dans sa lutte dans les forces de Sauron, il avait appris à haïr tout ce qui de proche ou de loin était Tar-Elessar et les elfes. En tant que demi-elfe et fille de feu l’Empereur, Thaïs Laelias faisait donc parti des personnes qu’il ne pouvait pas ne pas haïr. De même, la jeune femme n’avait jamais rencontré Toranur auparavant et n’avait appris à le vouer aux gémonies que par les rumeurs courant à son sujet et parce que tout serviteur de Sauron représentait une menace à sa lignée. Mais au final, pourquoi ces deux être n’auraient-ils pas le droit de se fréquenter et s’apprécier, pour ne pas dire aimer ? C’était assez troublant pour l’ancien maréchal du Mordor de penser à cela. D’autant qu’une partie de son être lui criait de ne rien faire, de la punir dans son orgueil en la refusant. Il était trop supérieur pour s’abaisser à offrir quoi que ce soit aux descendants du Tar ! Mais comment résister au charme si délicat de la princesse ? A cette beauté fragile qui se tenait tout contre lui, dans l’attente angoissante de savoir ce qu’il allait décider ? Et puis, ne risquait-il pas de ruiner tout son plan en contrariant si fortement celle qu’il était sensé séduire ? Le chaos régnant au fond de son esprit ne lui rendait pas la tâche facile. Un maelström de pensées contradictoires l’assaillait sans qu’il n’arrivât à se décider. Oh, et puis au diable tout cela ! La seule certitude qu’il avait en cet instant, c’est qu’il désirait depuis le début la princesse et qu’il brûlait de poser ses lèvres sur celles de Thaïs, de se couler en elle et de s’abandonner tout entier. Il n’y avait plus d’allégeances, de code de conduite ou de retenu qui tienne encore ! Sauron pouvait bien aller au diable, en cette minute, Toranur s’en moqua.
Saisissant délicatement dans ses mains le visage de la princesse, Toranur vint poser avec douceur ses lèvres sur celles de la jeune femme. Lorsqu’elles se touchèrent, une explosion de passions opposées déferla en lui. Il n’avait jamais désiré autant d’autres femmes depuis Raya et il avait oublié combien cela procurait de bonheur infini. Certes, dans son palais glacial d’Angmar, des femmes avaient partagé sa couche, mais ce n’était là que passades passagères liées à son nouveau statut. Là, c’était quelque chose d’infiniment plus grandiose et haletant. Complètement emporté par la passion, oubliant tout, et notamment le visage de Raya qui le hantait depuis si longtemps, Toranur se fit plus pressant et passionné dans ce baiser quand soudain… son corps entier se tendit tandis que montait du fond de ses entrailles un appel plus puissant que la passion et le désir. Un instinct du fond des âges monta en lui avec cette rage de sang toute particulière : la guerre l’appelait à lui, sa grande compagne la Mort lui lançait un appel auquel il ne pouvait résister.

Se séparant brusquement de la princesse, toute douceur évaporée, Toranur lui prit le poignet et l’emmena à grandes enjambées vers la sortie des jardins, sourd à ce que pouvait penser la princesse de cette attitude cavalière. Quand ils débouchèrent de sous les arbres, le souverain d’Angmar s’arrêta brusquement. Son instinct ne l’avait pas trompé. Une fois encore, la guerre venait jusqu’à lui. De l’Ithilien provenait une grande colonne de fumée noire. Cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : Sauron bougeait ses forces et elles allaient frapper vite et fort très prochainement… Se tournant vers la princesse, Toranur dit :


« Dans les jours qui viennent, ce n’est pas d’amour dont va avoir besoin votre peuple, c’est de force et de volonté… »


De manière surprenante, et le serviteur de l’Ennemi en fut le premier étonné, ces paroles avaient été dite de manière attristée et sombre. Jamais il n’aurait pu penser qu’une invasion du Gondor lui provoquasse un tel ennui !




Les soldats vivent mais ne savent pas pourquoi.
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Alcibiade
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Mer 2 Mar 2011 - 18:31

C'était un jour d'orage et la montagne alentour semblait prête à éclater. Mais rien ne déchira le ciel et en fin d'après midi, les masses de nuages sombres avaient fondus vers la mer, comme tiré par la lumière en déclin qui coulait vers le Sud Ouest.

C'était la première fois qu'Alcibiade remettait les pieds dans la cité blanche, la guerre au Nord ayant recuis toute son attention. En deux ans, il n'avait vu que les ports du Beleriand, qui un à un avaient brûlé signifiant pour tous l'impossibilité de revenir. Seuls les Havres Gris lançaient encore leurs colonnades enroulés, et jetait dans la nuit l'espérance de son phare.

Ces temps difficiles avaient permis aux seigneurs du Gondor de resserrer leur lien, et les chefs de guerres et généraux avaient ainsi définis une stratégie efficace pour lutter contre la menace que représentait Morgoth. Il avait pu fréquenter Vakalor et avait lié avec celui ci des liens de confiances qui n'était pas de trop dans ce monde au bord du gouffre.

Il avait constitué une flotte très spéciale, comprenant les meilleurs équipages de la flotte et les avait répartit dans une flottille comptant pas moins de dix navires de différents tonnages mais tous taillés pour la course. Car c'était là la puissance de ce contingent. L'amiral les menait dans des raids derrières la Grande Muraille afin harceler les arrières de Morgoth.
Jamais il ne cherchait la confrontation direct, et leur atout était la vitesse. Ce qu'il fallait s'était faire craindre un éventuel débarquement qui aurait pris les assiégeant à revers.

Quand le mur avait été achevé les équipages de la flottilles avait été envoyés en permission, n'ayant prit de repos depuis quinze mois. Alcibiade avait alors fait modifier sa stratégie. Le danger était désormais que Morgoth construise une flotte pour contourner le Mur. Mais une flotte conséquente demande un port pour l'accueillir et tous avaient brûlés dans la fuite des eldars. L'amiral fit donc équiper les plus gros navires de trébuchets puissants et de projectiles divers afin de détruire dans l'œuf toute tentative d'établissement des orcs.
Cela demandait une attention particulière et des nefs patrouillaient par dizaines le long des côtes et remontait parfois même les estuaires des fleuves afin de s'assurer qu'aucun quai accueillant des navires ne soit jamais bâti.

La flotte de l'Ouistrenesse s'était donc concentré au Nord. Profitant de cette absence et suite à l'éclatement de l'Empire du Sud, les pirates d'Umbar avaient recommencé à infester les mers. Ils attaquaient principalement les navires marchands du Gondor se rendant à Pelargir, mais avec le temps, ils s'en étaient pris aux navires de guerre isolés, afin d'asseoir leur suprématie dans cette région maritime.
Et tandis qu'Alcibiade revenait las de toutes ces guerres au Nord, sa nef amirale avait été prise à partie par une flottille arborant le pavillon des corsaires. L'amirale en grande infériorité numérique (il avait face à lui plus de douze navires armés pour la guerre) avait pu s'en sortir grâce à la célérité de son vaisseau et il avait du son salut à sa maitrise des vents. Parvenus à l'embouchure de l'Anduin, les assaillants avaient abandonné la course au grand soulagement des marins trop peu nombreux pour affronter une telle bande.


Alcibiade avait donc résolu de remédier à cette situation. Il avait demandé une audience à la Dame de Fer après avoir rapidement formulé un plan qu'il espérait avoir accomplir si il recevait la bénédiction de l'impératrice. Il patientait assis dans l'attente d'être reçu par la Thais Laelias. La salle était vaste, parsemé de statues des Grand Rois d'antan. Un certain silence régnait. Pour y remédier, l'amiral chercha du regard une connaissance parmis les gens présent qui venait pour des doléances ou d'autres problèmes dont le marin ignorait la Nature. Mais il n'y avait là que des marchands cossus et des gouverneurs dont Alcibiade ignorait le nom. La guerre avait éclairci les rangs et les têtes connus s'étaient faites plus rares. Une nouvelle générations de princes avait pris la place et il faudrait à l'avenir apprendre à les connaître.
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Vakalor
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 17 Mar 2011 - 17:10

Vakalor avait réuni ses capitaines pour une réunion informelle, chose qu’il faisait rarement puisqu’en homme d’action qu’il était, ces choses-là le fatiguaient, et qui plus était par ce que lesdits capitaines étaient également pour la plupart ses meilleurs amis.
Il ne ressentait donc le besoin de formaliser ainsi les choses qu’en de très rares et importantes occasions puisqu’il n’avait pas besoin de les convoquer pour les voir à sa guise.
Osgiliath avait longtemps été une ville meurtrie puisque sa situation géographique la situant sur les berges de l’Anduin et à quelques lieues seulement de Minas Tirith en avait fait, au fil des âges, une des cibles récurrentes du Mordor voisin.
La ville anciennement fortifiée avait subit à de nombreuses reprises les ravages de la guerre mais s’était à chaque fois relevée, prouvant ainsi sa force d’âme et son importance stratégique. Non, décidément, le Gondor ne pouvait pas se priver de pareille sentinelle. C’était aussi pour cela qu’à la suite des dernières immenses invasions noires au Lindon et immédiatement après qu’eut été décidée l’édification du Grand Mur, que Thais Laelias, la Dame de Fer d’Ouistrenesse avait eu l’idée de nommer Vakalor, un de ses plus valeureux généraux, celui qui commandait la totalité des Armées de Gondor, à la tête de la cité, pour en administrer les murs et gouverner les terres.
Et bien que Vakalor soit loin d’être un homme de pouvoir et d’administration, il s’était dévoué à cette tâche avec la plus grande application que son patriotisme exacerbé lui permettait.
La ville avait été un long et douloureux chantier et pendant de longues années, les meilleurs ouvriers de l’Empire parmi ceux qui n’étaient mobilisés par la construction du Grand Mur, s’étaient relayés sans relâche afin que la cité devienne plus difficile à prendre d’assaut qu’elle ne l’avait jamais été. Et ceci sur les instructions de Vakalor lui-même qui, avec l’aval de la Dame de Fer échafaudait un destin à cette vaste cité enjambant le grand fleuve.
Ici moins qu’ailleurs en Gondor, pas d’opulence et de superflu mais des hommes fiers, forts en gueule, liés entre eux par l’amour de leurs terres et du fleuve, implacables combattants que rien ne rebutait, fidèles jusqu’à la dernière goutte de leur sang à ce pour quoi ils vivaient et à qui ils répondaient.
Le nouveau et très actif gouverneur qu’était Vakalor ne manquait pas de projet et d’idée pour la cité et les vastes et riches terres alentour. Car oui, on pouvait le dire, les vastes plaines qui bordaient l’Anduin et qui s’étendaient lointaines et riches entre la capitale et la cité du fleuve étaient devenues un des plus important grenier du Gondor.

Le travail ne manquait pas là-bas et il était rare que l’on fit appel à eux car les hommes d’Osgiliath étaient bien souvent de nouveaux arrivants en Gondor, attirés par l’assurance d’une solde régulière en réponse au labeur exercé par leurs bras. Ils étaient plus considérés comme de puissants rustres que comme la fine fleur de l’Empire. Et d’ailleurs, les seules casernes et garnisons basées là n’étaient que très rarement des unités d’élites.

Bergemir, le meilleur ami de Vakalor, un gradé de l’armée de Gondor, emmitouflé dans trois épaisseurs de pelisse fut le premier à arriver dans la grande salle aux voutes arrondies de pierres blanches et grises de la Salle du Conseil d’Osgiliath. Au fond de cette salle était une vaste cheminée dont le manteau de longues pierres plates et sombres, large d’un pied et demi et taillée habilement dans une roche de sombre incrustée de minuscules fragments de luminescents brillait à la lumière dansante des flammes réconfortantes. Bergemir vint s’y blottir.
Dans un coin trônait une table et de nombreuses chaises à hauts dossiers dont la seule présence témoignait de l’importance du lieu. A ne s’y point trompé, c’était là qu’avaient l’habitude de se tenir les réunions importantes présidant aux destinées de la cité.
C’était là que se tenait Vakalor, le séant posé sur l’épais plateau de cette table. Il regarda son ami entrer et vint converser à voix basse avec lui alors qu’ils étaient rejoints par les autres membres de la « garde rapprochée de vakalor. Il y avait là Altir, Alkarion, Eraklin et Gower. Armenor fut le dernier à arriver et ce fut à ce moment-là que Vakalor leur fit part de la raison obligeant se rendez-vous.

- Nous sommes dans l’ultime volet de notre ambitieux plan de réorganisation de la cité. Mais comme vous le savez tous, l’essentiel est encore à venir ! La ville est désormais solide et admirablement fortifiée. Je crois que l’on peut dire que nous avons fait du bon travail, n’est-ce pas, qu’en pensez-vous ?

Et comme chacun opinait du chef, manifestement satisfait de pouvoir reconnaître que oui, le Général reprit :
- Je me rends donc à Minas Tirith dès aujourd’hui pour présenter à la Princesse la dernière grande requête qui sera la nôtre. Elle trouve évidemment que beaucoup d’argent a déjà été investi dans notre cité mais je crois que l’on peut la convaincre de l’importance de débloquer de nouveaux fonds pour financer la toute fin des travaux. Le projet est cohérent et apportera au Gondor, je le crois, un important atout qui lui manque au jour d’aujourd’hui.
Eraklin tu viendras avec moi ! Quant à toi, Alkarion, je te laisse, comme d’habitude le soin d’administrer la cité en mon absence !


Il s’approcha de ses amis pour taper virilement sur l’épaule de chacun d’eux avant de s’éclipser, suivi de près par Eraklin.

Et c’est accompagné d’une légère escorte que le Capitaine des Armées de Gondor chevaucha rapidement en direction de la Capitale.
En début d’après-midi, il s’engouffra sous l’immense porche fortifié de la cité des rois et progressa rapidement vers les hauteurs de la ville. Arrivé face à l’ultime porte du dernier cercle, il éperonna son cheval en criant à l’adresse des gardes postés là :

- Oh, gardes de la citadelle, je suis ici pour affaires diplomatiques ! Je dois rencontrer la Dame Thais Laelias sans tarder ! Conduisez mon étalon aux écuries et faites parvenir ma demande d’audience à l’Intendance de toute urgence !

Les gardes de la citadelle avaient évidemment reconnu l’étendard du gouverneur de la cité d’Osgiliath et il s’empressèrent d’obéir aux ordres ainsi claironnés afin de ne pas retarder leur Général.
Au regard des armoiries que Vakalor arborait sur sa cape et sur le heaume du casque d’apparat qu’il tenait entre son bras gauche et son épaule, l’un des gardes fit un signe à deux soldats qui se tenaient à l’intérieur, sur le mur d’enceinte et il cria :

- Faites place pour le seigneur Vakalor ! Que l’un d’entre vous le conduise à l’entrée du palais et fasse suivre sa demande d’audience sans tarder !

Vakalor suivit le soldat qui le précédait avec hâte sur le chemin pavé de pierres blanches et qui montait en pente douce vers la cour de la fontaine. Il s’arrêta quelques instants pour admirer le majestueux arbre blanc qui trônait au centre de la cour, adossé à une belle étendue de pelouse courte et minutieusement entretenue.
Il se retourna aussi pour laisser s’échapper son regard vers la vue à couper le souffle qu’offrait l’esplanade partant du palais d’Echtelion et menant jusqu’à la pointe de garde. Là, les champs du Pelennor s’étendaient majestueusement jusqu’à sa belle cité d’Osgiliath, qui veillait sur les ponts de l’Anduin. Plus loin, en face, il distingua la cité jumelle de Minas Morgul et ses tours sombres se détachant sur la chaîne rocheuse enserrant le mordor.
Le ciel, là-bas, était sombre et bas, et agité de petits éclairs de temps à autres.

*La spectaculaire vision qu’offre cette cité m’éblouira toujours, se dit-il. C’est à couper le souffle, murmura-t-il…*

Le soldat s’était retourné et attendait maintenant Vakalor qui allongea la foulée pour se hâter de le rejoindre.

Arrivés à l’entrée du palais, Vakalor fut conduit dans une vaste pièce de marbre blanc et noir qui n’était pas la salle du trône !
Il observa en entrant, les quelques dignitaires de contrées voisines qui attendaient d’être reçus et les salua en penchant légèrement la tête vers le bas !
Il fut dévisagé de façon différente, chacun reconnaissant le visage emblématique d’un des plus grands chefs de guerre de l’Empire, et l’un des plus décorés aussi. Ils le saluèrent plus respectueusement qu’il ne l’avait lui-même fait et tous l’observèrent traverser la salle pour s’asseoir.

L’ambiance était calme et l’on parlait à voix basse. Soit par respect, soit pour ne rien divulguer de ce qui conduisait chacun en cet endroit.

- Je transmets votre demande immédiatement, dit le garde d’une voix basse.

Le garde s’empressa d’aller porter la nouvelle et Vakalor allait prendre place sur un siège vacant lorsqu’il aperçu, parmi tous les visages qui l’avaient dévisagé, celui d’un grand homme d’arme qu’il connaissait bien pour avoir combattu, lors de nombreuses campagnes à ses côtés, Alcibiade, le grand Amiral de Núménor.
Il s’approcha donc de ce dernier pour le saluer et après une franche accolade, l’Amiral fit un petit signe de la main à un des hommes qui l’accompagnaient pour qu’il libérât un siège pour le Général à côté du sien.
Vakalor s’assit.

- Alcibiade, mon cher ami ! Combien sont lointaines les dernières occasions en lesquelles nous nous étions croisés ! Je suis heureux de vous voir ! Qu’est-ce qui vous amène ici ?
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Alcibiade
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 17 Mar 2011 - 19:35

Quand Vakalor apparut aux yeux du marin, celui-ci émis un long sourire qui faisait plaisir à voir et rappelait tout de suite le caractère si doux de l'amiral. Depuis de longues minutes, Alcibiade s'ennuyait fermement et la providence venait de lui envoyer ce vieux compagnon. Il prit place à côté du général après avoir salué ses suivants.

"Et bien l'ami, je ne suis pas fâché de vous revoir en vie. Le Gondor a payé un lourd tribu à la guerre et j'ai moi même perdu plus d'un ami dans cette terrible affaire. Mais l'heure est à la victoire, du moins pour le moment."

Il se redressa pour mieux s'enfoncer au fond du siège,faisant cliqueter son armure d'apparat. Puis il répondit à la question du général.


"Je suis ici pour faire mon rapport sur la situation au Nord. Mais un point plus préoccupant a attiré mon attention et je compte attirer l'attention de notre impératrice là dessus. Alors que nous traversions la baie de Belfallas venant du Lindon et des Havres Gris, nous avons rencontré une flotte pirate. Nous sommes parvenus à leur échapper, et une fois au port j'ai pu glaner quelques informations: il semblerait que ces attaques s'intensifient depuis que l'empire du Sud a éclaté.
Les corsaires d'Umbar mènent la vie dure à nos navires de commerce. Ils attaquent principalement les navires marchands se rendant en Harondor et même ceux remontant jusqu'à Pelargir... L'un d'eux serait même venu narguer les sentinelles au portes du Port. Leur audace n'a de limite!

Dans le temps, alors que je n'était qu'un jeune capitaine sorti de l'académie navale, j'ai été en poste au phare de Tolfalas. On y avait installé un petit port au milieu d'une grande crique rocheuse. Je pensais proposer de déplacer une partie de la flotte dans ses eaux. Mais pour cela il faudrait aménager des quais suffisamment vastes et nombreux pour contenir nos vaisseaux de guerre.
Je compte donc soumettre ma proposition à Thais Laelias... mais vous, on vous a confié la cité d'Osgliath! C'est une belle promotions que je me dois de saluer. Félicitation! C'est une joie de savoir qu'un homme de votre compétence est à la tête de cette précieuse citée...je dois d'ailleurs y passer dans quelques jours avant de regagner Pelargir. On m'a signalé que les récentes crues ont ensablées sa baie. Je me dois d'y faire des relevés pour vérifier la profondeur navigable. Il en va de la sureté de nos navires..."



Tandis qu'ils parlaient d'autres hommes pénétrèrent dans la salle, mais les deux généraux n'y prirent garde et poursuivirent leur conversation. Dehors il pleuvinait et les armures des nouveaux venus étaient couverte d'une bruine légère. De la pointe de la Cité Blanche, le champ de Pelennor ne devait être qu'un vaste paysage de brume ou les nuages recouvraient tout l'espace, de l'Anduin jusqu'au montagnes, coiffant les têtes de ces dernières de haillons gazeux qui s'accrochaient un moment avant de fondre et de disparaitre.




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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Ven 25 Mar 2011 - 17:25

Vakalor s’assit aux côtés d’Alcibiade. Celui-ci paraissait tout aussi surpris mais content de le croiser en pareil endroit. Les salles d’attente de la salle du trône étaient tout aussi nombreuses que bondées. A quelque moment que ce fut, il y avait toujours plusieurs délégations qui attendaient patiemment, de jour comme de nuit que l’Intendant, l’Impératrice ou un membre du gouvernement gondorien veuille bien répondre à leur demande d’audience.
L’attente pouvait être longue et Alcibiade devait, au même titre que Vakalor, être soulagé de trouver en ce lieu le visage familier de quelqu’un avec qui converser pour masquer les longues heures d’attente à venir…
En général, pour les demandes ordinaires, Vakalor avait pour habitude d’envoyer quelques représentants pour s’épargner la peine engendrée par la fastidieuse attente.
Et encore, Alcibiade et Vakalor étant de hauts gradés, plusieurs fois décorés des plus hautes distinctions de leur royaume respectif et connus et reconnus en tant que tels, leur venue était, à chaque fois relayée sans délai et ils étaient généralement reçus avec beaucoup plus de hâte que la majorité des demandeurs d’audience !

Alcibiade évoqua les raisons de sa venue à Minas Tirith, lui l’Amiral de la lointaine et douce Núménor. Il portait les dernières et inquiétantes nouvelles de la côte et de l’embouchure de l’Anduin où les raids de pirates d’Umbar étaient de plus en plus fréquents et préoccupant.
Il se remémora ensuite les souvenirs lointains mais constructifs de certaines opérations navales menées alors qu’il sortait tout juste de l’académie navale.

- Dans le temps, alors que je n'étais qu'un jeune capitaine sorti de l'académie navale, j'ai été en poste au phare de Tolfalas. On y avait installé un petit port au milieu d'une grande crique rocheuse. Je pensais proposer de déplacer une partie de la flotte dans ses eaux. Mais pour cela il faudrait aménager des quais suffisamment vastes et nombreux pour contenir nos vaisseaux de guerre.

Ces souvenirs l’avait conduit à imaginer des dispositifs de défense et d’alerte semblables pour lutter contre les invasions des corsaires et armer au mieux les défenses maritimes communes des deux grands royaumes des hommes.

L’évocation d’un tel projet, sans surprendre Vakalor qui connaissait très bien l’habileté des forces maritimes núménoréennes et leur attrait pour la navigation, l’interpela notablement.

En effet, il venait demander audience auprès de l’Impératrice pour une question en tous points semblable !
Lui aussi cherchait à doter Osgiliath de quais et rades bien plus adaptées à la réception de grandes flottes et de nombreux vaisseaux de fort tonnage ! Les installations actuelles étaient, selon l’avis du nouveau gouverneur, bien trop anciennes et réduites, ce qui les rendait particulièrement inadaptées à l’accueil de tels navires !

Il s’empressa donc de répondre à Alcibiade.

- Mais c’est formidable ! Nous venons tous deux pour des questions incontestablement similaires ! Je viens pour ma part demander des fonds pour aménager, à Osgiliath de nombreux nouveaux canaux et voix navigables, ainsi que des quais et rades adaptées à l’accueil de forces navales conséquentes ! Nous pourrions peut-être présenter nos projets l’un après l’autre de manière à les rendre plus cohérentes puisque découlant du même constat et visant les mêmes objectifs, à terme !?

Sa satisfaction était grande et il lui semblait soudain que la pertinence de son projet serait soudain bien plus mise en valeur si elle faisait suite ou précédait directement celle de l’amiral…

- Que pensez-vous de cela, Amiral ? Et puis je vous propose qu’après avoir obtenu audience auprès de sa majesté Thais Laelias, nous rallions Osgiliath ensemble, qu’en dites-vous ? Vous pourriez y effectuer les relevés dont vous avez besoin et ce serait une joie pour moi, que de vous accueillir, vous et vos hommes, dans noter belle cité ! Vous verrez les nombreux aménagements que nous avons déjà fait et les fortifications impeccables qui la défendent désormais…

Il n’attendait plus que la réponse de l’Amiral pour acter la chose.
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Alcibiade
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Ven 25 Mar 2011 - 19:02

Alcibiade fut agréablement surprit par la tournure que prenait la conversation. Ainsi les projets des deux hommes s'accordaient! C'était là chose intéressante, car la coordination des forces et des chantiers des Hommes de l'Ouest, était l'un des défi majeur pour un empire aussi vaste, et pouvoir réaliser ces choses avec des gens de confiance était un atout non négligeable. La compétence du Général Vakalor était légendaire et faire équipe avec un tel homme était l'assurance de la réussite.


"Et bien seigneur Vakalor, je suis du même avis que vous. Vos paroles m'enthousiasment grandement et je ne demande qu'à unir notre effort. Faire front commun est chose sage et nous apportera d'avantage d'efficacité.

Les ports du Gondor ont été ravagé au cours des dernières années. De Dol Amroth et d'Edhellond il ne subsiste rien, Osgiliath a trop peu d'espace. Reste Pelargir, mais qui ne peut accueillir qu'une trentaine de navires, ce qui est bien trop peu pour contrer l'influence des pirates.
Pour ce qui est de surveiller le fleuve il faudrait donc une base plus en amont et ainsi utiliser Pelargir pour mener la chasse au corsaires dans un premier temps.

Je m'attellerais ensuite à la colonisation de Tol Fallas si l'impératrice bien sur m'en donne l'autorisation. Je pourrais commencer à élaborer mon projet plus en détail avec les artisans qui nous aideront à bâtir des quais à Osgiliath. Ainsi nous gagnerons du temps et feront des économies pour l'empire. Si les coûts sont moins importants, nous en obtiendront la permission plus aisément...
Ce qui est certain c'est que je me ferais un plaisir de vous accompagner à Osgiliath. Vous me montreraient ainsi les prodiges que vous avez accompli!"


L'amiral dit cela d'un air si souriant et lumineux qu'on aurait pu croire que les choses était déjà choses acquises. Mais il n'en était rien évidemment et doucement son sourire retomba pour que finalement le visage de l'amiral retrouve son calme habituelle et son regard songeur.
Il appela un serviteur et lui demanda qu'on lui apporte du parchemin ainsi que de quoi écrire. Quand cela fut chose faite, il s'empressa de griffonner quelques lignes. Et lorsqu'il eu achevé, il rangea son œuvre dans la pile d'autres documents qu'il emportait avec lui et qui contenait les renseignements de la Flotte.





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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 12 Mai 2011 - 20:01

    C'était une journée aussi rude que longue, ponctuée de pluies et de tonnerres. Elle avait commencé par l'apparition publique quotidienne, afin de montrer que le pouvoir en place était bel et bien présent, accessible, humain. Bien qu'elle ne parlait pas aux gens qu'elle croisait, ces derniers gardaient l'impression finale que Thais Laelias était une impératrice à l'écoute. Peut-être était-ce parce qu'ils craignaient ce que la Dame de Fer pourrait dire qu'ils préféraient encore quand il n'y avait aucune parole. Après tout, sa réputation n'était plus à faire et ne soulevait pas l'ombre d'un doute... Être la fille d'Aragorn, précédent Empereur aussi lourd d'espoir que source de déception pour le peuple, lui était tout autant favorable que pénalisant : pour certains, c'était là l'assurance qu'elle marcherait dans les traces de son père vieillissant et abandonnerait son peuple à la guerre et la solitude; pour d'autres, c'était au contraire une garantie qu'elle prendrait exemple sur les actes de son père alors encore jeune et mènerait hommes et femmes de l'Empire d'une main douce et assurée, ferme et déterminée, vers la victoire et la paix. Ce qui était sûr et certain, c'était qu'elle ne se laissait jamais faire, qu'elle savait prendre les décisions et devancer ses adversaires avec brio, qu'elle semblait aussi belle que ses actes la dépeignaient comme la cruauté elle-même. Aussi était-il bon de la croire "à l'écoute", ne serait-ce que pour se rassurer.

    C'était avec de telles pensées qu'elle avait débuté la séance d'audiences, séance qu'elle avait prolongée plus tard qu'à l'accoutumée parce que le temps ne permettait guère d'autres activités, aussi impériales soient-elles. Comme elle l'avait ordonné peu après sa montée sur le trône et les évènements en Isengard, l'Intendant Denethor avait été relégué aux affaires sans gravité et avait demandé qu'on lui communique expressément toute demande en quelque point importante, quand bien même la charge de travail était colossale et que certaines affaires ne s'avéraient pas dignes d'être présentées devant la plus haute autorité impériale. L'important était d'avoir main basse sur les grands sujets de l'Empire et d'apprendre à l'Intendant que sa place était désormais celle d'un chien aux pieds de son maître, un larbin qui n'en a pas le nom mais toutes les ressemblances. Denethor était fidèle, certes, du bout des ongles à la moelle épinière, mais potentiellement dérangé et dangereux pour cette raison. Les graines de la folie n'aspiraient qu'à germer, aussi était-il préférable de museler l'animal pour qu'il ne morde pas. Quant à l'importance de chaque affaire, il ne tenait qu'à elle d'en juger.

    "Permettez-moi, votre Impérialissime Grandeur, de vous suggérer que la construction d'une école au second niveau de la Cité Blanche offrirait aux populations défavorisées une scolarité plus accessible, que ce soit géographiquement ou, grâce au plan de financement peu coûteux que je vous propose en toute humilité, économiquement. Nous pourrions nous abstenir d'isoler les murs et les plafonds, le froid n'est pas mortel, ou si peu, mais il est économique. Les matériaux seront récupérés depuis des terrains vagues et autres chantiers abandonnés, la peinture sera plus diluée que de raison pour garder l'apparence mais nous épargner de nombreux achats. Quant aux bénéfices d'une telle construction, Majesté, c'est d'offrir à la jeunesse de votre peuple le droit à l'écriture, la lecture, à la raison. Ils pourront...

    - Croyez-vous m'apprendre tous les tenants et les ressortissants de l'enseignement, Maître Tylis ? Pensez-vous qu'il m'aurait été possible d'accéder à la place que j'occupe au jour d'aujourd'hui sans une parfaite éducation ?

    - N... Non, Votre Majesté...

    - Bien. Puisque nous avons tiré cela au clair, je vous pose cette question : pensez-vous qu'une bonne éducation sauvera le peuple des créatures du Nord, si le jour maudit où elles abattront jusqu'aux fondations du Grand Mur arrive ? Et de celles du Mordor, Maître Tylis ? Des mercenaires et des brigands venus du désert du Sud ? Croyez-vous qu'une parfaite connaissance de notre langue leur inculquera les valeurs que sont le respect et la dévotion envers le pays et son autorité, la loyauté envers ses pairs, l'ardeur à la tâche, la grandeur que symbolise une vie sacrifiée pour sauver autrui ? Le croyez-vous ?

    - Non, Votre Majesté..."


    La conversation ne donnait pas dans les subtilités, l'important n'était aucunement de répondre avec sincérité si oui ou non l'éducation protégerait le pays de ses agresseurs, il ne s'agissait que de comprendre que la vérité était celle qui sortait de la bouche de l'Impératrice. Et à ce jeu, tout le monde en avait compris et accepté les règles dès lors qu'il fallait s'adresser à la plus haute autorité du plus grand Empire du monde libre. Maître Tylis était un architecte de renom, célèbre parmi les membres de sa profession pour bien des exploits et notamment pour sa participation à la plus grande construction des temps, celle qui depuis faisait office de frontière infranchissable loin au Nord. Pourtant, alors qu'il avait acquis la confiance de ses pairs et l'intérêt de Thais Laelias pour cela, il n'en ressentait pas moins l'impression de n'être qu'un enfant face à l'Impératrice et ne pouvait s'empêcher de transpirer à grosses goutes. Alors qu'il attendait le mot de la fin, sachant pertinemment que ce n'était pas à lui qu'il incombait de le prononcer, un homme de la garde royale prêta à l'attention de l'Impératrice la présence de deux de ses haut-responsables militaires.

    "Ainsi, tout est dit. Vendez l'emplacement au plus offrant, qui y construira ce qu'il entend y construire.

    - Bien, Votre Grandeur.

    - Un dernier mot, Maître Tylis.

    - Tout ce qu'il vous siéra, Altesse.

    - Vous êtes un architecte de génie et vous avez été grandement utile lors de l'édification du Grand Mur. Je ne l'ai pas oublié. Peut-être vos talents sont-ils sous-exploités ici et seraient plus aptes à s'exprimer autre part, disons... en Isengard. Qu'en pensez-vous ?

    - M... Majesté, qu'ai-je...

    - Oui, je le pense aussi. J'apprécie que cela vous plaise. Bien. Bonne route, Maître Tylis. J'ose espérer que vous y trouverez chaussures à vos pieds. "


    Le regard soudain perdu et empli de tristesse, l'architecte n'oublia rien des protocoles pour remercier l'Impératrice du temps qu'elle lui avait accordé et pour prendre congé de cette puissante et implacable femme. L'Isengard... Depuis que le pays était revenu aux mains de l'Empire, il avait été laissé en proie à la désolation et n'intéressait plus que les militaires qui y prenaient les enfants et adolescents sans la moindre vergogne et avec la force, qu'il l'ait fallu ou non, pour en faire les soldats de demain. La "proposition" de Thais Laelias était loin d'être anodine, c'était au contraire une mise à pied directe et sans équivoque pour celui qui avait eu le malheur de finir par lui déplaire. Et Maître Tylis quitta la Salle du Trône et le Palais pour aller faire face à la colère et la déception de sa femme qui déciderait de le suivre ou non dans ce qui serait une triste fin de carrière et de vie.
    Oh, bien sûr, une école aurait pu être bâtie au second niveau de la Cité. Mais il n'était pas bon de donner au peuple trop de liberté et trop de pouvoir, cela finissait toujours par se retourner contre vous. Étudier l'histoire aurait pu lui faire comprendre qu'il était bien trop difficile, voir impossible, de gérer un Empire aussi étendu. Ou que l'Isengard n'avait jamais mérité le sort qui lui avait été réservé, et bien d'autres exemples encore... Par contre, on ne manquait jamais de soldats ni de rentrées d'argent.

    " Qu'on m'amène le Général du Gondor et l'Amiral de Nùmenor. Faites interrompre toute audience de l'Intendant, j'ordonne qu'il vienne jusqu'à moi pour écouter ce que les deux hommes ont à dire. "

    La garde royale s'affaira donc à obéir aux moindres ordres donnés et, bientôt, on fit comprendre à Vakalor et Alcibiade que l'Impératrice était prête à les recevoir tandis qu'on avait déjà mené Denethor par la laisse jusqu'à la Salle du Trône.



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Vakalor
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MessageSujet: Re: La salle du trône et le château   Jeu 19 Mai 2011 - 8:04

Cela faisait désormais plusieurs heures que Vakalor et Alcibiade patientaient côte à côte dans la vaste pièce attenante à la salle du trône. Aucun des deux hommes n’ignorait la charge et les nombreuses responsabilités qui étaient celles de l’Impératrice, et tous deux savaient que l’attente pouvait être très longue.
L’heureux hasard qui avait conduit à ce que les deux hauts gradés se rencontrent, de façon tout à fait fortuite ce jour-là, leur permit cependant de ne pas percevoir le temps qui s’écoulait à l’exacte mesure de ce qu’il était en réalité.
Et lorsque l’on vint les chercher pour les conduire à l’Impératrice, l’intérêt suscité par leur discussion avait fini par occulter presque totalement la longueur de l’attente.
Ainsi, au beau milieu de leur passionnante discussion, le calme de la salle dans laquelle ils patientaient depuis plusieurs heures, fut brusquement fêlé par le grincement des gonds de fer forgé qui supportaient la lourde porte de bois que venait d’entrouvrir un serviteur de la maison de Thais Laelias.

- Dame Thais Laelias va vous recevoir, hâtez-vous ! murmura le serviteur en s’adressant à Vakalor qui se leva en le voyant s’approcher de lui. Alcibiade vint lui aussi et emboîta le pas de son homologue d’Osgiliath.

- Je viens, répondit Vakalor.

Et alors qu’il s’approchait de la porte, la pièce fut emplie des réverbérations sonores de la voix ferme et forte de l’Impératrice s’adressant à un homme voûté et drapé dans une riche tunique sombre et brodée d’or. La Dame de Fer de l’Ouistrenesse était connue pour son intransigeance et son verbe, et Vakalor sourit en entendant l’éclat de sa voix sonore. Il avait une pensée pour cet homme qu’il apercevait de loin et qui entendait s’abattre sur ses épaules fatiguées les cinglantes remarques dont était capable la jeune et redoutable Impératrice. Celle-ci lui était encore cachée au regard mais le ton de sa voix laissait entendre la fermeté avec laquelle elle s’adressait à l’homme qui se tenait au pied du trône.

Vakalor fut conduit dans la vaste salle de marbre où trônaient depuis le majestueux siège des Rois du Gondor.
Il vit l’homme voûté s’asseoir sur un haut siège de bois noble, près du trône, placé plusieurs pieds au-dessus du siège, et où se tenait assise l’Impératrice.
Vakalor fut frappé de stupeur lorsqu’il réalisa ce qu’il était en train d’observer. Là, recroquevillé sur le siège de la Régence, se tenait Denethor. Il paraissait un homme vieux et usé par le temps et les années de régence. Ce n’était plus le grand souverain que le Général avait connu, celui dont il recevait les ordres, encore quelques années auparavant. Non. Denethor semblait affaibli et las. Pourtant, à l’approche du Capitaine des Armées de Gondor, l’ancien Intendant se leva et rejeta en arrière son épais manteau de fourrure noire pour accueillir le guerrier.
A cet instant et durant quelques brèves secondes, il sembla à Vakalor que l’ancien Intendant était redevenu l’immense et puissant souverain qu’il avait connu et par lequel il était devenu l’homme qu’il était désormais. Et comme Denethor le vit s’approcher jusqu’au bas des escaliers menant au trône, il se redressa de toute sa hauteur et de sa voix forte l’invita à exposer les raisons de sa venue.

Vakalor, s’arrêta au bas du promontoire de pierre blanche, s’inclina légèrement et déclara :

- Merci de nous recevoir Dame Thais Laelias ! Je remercie votre altesse de nous accueillir si rapidement. J’ai conscience de l’honneur que vous nous faites malgré les obligations multiples qui sont les vôtres.
Si vous le permettez, nous serons donc brefs.


Vakalor était surtout, et comme toujours, très mal à l’aise dans ce genre de démonstrations protocolaires. Lui, le guerrier aux multiples campagnes victorieuses avait toujours été un homme de terrain et les cérémonieuses roucoulades de salons le rendaient particulièrement maladroit. Il n’avait jamais su y faire et sa récente nomination à la gouvernance d’Osgiliath n’était pas de nature à le forcer à apprendre, bien qu’il avait été obligé de s’y plier malgré lui.
Aussi, comme pour toute chose que l’on fait à contrecœur, les progrès se faisaient rares et laborieux.

Il s’éclaircit donc la gorge quelque peu avant de reprendre, pressé :

- Je viens rendre compte des progrès réguliers et rapides des travaux de fortifications d’Osgiliath, dont vous avez eu la bonté de m’octroyer la charge. Malgré mon inexpérience à tous niveaux, je pense que les hommes que vous avez choisis et nommés à mes côtés pour m’épauler dans cette tâche, accomplissent chaque jour de grandes prouesses. L’équipe de gouvernance qui m’accompagne désormais et qui, à chaque nouvelle lune vous rend compte des avancées du projet, vous a récemment tenu informée de tout ce qui a été réalisé.

Pour autant, je vous sollicite aujourd’hui afin d’obtenir financements et autorisations nécessaires à l’ultime mais néanmoins essentiel volet des ouvrages prévus.

La ville est désormais complètement fortifiée. Si vous souhaitez que je vous présente l’intégralité des reconstructions réalisées, je le ferai volontiers, mais je suis ici pour vous exposer notre plan de réaménagement des quais ainsi que de leur fortification et la construction d’une zone fluviale à niveau maîtrisé pour l’entretien des navires de guerres ainsi qu’une zone portuaire et de stockage, proche des entrepôts de bois et d’armements.


Vakalor avait terminé. Il recula de quelques pas, pour laisser éventuellement Alcibiade poursuivre sur sa requête personnelle, mais à vrai dire, il ignorait pratiquement tout du protocole et ne savait pas si l’Impératrice allait lui répondre immédiatement. Aussi valait-il mieux attendre et voir ce qu’il adviendrait.

En attendant, Vakalor était assez satisfait de lui. Il avait parlé d’une voix claire et passionnée. Son cœur était embrasé au regard de l’importance du message dont il était le porteur.
Il savait qu’il ne pourrait conclure aucun accord sans l’aval de son Impératrice mais il ignorait cependant ce qui découlerait de cette requête franche et honnête mais dépourvue d’artifice et vraisemblablement tout à fait maladroite qu’il venait de formuler.

Il attendit donc que quelqu’un s’exprimât désormais.
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