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 Le Conseil des Forges

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Hatori HanzokNombre de messages : 298
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MessageSujet: Re: Le Conseil des Forges   Sam 30 Avr 2016 - 16:04

Depuis l'esplanade de la grande terrasse, Hanzok savourait la tiédeur de la soirée. La veille, les pics alentours avaient masqué le soleil couchant et les neiges rougeoyaient comme un champ de coquelicots sauvages. En ce soir elles n'étaient que le refuge de brumes lactées qui s'écoulaient lentement sur les glaciers bleuis. L'ombre des monts s'allongea dans la plaine, violette et indistincte sur les collines précédant aux grandes barrières de roches. Il y eut aussi ces dizaines de troupeaux parcourant l'étendue au Nord. Leur masse convergea pour la hauteurs des alpages où l'air est frais et l'herbe grasse. Mais de ce splendide spectacle, le forgeron n'eut que la description faite par Pilgrim. Ses yeux, dans leur ombre obstinée, refusaient toute image qui ne soit souvenir. La lumière s'était muée en chaleur, et les moutons en figures diamantines ornant la partition de l'espace où s'essaimait le tintement des cloches dont chaque écho esquissait plus distinctement les contreforts de la montagne.

Ainsi, chaque soir, Hanzok exerçait son élève à la parole : non à la description minutieuse et précise du paysage, mais à l'alliance inédite de la parole, telle qu'un aède la pratique. Comme dans les requiems qui dissèquent et se confrontent à l’âpreté de l'existence, la création, par mille routes divergentes, révèle les mystères infinis de l'âme. C'était du secret des mots qu'était tiré ce que la plupart nommait « magie », et que nos âges ont depuis oubliée.

Lorsque l'exercice fut achevé, Pilgrim quitta les lieux à la demande de son professeur qui demeura seul à songer. Son esprit s'était tourné vers les contrées lointaines du Sud et le souvenir d'un long récital : Epixarkoïs était l'ultime témoin de cette nécessité de faire trembler l'espace de sa musique. Il pouvait évoquer les fragments d'âmes oubliées ou bien remuer le réel pour y tailler quelques formes lyriques. Certains, à son écoute, ont senti les parfums sonores emplir l'air et prendre le visage de démons en mouvements. C'est pour eux que s'est livré le naufrage de vaisseaux nuageux coulant vers l'horizon crépusculaire. Il remuait les vases phosphorescentes au son de ses gammes multicolores, suspendait l'atmosphère dans des hymnes d'étoiles damnées, perçait les ténèbres devenues incertaines. Il savait prononcer la folie extraordinaire de ces mythes furieux accrochées au ciel dans l'or des grappes vaporeuses. Il blasphémait le calme du temps, lovant à l'orée des tympans de grands anneaux de flammes violettes. Au sommet des montagnes résonnent encore l'écho lointain de son souffle, comme jaillit de la terre elle même. Et dans ses traces s'écoulent les avalanches saturées d'abstractions et le souvenir d'une grande copulation entre cet homme et la musique. C'est comme une lame éolienne qui modèle l'espace et presse un peu plus le temps. Une architecture sauvage, rongée de flots électriques, rampe, tendue vers les astres fauves.

Hanzok songea à sa rencontre avec Epixarkoïs, à sa patrie, petit village où demeuraient encore les siens, cocagne apaisante, où l'unique soif d'or était repue dans un lac, là où les ombres n'étaient plus que des fils dansant dans le glissement des barques sur le ciel. se déformait et balançait ses nuages obèses, abîmes inconsistants, filtre solaire. Il aimait le firmament, cloîtré entre un chaos luxuriant et l'absence grise et diluée des moussons, vastes lourdeurs étouffantes ; l'ivresse ambiante qui brouillait les sens jusqu'à les liquéfier ; ses fleurs lacustres, plus éclatantes, gribouillés de dorures ; ses plantes aquatiques, les algues bleues et les lotus pâlichons ; les barques aux flancs pourris.

L'air avait fraîchit. Hatori frissonna et abandonna ses rêveries. Il se couvrit de la large fourrure qu'une broche d'argent retenait à son épaule et gagna les escaliers en colimaçon qui plongeaient jusqu’au tréfonds des forges. Il était temps à présent de reprendre l'étude des alliages, de consigner les propriétés de chaque tentative, fructueuse ou non, d'en confronter les résultats, méticuleusement, et d'en tirer des hypothèses que l'on soumettait à de nouvelles épreuves, aux protocoles plus téméraires encore.


Dernière édition par Hatori Hanzok le Mar 12 Juin 2018 - 18:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Le Conseil des Forges   Sam 9 Juil 2016 - 22:13
Hanzok se promenait entre les galeries de la Grande Bibliothèque sans objectif réel. Son instinct déciderait. Le vénérable forgeron aimait parfois flâner ainsi. Pilgrim le guidait, l'agrippant par le poignet, et lui rappelait sans cesse le thème du rayonnage traversé, ainsi que les auteurs dont il parvenait à lire précipitamment le nom. C'était là une chose inutile pour la simple raison, que l'Archiforgeron avait lui même constitué une grande partie de cette bibliothèque qu'il connaissait comme sa plus intime demeure, rapportant de ses voyages nombres de précieux manuscrits, et composant lui même prêt d'une vingtaine de traités rien que pour l'art des runes et des cirth.

Il n'était plus que deux lieux qui accueillissent la présence de Saul : les archives, où son élève Milos lui faisait à voix basse la lecture de parchemins plus vieux que bien des ruines, et sa cellule de pierre froide de laquelle on embrassait le panorama de la vallée. Ce n'était cependant plus un point de vue mais un point d'écoute où le vénérable astronome aspirait ses dernières heures de partage avec le monde. Peu à peu, il s'était résigné à l'extinction proche que réserve toute naissance. Dans ces dernières heures de lutte âpre, il profitait du moindre instant pour faire vibrer d'une ultime clarté son âme brillante.
Chaque jour avait son étude minutieuse des propriétés polysémiques d'une certh de Daeron ou d'une rune de l'Angerthas Moria. Sa mémoire n'avait rien perdu de sa valeur. Tel un empereur, il arpentait ses pans de galeries où s'étirait les souvenirs les plus minutieux qu'il avait ordonné selon la méthode de l’École des Vénérables d'Ered Mithrin. Les enseignements de ses maîtres étaient demeurés intacts et il leur avait superposé et adjoint l'entremêlement de la logique, produisant de plus grands savoirs qu'il avait consigné dans des codex du Collège. À chaque nouvelle lune, il convoquait Milos et lui dictait les résultat de ses observations mensuelles.
Ainsi, il asseyait le crépuscule de son règne sur les forgerons. Il se rappelait les prières qu'il avait adressé à Aulë, le suppliant de lui rendre la vue. Puis il avait maudit son nom avant de se résigner. Dès lors il avait fait le projet d'une nouvelle conquête, intérieure et plus intime. C'est alors que furent établies les tables alchimiques, dites Liaisons de Hanzok. Elle compile l'art des runes et des métaux en de longs traités rigoureux sans la moindre négligence et traite de l'usage des orbes à cirth, des alliages multiples, ou des tissages composites. L'astronome y révèle la confection des d'ombres holographiques (qui possèdent un système de leurre) qui masquent leur porteur et la fabrication des boucliers réfractaires.

Un matin de printemps pluvieux, on annonça l'approche de deux cavaliers. Ils chevauchaient à flanc de colline et empruntèrent bientôt le sentier du Collège. Leur allure faiblit et ils gravirent peu à peu la pente abrupte qui menait jusqu'au Conseil des Forges dont l'épaisse masure se détachait au sommet d'un éperon rocheux. L'observatoire fortifié était le siège de bien des Savoirs et sa garde vigilante amena deux sentinelles à se mettre en travers de la route des deux cavaliers. On leur fit mettre pied à terre, et à leur demande ils furent menés à Hatori Hanzok qui les accueillit dans une chapelle de granit taillée à même l'éperon et dont une large lucarne laissait entrer un puissant rayon de soleil frappant de son cercle doré le sol tapissé de pierre.
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