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 histoire de Thuringwethil

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MessageSujet: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyLun 15 Jan 2007 - 22:05
Au commencement



Les plus anciens chants racontent que les elfes s’éveillèrent sous la lumière des étoiles, dans l’est lointain d’Arda, bien au-delà de la Belegaer. Au pied des Orocarni, les grandes montagnes de l’est, s’étendaient des bois et des forêts immenses, qui couvraient de vastes territoires jusqu’à la Mer Intérieure de Helcar. Là, comme s’en souviennent les plus anciens des Premiers-Nés, en un lieu nommé Cuiviénen, s’éveillèrent les elfes. Et là première chose qu’ils virent furent les étoiles, et depuis leur amour pour ces astres jamais ne s’éteignit ni ne fit défaut. Et bien qu’ils eussent tous une apparence magnifique et la vaillance des nouveaux-nés dans Arda, car la pensée d’Eru était encore vive en eux, il en était parmi eux qui surpassaient les autres par leur magnificence et leur sagesse. Et ceux-là furent choisis par les Premiers-Nés pour être leurs chefs, et l’on distingua trois peuples parmi les clairs habitants de Cuiviénen : le Peuple d’Ingwë, le Peuple de Finwë et le Peuple d’Elwë.

Au sein du Peuple de Finwë s’éveilla une jeune elfe telle que tous ceux qui posaient leur regard sur elle la tinrent pour splendide créature en toutes les beautés d’un peuple magnifique. Car elle semblait née de l’un de ces chants qui sont l’écho de la musique des Ainurs qui façonnèrent le monde, et que l’on ne peut percevoir que dans les instants qui précèdent l’éveil où, pour les elfes, lorsque l’on est plongé éveillé dans le Songe Elfique. Sa longue chevelure épaisse et brillante avait la couleur de la nuit, et de la même couleur étaient ses yeux. Sa peau avait la couleur de la lune, et elle était grande et élancée, telle l’apparition fugace d’un rêve merveilleux. Mais dans son regard, la lumière des étoiles semblait avoir été emprisonnée par la grâce des Valars, et pour ce jeune peuple qui toujours chantait la beauté de l’existence, car en ces temps nulle ombre ne pesait sur leurs cœurs, c’était là le signe d’une grâce particulière. Et ils la chérirent, comme ils chérissaient entre toutes les belles choses d’Arda la splendeur des étoiles, et ils la nommèrent Elensinyë, « l’Etoile du Soir ».

C’était bien avant que le vaillant Oromë des Valars ne s’aventure dans les grandes étendues de l’est, et les Premiers-Nés s’étaient éveillés plein de l’insouciance et de la gaieté d’une race bénie entre toutes. Et leur langue reflétait cette bénédiction, car ils chantaient plus qu’ils ne parlaient, leurs cœurs étant emplis de la musique des Ainurs, le Chant de la Création d’Arda. Et parmi ceux qui se souviennent de ces temps bénis, vif est le souvenir de Elensinyë qui dansait sous les étoiles. Et ceux qui la connaissaient voyaient en elle une Princesse, une Dame qui surement un jour ferait le bonheur de celui avec qui elle choisirait de passer son existence.


Ainsi qu’il a été raconté dans les Chants des Aldunenië, ce fut la malice de Morgoth qui découvrit la première l’éveil des elfes, bien avant les Puissances de l’Ouest dans leur bienheureux royaume. Et Morgoth haïssait toutes les créatures d’Eru, celles qui venaient ce naître et celles dont la naissance était à venir. Et il envoya ses serviteurs, semblables à des ombres informes et à des esprits de terreur, là ou étaient nés les elfes, dans la lointaine Cuiviénen. Et ces choses immondes, qui avaient été parmi le peuple des maiars, de esprits dotés de multiples dons, étaient devenus terribles et leurs pouvoirs s’étaient amoindris dans les cachots d’Utumno. Mais ils étaient bien moins terribles encore que les terribles Valarauko, les « démons de puissance », car ils appartenaient à une lignée mineure dans le peuple des maïars. Ils passèrent dans Arda comme des courants d’airs nocturnes, invisibles, mais une sourde terreur les accompagnant, et les bêtes fuyaient devant eux. Et de même les elfes qu’ils rencontrèrent sentirent naître dans leurs cœurs une terrible angoisse dont ils ignoraient la source, n’ayant nulle bête ou chose à craindre. Et Morgoth avait ordonné à ces terribles serviteurs de lui ramener des captifs parmi les Premiers-Nés d’Eru, et c’est ainsi que disparurent des êtres jeunes et encore innocents, leurs chants étouffés dans les ténèbres de la nuit.
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MessageSujet: Re: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyDim 21 Jan 2007 - 22:12
Emlin le Beau et la venue de l'Ombre


Dans les forêts de Cuiviénen, au sein du peuple de Finwë, naquit un elfe qui fut surnommé Cammall, « Mains d’Or », car s’était un artisan aux multiples talents, et c’est sous ce nom que les Eldars se souviennent de lui. Mais son vrai nom était Emlin, « Oiseau d’Or », car d’or était sa chevelure, et les oiseaux venaient nombreux chanter et s’entretenir avec lui. Et au printemps d’Arda, Emlin fut aimé des siens, car c’était un être bon et généreux, et toujours humble malgré ses multiple talents. Et ceux qui le connaissaient s’émerveillaient de le voir arpenter les bois en chantonnant, car toujours des oiseaux dansaient et virevoltaient autour de lui. Et si tous les Eldars, en ces temps insouciants, savaient se faire approcher des bêtes sauvages, lui y excellait plus que tout autre. Et c’était merveille que de le voir travailler, caressant de ses mains les arbres, toujours en chantonnant ; car le bois travaillé semblait danser, s’animer et s’extraire seul de l’écorce, sans causer de blessure, comme si l’arbre faisait don d’une partie de lui-même devant ce beau chanteur. Et il se disait également que certains l’avaient aperçu, suivi par une foule bruissante d’arbres, les fleurs se tendant vers lui à son passage, car on dit qu’il était aimé de toutes les choses vivantes en Arda.

Et cela, ainsi que sa nature aimante et généreuse, faisait que son peuple le chérissait comme s’il eut été un précieux trésor. Ainsi Emlin le Beau passait-il au sein de son peuple, façonnant de ses mains habiles de merveilleux jouets de bois pour les enfants des elfes, discutant avec les oiseaux et les fleurs. Et il advint qu’un jour Emlin s’en fut le long d’une rivière, fredonnant et saluant les arbres et les fleurs comme on salue de vieux amis. Il s’arrêta en bordure d’une clairière, comme pétrifié, contemplant pour la première fois Elensinyë dansant sous la lumière des étoiles. Et il se tint là, à l’épier sans malice, car il craignait qu’elle ne fut qu’un songe, et qu’un mouvement brusque de sa part risquait de la faire disparaître. Et belle en vérité était Elensinyë, dansant seule en un hommage silencieux à la nuit.

Emlin resta longtemps, dit-on, à la contempler. Et lorsque se croyant seule, Elensinyë alla se baigner dans la rivière, Emlin s’en fut. Mais souvent il revint près de cette rivière, et toujours il trouvait en ces lieux la belle Elensinyë, dansant sous les étoiles. Et en son cœur naquit un grand trouble, tel qu’il n’en avait jamais connu. Il se mit à suivre la belle inconnue, et la nature complice le dissimulait au regard de la Belle. Et ainsi il put s’apercevoir qu’elle n’était point née de son imagination, mais que c’était une princesse des Eldars. Pendant longtemps, il n’osât point l’aborder, et s’en fut seul dans les bois, triste et sans plus chanter. Et les bêtes et les plantes qui étaient ses amis décidèrent de l’aider, et c’est ainsi que dans un grand frou-frou d’ailes, des rossignols descendirent en tournoyant vers lui, chacun portant dans son bec une fleur différente. Et c’est fleurs étaient uniques, car chaque plante qui les avaient produites en avaient fait un don pour Emlin, destiné à le réconforter. Et devant tant de bonté, Emlin eut de nouveau la joie dans son cœur, et il se remit à chanter avec insouciance. Et parmi les arbres de la forêt, il y’avait des arbres qui n’avaient point encore reçu le langage, mais qui étaient néanmoins doués de consciences. Et ces Ents écoutaient les chants d’Emlin, et eux se souviennent bien de cet elfe qui leur donna l’envie de parler. Ces Ents connaissaient la belle elfe dont était tombé amoureux Emlin, car souvent elle dansait parmi eux sans avoir conscience de leur présence. Et ils la conduisirent subtilement à lui, ouvrant la forêt sous ses pas et, à son insu, elle suivit un chemin qui la conduisait à Emlin. Et enfin elle aperçu celui-ci qui chantait et riait au milieu des oiseaux. Et lorsque, levant les yeux, il l’aperçut, droite et immobile, comme une fleur attendant d’être cueillie, il s’avança vers elle et lui tendit un magnifique bouquet, présent des Ents.

Elensinyë n’avait jamais vu de si belles fleurs, et il lui semblait que la créature qui se tenait devant elle, environnée d’oiseaux chanteurs et baignant dans l’exquis parfums des fleurs champêtres, était comme l’incarnation même de la nature. Et elle plongea son regard dans les yeux d’Emlin, qui avaient la couleur des feuilles. Et celui-ci se mit à chanter. Mue par un étrange sentiment, Elensinyë dansa et dansa pour Emlin, et les oiseaux de la forêt dansaient avec elle. Et bientôt il y eut autour d’elle toute une cour de créatures silencieuses, arbres et animaux, qui contemplaient la magnifique danse. Puis Emlin s’arrêta de chanter et s’approcha d’elle, comme on approche un animal sauvage. Et Elensinyë se laissa approcher, se contentant de regarder l’être étrange qui se tenait devant elle. Et elle ne bougea pas quand celui-ci lui glissa dans sa belle chevelure couleur de nuit les splendides fleurs qu’il avait récolté. Enfin il lui prit la main et s’agenouillant devant elle, de nouveau chanta. Et sous le regard émerveillé de Elensinyë, des oiseaux vinrent poser sur elle un manteau tressé dherbe et de fleur. Et belle elle se tenait, couronnée et vêtue de fleurs, semblable à une reine de la forêt. Et pour la seule fois de son existence, Elensinyë connut l’amour, et aima un autre être autant qu’elle-même.

Et de longues journées s’écoulèrent dans les bois de Cuiviénen, dans la magie des chants de Emlin le Beau et des danses de Elensinyë la Belle. Et ainsi la princesse Eldar alla trouver son père, en compagnie d’Emlin, et ils furent promis l’un à l’autre, car Emlin était aimé de tous. Et Finwë, qui était l’ami de du père d’Elensinyë, rassembla son peuple pour qu’une grande fête soit donnée en l’honneur du mariage béni qui allait être célébré. Et dans son cœur de Vierge, Elensinyë connut la joie, la plus grande de son existence. Et les deux promis furent séparés en attendant le jour des épousailles, et tous deux se languissaient de ce moment.

Et Elensinyë, dans son languir, souvent allait seule dans la forêt, humant les fleurs qui lui rappelaient les délicieux moments passés avec Emlin. Et c’est ainsi que l’un des noirs esprits envoyés par Morgoth pour épier et enlever les elfes la trouva. Et cet esprit, sans être l’un des Valarauko, les « démons de puissances » que l’on connaîtraient plus tard sous le nom de Balrogs, avait jadis appartenu au peuple des maiars, avant qu’il ne suive Morgoth dans les ténèbres. Et Morgoth n’était point parvenu à le corrompre entièrement, et en lui subsistait une étincelle capable encore de s’enflammer à la vue de la Beauté. Et Belle il trouva Elensinyë, dansant seule sous les étoiles. Et il se mit à l’épier, invisible. Et Elensinyë, toute éperdue de bonheur, évoluant dans un rêve éveillé, ne se rendit pas compte que la forêt se taisait autour d’elle. Et l’esprit servant de Morgoth se rendit compte qu’Elensinyë était promise à un elfe du nom de Emlin, car souvent elle évoquait son nom à mi-voix.

Et dans l’esprit du maia déchu, l’étincelle qui avait un instant été ravivée fut à tout jamais engloutie par les ténèbres de la Haine et de la Jalousie. Se souvenant enfin de la mission de son maître, il allait enlever Elensinyë, quand la malignité insufflée dans son cœur par son sombre maître se raviva. Et il laissa là seule la vierge elfique, et partit en quête de Emlin. Et si les oiseaux craignaient la venue de cette ombre porteuse d’une peur sans nom, ils aimaient encore plus Emlin et résolurent de rester avec lui. Et, comme Elensinyë, Emlin baignait dans le bonheur, et la peur n’eut aucune prise sur son cœur. Mais l’ombre s’en alla, ricanant seule sous les arbres, car un plan venait de germer dans son noir esprit.

Et il apparut à Elensinyë, sous la forme d’une silhouette se cachant au milieu des arbres, et se présenta à elle comme l’envoyé des Valars, les Puissances qui avaient créé le monde. Et en ce temps, les elfes n’avaient point entendu parler des Valars, car ceux-ci ne savaient pas encore que les Premiers-Nés s’étaient éveillés dans les bois de Cuiviénen, et le puissant Oromë n’avait pas encore entendu leurs belles voix chantant sous les étoiles. Mais Elensinyë sentit le grand pouvoir de cet être et, son cœur n’étant point encore empli de malice, le crut. Et le Noir Esprit tissa un habile mensonge, mêlant la vérité à la fourberie, et expliqua que les Valars qui avaient conçu le monde, avaient donné à certaines créatures le même Don, leur enseignant les Mots de Pouvoir qui étaient les mots de la musique des Ainurs, et que grâce à ses mots, les Premiers-Nés pouvaient eux aussi affecter par le chant le monde qui les entourait. Et au sein des Premiers-Nés, ils en avait choisi un pour qu’il apprenne à ceux de sa race ses mots qui lui avaient été enseignés, afin que tous les elfes puissent bénéficier de ce Don.

« Et qui est cet Elu », demanda dans sa naïveté Elensinyë.

Et, sans que la vierge elfe ne put voir son sourire, il répondit : « C’est le plus beau des elfes, et le plus doué. Il se nomme Emlin, et grâce à ce que nous lui avons enseigné, les bêtes et les plantes l’écoutent ».

Et Elensinyë fut fort troublée par ce qu’elle avait entendu, car jamais Emlin ne lui avait parlé des valars et des Mots de Pouvoirs qui étaient le Chant des Ainurs. Et son cœur connut la jalousie, en même temps que naissait en elle le désir de posséder le même don qu’Emlin. Et lisant dans son cœur, le maia déchu vit qu’il tenait sa revanche. Et il parla de nouveau :

« Mais je vois que tu es troublée, jeune elfe ? Ignorerais tu ce dont je parle ? L’Elu n’auarit il pas appris à ses frères et sœurs le Don immense dont nous lui avons fait présent ? Pourquoi aurait-il dissimulé une telle chose aux Premiers-Nés. Est-ce qu’il en est parmi vous qu’il ne porte pas dans son cœur ? »

Et les paroles pleines de fiel et de venin portèrent car Elensinyë songeait en son for intérieur qu’Emlin ne devait pas l’aimer vraiment si il lui avait caché un telle chose. Et le maia déchu reprit la parole :

« Hélas ! Ce Don que nous avons fait aux Premiers-Nés a ceci de particulier que nous ne pouvons le donner qu’à l’un d’entre vous, et un seul, afin qu’il puisse l’enseigner à ses frères et sœurs. Et il me semble que ce Don a été bien mal utilisé ! Accepterais tu, Elensinyë, de recevoir ce Don ? Il faudrait pour cela que tu m’amènes ce Emlin, afin que je puisse lui retirer ce qui lui a été donné, et que je puisse te le transmettre ».

Et Elensinyë eut de ce jour le cœur dévoré par l’envie de connaître les Mots de Pouvoir et, trompant la surveillance de ses chaperons, entraîna Emlin sous les arbres, le tenant par la main. Et celui-ci, tout à la joie de la revoir, chanta, et les oiseaux vinrent danser autour d’eux. Et cela ne fit qu’affermir la résolution de la vierge elfe. Elle emmena Emlin le Beau à l’endroit ou l’Ombre s’était dévoilée. Et là elle apparut, immense et terrible, et une peur immense saisit Emlin. Et il se jeta devant la Vierge pour faire rempart de son corps.

Et l’ombre ricana : « Pauvre Fou ! », dit-elle, et elle se referma sur le jeune elfe, l’emprisonnant de ses ténèbres. ET elle s’en fut avec son captif, et plus jamais on ne revit Emlin le beau, et jamais n’eurent lieu les noces d’Elensinyë. Et celle-ci, entre tous les Eldars, fut la seule à revoir Emlin le Beau, après que bien des années ne se soient écoulées, dans les sombres cachots d’Angband. Ainsi devait-elle un jour poser son regard sur celui que l’on avait surnommé « le beau », et qui fut le premier des elfes à subir les tourments de Morgoth et à être avili, corrompu dans son cœur jusqu’à devenir hideux et contrefait, le premier des orcs.
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MessageSujet: Re: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyVen 26 Jan 2007 - 10:45
Les Mots de Pouvoir


Après le départ de l’Ombre, Elensinyë fut plongée dans la confusion, car le noir esprit s’était enfui avant de lui avoir enseigné les Mots de Pouvoir. Alors son cœur connut un amer chagrin, car elle réalisa qu’elle avait été trompée, et qu’elle avait elle-même conduit Emlin le Beau, l’être qu’elle aimait, au devant d’un funeste destin. Et son chagrin fut si grand que son cœur faillit se briser, si bien que les ténèbres s’emparèrent d’elle et elle sombra dans l’inconscience. Et c’est ainsi qu’on la trouva, inanimée dans une forêt silencieuse dont toute vie semblait s’être échappée. Et à coté d’elle se trouvaient des fleurs piétinées et flétries par le pouvoir de l’Ombre, qui étaient tombées des mains de Emlin le Beau lorsque celui-ci avait été emporté. Et les elfes bouleversés ramenèrent la Vierge à son père, et ceux qui étaient savants dans l’art de guérir exercèrent sur elle son art.

Et bientôt ses yeux s’ouvrirent, et elle contempla le monde avec des yeux voilés par la douleur. Son père et le puissant Finwë se tenaient à coté d’elle, désirant connaître le destin d’Emlin le Beau, car plusieurs chasseurs avaient essayé en vain de retrouver sa trace. Et Elensinyë parla d’une voix éteinte, décrivant l’Ombre qui s’était emparée de son promis, sans pour autant révéler son propre rôle dans cette triste histoire. Alors Finwë rassembla son peuple pour tenir conseil. Et, à la lueur des belles étoiles du printemps d’Arda, un grand rassemblement eut lieu. Et l’on se rendit compte que manquaient à l’appel de nombreux elfes. Et des récits, que l’on avait tout d’abord ignoré comme on balaye au réveil de mauvais rêves, furent portés à la connaissance de Finwë.

Et les elfes parlèrent d’ombres qui se mouvaient parfois dans les forêts, et du chant des oiseaux qui parfois cessait brusquement, et d’elfes qui partaient pour jamais ne revenir. Et pour la première fois dans le cœur des Premiers-Nés, une ombre née de la Peur se mit à croître, et en cela la Haine et la Malice de Melkor avaient trompé la vigilance des Valars. Et les elfes se mirent à murmurer, plus qu’à chanter. Et le seul réconfort qu’ils trouvaient était dans la contemplation de la lumière des étoiles.

Si Elensinyë était guérie dans son corps, son cœur avait subi une profonde blessure qui jamais ne devait se refermer. Et tous se lamentaient, car il leur semblait que les étoiles qui avaient jadis habité ses yeux étaient à jamais obscurcies, et plus jamais ses frères ne purent la voir danser sous les étoiles, et seuls les plus anciens des Eldars se souviennent encore des danses de Elensinyë la Belle. Et on pouvait la voir errer sans but, le cœur empli d’amertume et de chagrin. Et un jour, elle s’en fut seule dans la forêt, retrouver le lieu ou pour la dernière fois elle avait pu voir Emlin le Beau. Et là ou l’Ombre s’était dévoilée, l’herbe avait noirci et plus jamais n’avait repoussé. Et elle s’étendit là, fermant les yeux à la beauté du monde et des étoiles. Et c’est ainsi que l’Ombre la trouva, car jamais il n’avait baissé sa vigilance, et toujours accomplissait avec joie et malice la funeste œuvre de Melkor.

Et le maia déchu courba sa noire silhouette au dessus d’Elensinyë et ses yeux rouges contemplèrent la belle elfes. Et lorsque la Vierge ouvrit les yeux, elle plongea son regard dans les braises haineuses du regard de l’Ainur. Et celui-ci parla d’une voix qui était comme le souffle du vent d’hiver, froide et mordante. Car il se souvenait qu’il avait pu un instant atteindre cette âme, et il préférait, tout comme son maître, corrompre que détruire.

« Elensinyë la Belle », dit-il, « je suis venu t’offrir ce que je t’avais promis ».

Et l’elfe resta allongée sans mots dire, un long moment, et l’Ombre se demanda si finalement, sa malice n’avait pas détruit l’esprit de la belle vierge des elfes. Mais celle-ci parla finalement, de sa belle et douce voix d’argent :

« Ce Don, je ne le désire plus, car je sais maintenant que tu m’as trompé, Ombre funeste ! Rends moi Emlin le Beau et ne reviens jamais ! »

L’Ombre éprouva de la colère, car la jeune elfe devant lui ne le craignait pas, et c’était la première fois qu’un Premier-Né lui résistait de la sorte. Aussi répliqua t-il :

« Je peux t’enseigner les Mots qui sont la Musique des Ainurs, et de cette façon toutes les choses sur Arda et au-delà te seront acquises. Et même les Ténèbres fléchissent devant les Mots de Pouvoir, et s’il te plaît d’en extraire l’âme d’Emlin le Beau, cela te sera donné. Car en vérité, mon maître, le plus beau et le plus puissant des Valars, souhaite faire de ton peuple l’égal des Ainurs. Et si tu apprends les Mots de Pouvoir, j’en fais le Serment devant Eru le Père-de-Tout, il te sera donné de contempler l’être que tu as chéri ».

Et Elensinyë su, avec la prescience qui parfois descendait sur ceux de sa race, que l’Ombre disait la vérité, et qu’il lui serait un jour donné de contempler à nouveau Emlin si elle apprenait les Mots de Pouvoir. Et elle se releva, jetant un regard froid sur l’Ombre sans corps, car toute naïveté semblait s’être enfuie de son être. Et l’Ombre lui apprit les Mots d’Appel qui servent à faire venir à soi les choses, et bien d’autres connaissances. Et Elensinyë apprit tout cela avec avidité, car en elle s’était réveillée la soif de savoir qui avait conduit Emlin devant son destin. Et devant le regard de l’Ombre, elle appela à elle les oiseaux de la forêt, qui répondirent à l’appel de sa voix d’argent. Mais là ou Emlin le Beau avait obtenu des oiseaux qu’ils viennent à lui par amour, Elensinyë brisa les volontés et imposa la sienne. Et devant ce nouveau Pouvoir qui était le sien, elle éclata d’un rire de pur ravissement.

Et l’Ombre l’observait, et sa pensée était troublée. Car s’il était d’une lignée mineure des maiars, il était l’un des Ainurs qui par son chant avait façonné Arda. Et il se rendait pour la première fois compte que Eru qui avait créé les Premiers-Nés, ne les avait point conçu insignifiants et sans aucun pouvoir, comme il l'avait pensé dans son orgueil de maia déchu. Car la jeune vierge avait appris avec une grande facilité les Mots de Pouvoirs. Et soudain il prit peur devant l’éclat stellaire du regard d’Elensinÿë, car celle-ci le contemplait avec sur le visage l’expression d’une froide fureur. Et Elensinë appela, et les oiseaux de la forêt répondirent à son appel, contraints de lui obéir. Mais avec les oiseaux, il y eut d’autres bêtes qui vinrent. Car si les bêtes n’avaient pas pu voir que Elensinyë avait conduit Emlin à l’Ombre, elles se souvenaient que celui-ci avait chéri Elensinyë entre toutes les créatures.

Et c’est ainsi qu’une horde de bêtes, répondant à l’appel d’Elensinyë, autant que pour venger Emlin le Beau, se précipita sur l’Ombre. Des griffes, des becs et des crocs plongèrent dans la chair éthérée. Et si les bêtes ne pouvaient réellement blesser le maia déchu, celui-ci éprouvait quand même une grande douleur chaque fois que son immatérielle chair était déchirée. Et il s’en fut piteux, poursuivi par le rire de mépris de Elensinyë.
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MessageSujet: Re: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyDim 4 Mar 2007 - 18:10
Le Chant de la Mer Ouverte

Avec la disparition d’Emlin le Beau, une partie de l’âme d’Elensinyë mourut. Et plus jamais on ne la vit sourire ou danser spontanément, pour la pure gaieté du geste. Et il advint que le puissant Oromë des Valars entendit s’élever les chants des Quendi, et il s’en retourna en Aman en apporter la nouvelle à Manwë. Les Valars tinrent conseil, et ils décidèrent qu’Oromë serait leur messager parmi les Premiers Nés d’Illuvatar. Et ainsi le Messager des Valars vint trouver les chefs des trois grandes lignées des Quendi, et leur transmit l’invitation des Valars à séjourner dans les Terres Eternelles. Mais à sa venue, quelques uns parmi les Premiers Nés prirent peur, car les stratagèmes de Morgoth avaient semé une ombre sur leurs cœurs, et ils crurent que le seigneur des esprits de la nuit était venu pour les ravir à leurs demeures sylvestres.

Au sein du peuple de Finwë, nombreux étaient les Premiers Nés dont nulle ombre n’avait pu toucher le cœur ; aussi acceptèrent ils avec grande allégresse l’invitation des Valars. Et ainsi commença le premier grand voyage des Noldors. Et ce voyage dura fort longtemps, car les Premiers Nés étaient curieux du monde qu’ils découvraient et des jeunes splendeurs d’Arda, et souvent ils s’arrêtaient pour profiter des merveilles de la Terre du Milieu. Et durant ce voyage, un profond amour pour ces contrées s’imprima dans leurs jeunes et innocents cœurs, qui jamais plus ne devait les quitter. Et cet amour fut la cause de nombre de grandes souffrances dans les âges encore à venir.

Ainsi Elensinyë partit avec les gens du peuple de Finwë vers les terres Eternelles. Nombreux furent les Eldars à la courtiser pendant cette période, mais toujours elle demeurait de glace, et nombre de chants de cette époque content sa splendide beauté de neige. Et ce peuple splendide se dirigea vers l’ouest, et bientôt ils entendirent la rumeur d’un chant étrange, puissant et toujours renouvelé, en même temps que leur parvenait la senteur de douces fragrances inconnues. Et certains prirent peur, mais la plupart d’entre eux se précipitèrent avec insouciance pour découvrir quelle était cette nouvelle merveille qui s’offrait à eux. Et là ils contemplèrent les étendues sans fin de la Belegaer, animée par la Volonté du puissant Ulmo. Et le cœur d’Elensinyë, qui n’avait plus jamais été ému depuis la disparition de son bien-aimé Emlin, connut une grande souffrance, comme si un joyau pris dans une gangue de glace se trouvait soudain exposé à un violent soleil. Et elle s’avança dans l’eau, sa blanche robe flottant autour d’elle comme un nénuphar autour de quelque ténébreuse pousse, et sa chevelure noire et brillante comme la nuit était mouillée par les embruns. Des larmes ruisselèrent sur son pâle visage de neige, et sa voix d’argent s’éleva, se mêlant au murmure de la mer, et splendide elle fut aux yeux de ses frères et sœurs. Et longtemps elle chanta la beauté de la mer ouverte, et les mouettes qui sont les serviteurs d’Ulmo vinrent tournoyer autour d’elle comme une blanche nuée, et ceux qui écoutaient ce chant étaient plongés dans un profond ravissement et ne pouvaient s’en défaire. Car sans le savoir, elle avait mêlé à son Chant des Mots de Pouvoirs qui lui avaient été enseignés par l’Ombre.

Et ainsi, les serviteurs de l’Onde entendirent ce Chant et vinrent l’écouter, et les vagues autour d’Elensinyë se figèrent. Et mille voix, des voix qui étaient celles du vent, de la mer ouverte et des profondeurs océanes se mêlèrent à la voix d’argent de Elensinyë la Belle, dans la plus belle mélodie qu’entendirent jamais les Eldars jusqu’à la venue de Tinuviel. Et longtemps dura ce Chant, car on dit qu’Elensinyë faillit se perdre dans la beauté de la Mer Ouverte. Et tel fut son chant :

« á unducaita i lissë caselya alatuova
lómë lantëa, utúlielyë tieo mettanna.
á fumë sín ar na óla len quenion i epetuller
yálantë haira falassello arta
manen nyényelya? man i níri antalyassë?
rato cenuvalyë ilyë caurelyar autuvar
varna rancunyaissen fúmalyë
man polilyë cenë ambaro rénassë?
manen yalir i ninqui maiwi?
aire pella Isil marya ortëa
i ciryar utúlier colien lyë márenna
ar ilya ahyuva telemna hyellenna
cala nenessë yassë ilyë fëar lelyuvar arta
estel fifírui tenn' ambar móreva
terë lumbuli et enyalie ar lúmello
áva quetë sa utúlielmë sí tenn' i metta
falassi ninqui yálar, ómentielma ennauva
ar nauvalyë sinomë rancunyaissen fúmala
man polilyë cenë ambaro rénassë?
manen yalir i ninqui maiwi?
aire pella Isil marya ortëa
i ciryar utúlier colien lyë márenna
ar ilya ahyuva telemna hyellenna
cala nenessë yassë sindë ciryar autar
númenna »


(« Pose ta tête douce et lasse
La nuit tombe; tu es arrivé à la fin du voyage
Dors maintenant et rêve de ceux qui vinrent avant
Ils appellent d'une falaise lointaine
Pourquoi pleures-tu? Que sont ces larmes sur ton visage?
Bientôt tu verras toutes tes souffrances partiront
En sécurité dans mes bras, tu dors seulement

Que peux-tu voir sur à l'horizon?
Pourquoi les mouettes blanches appellent-elles?
A travers la Mer une pâle lune s'élève
Les bateaux doivent te porter à la maison
Et tout se tranformera en miroir
Une lumière sur l'eau, toutes les âmes passent

L'espoir s'estompe dans le monde de la nuit
A travers les ténèbres qu'on oublie et le temps
Ne dis pas que nous arrivons maintenant à la fin
Les falaises blanches appellent, toi et moi nous retrouverons à nouveau
Et tu seras ici dans mes bras, juste endormi
Que peux-tu voir sur à l'horizon?

Pourquoi les mouettes blanches appellent-elles?
A travers la Mer une pâle lune s'élève
Les bateaux doivent te porter à la maison
Et tout se tranformera en miroir
Une lumière sur l'eau, les bateaux gris passent
Vers l'Ouest »)


Enfin sa voix diminua, et Elensinyë sombra dans l’inconscience, car elle avait chanté jusqu’à l’épuisement. Alors une grande vague la souleva comme une plume portée par le vent, et la déposa au milieu des siens, qui regardèrent ce prodige avec émerveillement. Car à la place de la vague s’avançait maintenant vers eux une grande silhouette. Sa peau verte avait les reflets des profondeurs de la mer, sa barbe et sa chevelure étaient faites d’algues, et le bruit du ressac se faisait entendre à chacun de ses pas sur le sable. Et ainsi apparut Ulmo aux Premiers Nés du Peuple de Finwë, tenant dans ses bras la blanche silhouette inconsciente d’Elensinyë la Belle. Et lorsque sa voix s’éleva, il leur sembla entendre une partie du Chant des Ainurs, comme si la Belegaer s’ouvrait devant eux pour leur révéler ses profonds secrets. Et Ulmo leur dit qu’ils se reverraient en Aman. Et sur les yeux clos d’Elensinyë, il souffla doucement, et celle-ci s’éveilla, toute ombre envolée de son cœur. Et l’Ainur lui répéta ce qu’il avait dit à ses frères, et lui tint ce discours :

« Nous nous reverrons dans les Terres Eternelles, et nous chanterons ensemble au pied des Peloris, et les serviteurs de l’Onde danseront avec toi, car grand et beau fut ton Chant, elensinyë ».

Car Ulmo avait été ému par la triste splendeur d’Elensinyë. Comme avec les autres Ainurs, la Vision d’Illuvatar de la future Arda était restée quelque chose de splendide et de chéri dans son cœur, et il avait attendu de longs âges la venue des Premiers Nés. Mais son cœur fut particulièrement ému par la beauté d’Elensinyë, et il décida de lui faire connaître les splendeurs de son royaume, car il espérait qu’ainsi elle viendrait chanter souvent auprès de ses serviteurs. Il la laissa partir avec regrets, car il ne souhaitait pas la séparer des siens. Et ainsi partirent les Noldors vers les terres Eternelles. Et de ce jour, Elensinyë fut connue au sein du peuple des Noldors, comme au sein des peuples d’Aman, sous les noms de Tyelpëomà, la « Voix d’Argent », et Earlindë, « Chant de la Mer ».

Enfin les Noldors parvinrent-ils en Aman, et là ils furent accueillis pas les seigneurs de ces terres. Et ils se lièrent d’amitié avec les Vanyars, et ils s’installèrent au pied des Peloris, comme il a été compté dans les Chants Anciens. Et là ils accomplirent nombre de merveilles, extrayant des profondeurs de la terre des gemmes sans pareilles qu’ils offraient aux habitants des Terres Eternelles, et jamais on avait connu de telles splendeurs en Aman. Finwë avait pour première épouse la belle Miriel, et d’elle il enfanta le plus grand des Noldors, Fëanor, la fierté de ce peuple orgueilleux, et celui qui devait apporter le plus de malheurs sur sa race.

Elensinyë était une proche amie de Miriel, et souvent les deux femmes elfes allaient de concert se promener sur les grèves d’Aman, car l’amour de la Grande Mer n’avait point quitté le cœur d’Elensinyë. Et bien qu’une tristesse inhabituelle chez les Premiers Nés soit visible sur son splendide visage couleur de lune, les sages parmi les Eldars aimaient parler et prendre conseil avec elle, car elle faisait montre d’un grand savoir. Car elle avait su tirer profit des enseignements de l’Ombre, et était fort versée dans la connaissance du Chant des Ainurs, la Musique d’Arda. De Miriel, Elensinyë apprit l’art de tisser et d’emprisonner dans les fibres du tissu la lumière des arbres. Et ainsi tissa t-elle de nombreuses robes, pour elle-même et les grandes Dames des elfes, qui luisaient de l’éclat de l’Aîné des Arbres.

Mais le plus souvent, elle descendait, blanche vierge elfique solitaire, vers les Rivages du Jour. Et là les flots gris s’ouvraient sur son passage, car l’attendaient les serviteurs de l’Onde, et toujours venait à sa rencontre le puissant Ulmo. Et là elle chantait pour les esprits de l’Onde, et la blanche écume dansait autour d’elle, et les flots lui enseignaient mille secrets. Car Ulmo chérissait sa voix, et dans l’innocence du Matin d’Arda, il lui enseigna nombre de choses qu’il aurait mieux fait de tenir secrètes. Mais nulle malice ne résidait dans le cœur de l’Ainur, et ainsi Elensinyë apprit les Mots qui commandent aux vents, aux nuages et à l’onde. Et Elensinyë apprenait vite, car elle se souvenait des mots de Pouvoir que lui avait enseigné l’Ombre, il y avait de cela une éternité. Et ainsi le temps passa, dans la verte contrée d’Aman.

Et grands furent les Dons d’Ulmo pour Elensinyë, et grande fut sa bienveillance. Et c’est ainsi que plus tard, lorsque Elensinyë en viendrait à trahir ses propres frères auprès des sources du Sirion, Ulmo en concevrait une épouvantable colère et jetterait sur elle sa terrible malédiction, la condamnant à une soif inextinguible, car elle avait été chérie de lui et sa trahison était terrible blessure pour son cœur pur.
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MessageSujet: Re: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyVen 16 Mar 2007 - 20:35
Le Chant du Retour

Et ainsi le temps s’écoula dans la splendeur toujours renouvelée d’Eldamar. Les Noldors avaient bâti une magnifique cité ornée de joyaux, Tirion, et jamais il n’y eut si belle cité en Arda. Mais le cœur d’Elensinyë était tourné vers la mer, et souvent elle allait en Alqualondë résider parmi les Teleri. Mais elle aimait la solitude, et chérissait en son cœur le souvenir d’Emlin le Beau, aussi vécut elle dans une simple maison, au pied des Blanches Falaises, d’où elle pouvait jouir de la vue de la belle Alqualondë. Et souvent on pouvait voir sa pâle et fine silhouette passant parmi les rivages de sables blancs des Terres Eternelles, et nombreux furent les Teleris et les Noldors à venir la courtiser, car la lumière d’Aman était venue baigner sa beauté, et c’était comme si une étoile était venue habiter près de la mer. Et toujours le cœur d’Elensinyë demeurait de glace. Mais en présence de la mer, son regard perdait de sa froideur, et elle chantait, chantait toujours, et cette musique était comme un enchantement. Et elle devint pour les Teleris, qui partageait avec elle le même amour des chants et de la mer, une vision familière lorsque elle s’avançait dans l’onde, et que les voix de la mer se mêlaient à la sienne pour chanter un hymne à la beauté des Terres Eternelles.

Et dans sa solitude, elle avait pour seule amie Miriel, la première épouse de Finwë. Elle chérissait la belle elfe dont elle appréciait le doux tempérament, et consentait pour elle seule à se rendre dans la cité de Tirion, pour y tisser de belles robes à ses cotés. Mais Miriel donna naissance à Curufinwë que l’on nomma Fëanor, et son enfantement retira toute joie de vivre à la belle Miriel qui s’endormit et mourut, la première des elfes à mourir dans les terres Eternelles. Et grande fut la peine d’Elensinyë, car elle perdit ce jour là sa seule amie. Et de ce jour, elle ne porta pas dans son cœur Fëanor, car elle voyait en lui la cause de la mort de Miriel. Et avec la prescience qui était parfois la sienne, elle sut qu’il causerait un jour de grands malheurs au sein du peuple des Noldors.

Comme il a été raconté ailleurs, Melkor fut retenu captif en Aman, mais bientôt la vigilance des Valars se relâcha, et il fut autorisé à déambuler parmi les eldars, et ce fut là une cruelle erreur qui provoqua beaucoup de malheurs, et la Chute des Noldors. Par des paroles mielleuses, il corrompit l’esprit des Noldors, montant le frère contre le frère, apprenant aux elfes à forger des armes à l’insu des Valars, et ainsi les graines de la discorde furent plantée dans un sol fertile. Et un jour que Melkor déambulait sur les plages qui s’étendent au pied des Peloris, tournant son regard vers la Terre du Milieu, car il rêvait de retrouver les domaines infernaux d’Utumno, il entendit la complainte d’Elensinyë, et fut saisi par la beauté de ce chant. Alors il vint auprès d’Elensinyë et parla avec elle. En ce temps là, il était encore le plus beau des Valars, et ses paroles étaient comme un nectar pour qui les entendait. Aussi la vierge elfique l’écouta, car en elle résidait toujours son désir de Connaissance, et elle avait su immédiatement en voyant cet Ainur qu’elle apprendrait auprès de lui d’innombrables secrets. Et de son coté Melkor lut dans l’esprit de la femme elfe la douleur éprouvée par la perte d’un être cher, Emlin le Beau, ainsi qu’une soif de savoir immense, qui ne demandait que ses mielleuses paroles pour se muer en une soif de pouvoir redoutable. Riant intérieurement de ses ruses, il lui parla de la Musique des Ainurs, et du troisième thème encore à venir. Or, les Valars à cette époque avaient tenu caché l’existence de ce troisième thème aux elfes, et la venue prochaine des humains dans les Terres du Milieu leur était donc inconnue.

Et ainsi Melkor instilla son poison dans le cœur d’Elensinyë, lui parlant des Atani, et des Terres du Milieu qui leur étaient réservées. Et il fit croire, à elle et aux autres Noldors, que les Valars les avaient emmenés en Aman pour les réduire en esclavage, afin de les spolier de la jouissance de la Terre du Milieu, et de réserver celle-ci aux Hommes. Et ainsi le souvenir des bois de Cuiviénen se raviva dans le cœur d’Elensinyë, et avec eux se raviva la douleur de la disparition d’Emlin le Beau. Alors Melkor, lisant dans son esprit, lui révéla que Emlin n’avait point disparu et qu’il était toujours vivant, et qu’il s’était tenu à ses cotés avant que les Valars jaloux ne viennent l’enchaîner, lui le plus beau et puissant des Ainurs. Et Elensinyë eut un éclair de prescience, et elle su avec la plus grande certitude que Melkor disait vrai, qu’Emlin le Beau était toujours en vie, et qu’elle le reverrait si elle attachait ses pas à ceux de l’Ainur.

Il s’écoula beaucoup de temps encore avant que les graines de discorde semées par Melkor ne donnent des fruits amers, et ces faits ont été relatés dans les Aldunenië qu’écrivit Elemnire de Vanyars et que tous les Eldars connaissent. Il suffit de dire ici que Melkor convoita les Silmarils, qu’il s’en empara et tua Finwë, et qu’avec l’aide d’Ungoliant il déroba la lumière des Arbres.

Et lorsque Fëanor enflamma le cœur des Noldors avec des paroles de vengeance, elle se tint parmi les grands seigneurs de ce peuple valeureux pour tenir conseil, seule femme avec la belle Galadriel. Et celle-ci la transperça de son regard mais ne dit rien, car il lui semblait qu’une ombre se tenait au cœur de la lumière d’Elensinyë. Et bien qu’un sourd pressentiment vienne étreindre son cœur, elle n’en connaissait l’origine, et bientôt chassa cette impression comme on chasse une mauvaise pensée. Et en vérité, bien peu parmi les Eldars s’opposèrent aux projets de Fëanor, et nombreuse furent les voix qui se joignirent à celles de Fëanor et ses fils pour promettre de poursuivre de leur vengeance tout Valar, elfe, démon, homme ou céature encore à naître. Mais cependant Elensinyë ne prêta pas ce serment, se contentant de baisser la tête et de garder le silence, car en son cœur grand était le désir de retrouver Emlin le Beau, et elle se disait que lorsque les Noldors auraient rattrapé Melkor, elle pourrait apprendre de lui l’endroit ou se trouvait son bien-aimé. Et seules les voix de Fingolfin et de son fils Turgon s’opposèrent à ce serment, et les épées furent presque tirées. Alors Elensinyë se leva, et sa voix musicale et douce se fit entendre malgré les paroles et les cris haineux proférés par Fëanor et ses fils.

« Gardez vos armes et votre force pour vos ennemis ! », dit-elle, « car il n’adviendra rien de bon si nous versons notre sang en ces lieux. Ce Destin et celui des Silmarils concerne tous les Noldors, quelque en puisse être la fin, et notre Peuple sera soumis à de rudes épreuves avant la conclusion de cette affaire ».

Et Fingolfin parla à son tour, et sages furent ses paroles, si bien qu’il parvint à apaiser les esprits. Alors Les Noldors se rendirent à Alqualondë pour s’emparer des nefs des Teleris, et lorsque ceux-ci voulurent s’opposer à leur folie, les elfes menées par Fëanor assassinèrent leurs frères, et le sang du peuple massacré coula et se mêla aux eaux de la mer. Elensinyë participa au massacre aux cotés des autres Noldors, et on dit que des larmes baignaient son visage tandis qu’elle maniait son épée, car les Teleris et leur amour de la mer avaient été chers à son cœur. Mais son bras jamais ne faiblit, car elle savait qu’au terme de ce massacre il lui serait un jour donné de revoir Emlin le Beau.

Et ainsi elle prit place à bord d’une blanche nef, et la flotte des Noldor s’élança sur la mer. Alors une noire silhouette apparut sur le dernier cap des Terres Eternelles, et certains parmi les Eldars reconnurent Mandos. Et une voix s’éleva, qui devait maudire les Noldor et les condamner au malheur. Et ce fut bien le malheur qui les frappa car Uinen, qui avait chéri les Teleris et leur amour de la mer, déchaîna contre eux des tempêtes meurtrières. Le blanc navire d’Elensinyë fut écarté du reste de la flotte, et grande fut la peur des elfes à son bord, car il leur sembla que leur navire allait sombrer. Alors Elensinyë se tint à la proue du navire, pâle silhouette dans l’obscurité de la mer déchaînée, et elle se mit à chanter, ce même chant qu’elle avait chantée en découvrant la Mer Ouverte et qui lui avait valu auprès des siens le surnom d’Earlindë, « Chant de la Mer ». Et une nouvelle fois les vagues semblèrent se figer, car Ulmo avait reconnu la voix de la belle Eldar qu’il chérissait entre tous les elfes, et il l’épargna de son courroux. Alors une immense vague souleva le navire et l’emporta au-delà de la tempête qui frappait la flotte des Noldors, seul navire à être épargné par la fureur des éléments. Et bientôt la vague se retira, et la senteur des rivages de la Terre du Milieu parvint aux elfes terrifiés. Et leur cœur s’emplit de joie, car il reconnaissait le royaume qui les avaient vu naîrte, la Terre du Milieu brillant sous les étoiles. Et leur navire avait été déposé à l’embouchure d’un grand fleuve, et ils y virent la une faveur d’Ulmo, car toutes les sources étaient son domaine. Et c’est ainsi qu’Elensinyë la belle parvint à l’embouchure du fleuve Sirion, bien avant l’arrivée des autres Noldors, qui durent subir d’innombrables épreuves avant de parvenir en ces lieux. Et pour ceux qui avaient connu Elensinyë, il devint évident que son navire avait dû sombrer au cours de la terrible tempête qui s’était abattue sur leur peuple.


Ce récit touche à sa fin. Ne restent qu'à conter les retrouvailles d'Elensinyë et d'Emlin le Beau, la mort d'Emlin, et la naissance de Thuringwethil....
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MessageSujet: Re: histoire de Thuringwethil   histoire de Thuringwethil EmptyDim 25 Mar 2007 - 22:33
La Naissance de Thuringwethil

Lorsque les marins épuisés descendirent à terre, ils s’émerveillèrent de la splendide clarté des eaux du Sirion dont le lit semblait constellé de joyaux étincelants, car dans ces eaux pures se reflétaient les étoiles. Elensinyë reconnut là le fleuve Sirion, car en Aman elle avait prêté l’oreille aux paroles de Melkor, qui sans cesse lui vantait les splendeurs de la Terre du Milieu dont les elfes avaient été spoliés. Et il lui sembla que l’Ainur avait eu envers elle des paroles pleines de bon sens et d’attentifs conseils ; et dans son esprit le souvenir de la colère d’Ossë était vif. Aussi son cœur fut pris d’un grand élan, car il lui semblait que contre toute attente, et après d’innombrables années de séparation, il lui serait possible de retrouver son aimé, Emlin le Beau. Aussi elle exhorta les elfes qui l’accompagnaient à oublier leur fatigue et à poursuivre leur périple en remontant vers les sources du Sirion.

Alors avec ceux qui l’avaient suivie, elle se dirigea vers le nord en remontant le sirion, et le murmure des eaux chères à Ulmo accompagnait leur périple. Ils évitèrent les rencontres, marchant en secret, car ils savaient que la colère des Valars les poursuivaient, et c’est ainsi que nul elfe gris n’entendit jamais parler d’eux. Enfin il arriva qu’ils pénétrèrent dans des grottes ou le sirrion s’écoulait et là ils se reposèrent, car la traversée les avait épuisés. Chemin faisant, Elensinyë s’émerveillait des échos de ce beau fleuve, et il lui semblait que nul endroit en Valinor ne pouvait égaler la sauvage et presque vierge beauté des Terres du Milieu. Et tandis qu’elle marchait, lui revenaient les paroles de Melkor, qui lui avait promis de lui enseigner maintes connaissances secrètes si elle le suivait dans son repaire secret, sa forteresse à l’abri du regard des Valars. Il lui semblait que rien ne lui serait impossible, guidée par le savoir de l’Ainur, et qu’elle pourrait même percer les secrets de la Vie, comme le lui avait promis Melkor. Et elle se voyait régnant sur d’innombrables territoires dignes de la beauté de Cuiviénen, aux cotés d’Emlin le Beau, son amant retrouvé. Et elle pourrait créer la vie, pour peupler de ses créatures magnifiques les jardins sauvages d’Arda, et elle songeait qu’elle serait une souveraine aimante pour ses créatures innocentes.

Ainsi cheminait Elensinyë, ressassant sans cesse de telles pensées ; et il arriva qu’elle ouvrit son cœur à ses compagnons de voyage. Mais ceux-ci étaient effrayés par la colère des Valars, et ils ne songeaient qu’à fuir leur courroux et se cacher de leur vue.
Et cela emplit le cœur de la femme elfe d’une rage froide, car il lui semblait que tous se liguaient contre elle, et que certains parmi eux, qui avaient été ses prétendants en Aman, conspiraient pour l’empêcher de retrouver son aimé. Et c’était là l’œuvre de Melkor, qui avait su instiller dans son esprit un amer venin. Et il arriva que les elfes s’étendirent dans les grottes du Sirion, pour se reposer de leur terrible voyage. Alors, le cœur empli de malice, Elensinyë proposa d’alléger leurs maux en chantant pour eux, et tous se réjouirent, et il y eut même des rires parmi eux, car tous savaient quelle merveilleuse chanteuse elle était. Alors, murmurant un chant, elle plongea ses compagnons dans un sommeil profond, et s’enfuit seule dans la nuit.

Elle alla vers le nord, jusqu’à la forteresse d’Angband et là se tint devant les portes de fer, et de sa belle voix semblable au murmure des eaux appela les terribles gardiens d’Angband. Et Melkor l’accueillit, car il savait en son cœur reconnaître la traîtrise. Et elle lui dit qu’elle était venue pour apprendre à façonner la vie auprès de son maître, et elle lui indiqua ou dormaient ses compagnons, qu’elle voulait lui offrir en gage de sa bonne volonté, afin de gagner ses faveurs. Alors Melkor se mit à rire, et il envoya Sauron son serviteur à la tête d’un groupe d’orcs chercher les elfes endormis. Bientôt il revint avec les elfes captifs, et Sauron se tourna vers elle. « Et nous te montreront », dit-il, « ce que nous faisons des elfes dans les puits noirs d’Angband ».

Elensinyë se dressa alors devant les Ainurs, sa peau de neige brillant comme les étoiles, et ses longs cheveux noirs et ondulés étaient comme un manteau de nuit autour d’elle. Alors elle chanta pour Melkor et Sauron, et tous deux furent charmés par sa belle voix, et tant que dura son chant, ni l’un ni l’autre ne dit mot. Et à la fin de son chant, elle prit la parole, les mots résonnant dans les vastes salle de la forteresse.

« O puissant Melkor, je suis venue pour retrouver mon aimé, Emlin le Beau, car tu m’as révélé en Aman qu’il n’était point mort, et que désormais il te servait en Angband. Et mon âme en cet instant a su que tu disais vrai, car tout puissant que tu sois, tu n’aurais pu me cacher la vérité à ce sujet car les liens qui nous unissent, lui et moi, transcendent la chair et même l’esprit. Et je te jure ceci, puissant seigneur : pour retrouver Emlin, je suis prête à te servir et à encourir la colère des Valars. Vas-tu me conduire auprès de lui ? »

Alors Melkor acquiesça, et fit signe à Sauron son serviteur de la conduire auprès de l’objet de son désir. Et resté seul sur son sombre trône, Melkor éclata de rire, car il n’aimait rien tant que de séduire et d’avilir les créatures d’Illuvatar. Elensinyë suivit Sauron au plus profond des sombres souterrains d’Angband, ou rougeoyaient de terribles fournaises. Et là, son cœur se remplit d’effroi devant ce qu’elle découvrit : des silhouettes distordues et contrefaites, difformes et horribles, mutilées, s’agitaient sous le fouet de leurs maîtres, les Valarauko que plus tard on nommerait Balrogs, et forgeaient sans relâche de terribles armes en vue de guerres terribles. Et Sauron se tourna vers elle, lui expliquant que c’étaient là les serviteurs que Melkor avait créé, « Mais », dit-il, « Les orcs que tu vois là ne sont pas sortis du néant, Melkor notre Maître a su pétrir d’habile manière la glaise que ses serviteurs lui ont ramené ». Elensinyë contemplait avec horreur les silhouettes des orcs, qui lui étaient inconnus, et Sauron se tourna vers elle avec un sourire enjôleur, lui montrant un artisan orc au dos zébré par les coups de fouets, et c’était là le plus hideux des orcs qu’il lui avait été donné de rencontrer en ce lieu de ténèbres :

« Voici celui qui pourra te renseigner sur Emlin le Beau », dit-il, « car il connaît bien ton aimé ». Et il la laissa là.

Elensinyë, surmontant sa répugnance, s’approcha doucement de l’orc, et elle vit que malgré ses mains hideuses et contrefaites, il était en train de fabriquer un métier à tisser. Et dans ce lieu de ténèbres et de maléfices, c’était là une vision surprenante, et il lui vint à l’esprit cette curieuse pensée, une pensée qui plus jamais ne la quitterait, tant resterait gravé en sa mémoire ce souvenir :

« C’est étrange comme de la souffrance peut naître la beauté ».

Alors elle posa sur l’épaule de l’orc sa douce et pâle main, et celui-ci tressaillit, comme si il s’était attendu à recevoir des coups de fouets. Et il se retourna pour faire face à Elensinyë, et celle-ci eut un haut le cœur en contempla l’ignoble amas de chairs putrides qui constituait son visage, la bouche fendue aux dents pourries qui s’entrouvrait dans un gémissement de douleur. Et elle croisa le regard de l’orc, et celui-ci avait des yeux magnifiques emplis de souffrance ; et lorsque l’orc porta son regard sur la femme elfe, son regard s’emplit d’horreur, et lors d’un fugitif instant qui sembla durer une éternité, Elensinyë reconnut le regard d’Emlin le Beau.

Alors le poids de sa trahison s’abattit sur elle, car dans ce regard elle avait saisi les terribles tourments qui avaient été infligés à celui qui avait été le plus beau des elfes, et qu’elle avait livré à l’Ombre. Alors elle brandit son épée Dangenmellyn, « Tueuse d’Amis », dont la lame avait ôté maintes vie d’elfes en Alqualondë, et la plongea dans le cœur d’Emlin. Ainsi mourut le plus beau des elfes ayant foulé les rivages de Cuiviénen, et avec sa vie se brisa tout ce qui jadis avait été innocent et bon en Elensinyë. Elle tomba à genoux en sanglotant, serrant contre elle le corps de son aimé, et le sang d’Emlin aspergea sa robe. Et elle resta longtemps ainsi, tandis que dans l’ombre Sauron épiait la femme elfe, se délectant du spectacle. Quand enfin elle se releva, son visage n’exprimait plus aucune émotion, comme si quelque chose avait été définitivement brisé en elle. Alors Sauron s’avança et la prit par la main, comme on guide un jeune enfant, et lui dit d’une douce voix :

« Viens, Dame Elfe, je vais t’apprendre ce pour quoi tu es venue : les Mots de Pouvoir qui commandent à la création »

Et Elensinyë devint l’apprentie de Sauron dans les arts ténébreux, et son esprit fut définitivement brisé par la terrible tragédie dont elle était l’auteur. Et son âme fut empoisonnée par les paroles de son Maître, et ainsi elle voulut faire connaître au monde entier la souffrance dont elle était victime, et se mit à torturer ses compagnons elfes, pour en faire des orcs grâce aux enseignements de Sauron.

Et de cette trahison envers ses frères, les eaux du Sirrion en furent témoin. Et on dit qu’Ulmo en conçut une terrible colère, lui qui avait épargné la tempête à la nef d’Elensinyë, et il la maudit en appelant sur elle la malédiction d’Eru. Et de ce jour, Elensinyë ne supporta plus le contact des eaux courantes, qui la brûlaient comme le plus ardent des feux, et elle conçut une grande peur des rivières de toutes sortes. Et elle fut prise d’une soif inextinguible, qui bientôt la tourmenta et l’aurait conduite au trépas, si Melkor ne s’était tenu à ses cotés. Et il l’entraîna dans les sombres cachots d’Angband, et lui montra une noire et vile sorcellerie qui lui permettrait d’apaiser sa soif. Et elle se mit à boire le sang des bêtes immondes qui se tortillaient dans les profondeurs, et lorsque précédée d’un chant magique, elle se glissait comme une ombre sournoise auprès des elfes captifs et torturés, ceux-ci en concevaient une grande terreur car elle venait leur prendre leur sang et ils l’appelèrent Thuringwethil, la « Femme de l’Ombre Secrète ».

Ici prend fin le récit de la naissance de celle qui fut Thuringwethil.
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