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 La dernière bataille de Toranur et de la Ière, IV et V Legion angmarienne

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ToranurNombre de messages : 1366
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Toranur
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MessageSujet: La dernière bataille de Toranur et de la Ière, IV et V Legion angmarienne   La dernière bataille de Toranur et de la Ière, IV et V Legion angmarienne EmptyLun 14 Oct 2013 - 23:18
Il n'avait pas remarqué jusque là, mais l'aube commençait à pointer. Bien que dans ce coin maudit la différence entre la nuit et le jour fut presqu'impalpable, le moindre changement de luminosité avait le même effet qu'un bon bain sur son organisme. Et dans sa situation présente, le ventre torturé par la faim, les lèvres craquelées par la déshydratation, les membres usés par une lutte d'une nuit, ce faible soleil à l'horizon ressemblait à une bénédiction. Ôtant son casque, il secoua ses cheveux collés par la dernière goutte d'humidité restant dans son organisme et apprécia la faible brise accompagnant l'aube. Les yeux fermés, il goûta ce plaisir bientôt fini d'être en vie.
Mais le goût âcre des cendres, l'odeur pestilentielle des viscères relâchées et celle pire des orcs autour de lui, mêlés à leurs criaillements l'obligea à ouvrir les yeux. Ses deux derniers hommes venaient de rendre l'âme et si les orcs ne l'avaient pas encore assailli, c'est qu'une sorte de crainte superstitieuse les retenait à la vue de l'immondice de cadavre qui entourait l'ancien maréchal du Mordor, roi d'Angmar et prince-consort de l'Empire de l'Ouisetrenesse. Combien tous ces titres paraissaient inutiles en cet instant ! Car Toranur le savait, sa dernière heure était proche. Comme il l'avait toujours su, sa mort se faisait sur un champ de bataille, un mur de cadavres l'accompagnant au Valhalla.
Se débarrassant des ruines de son écu, il saisit son épée bâtarde à deux mains, une précieuse lame forgée par l'Archiforgeron Hatori-Hanzok, et embrassant une dernière fois le reliquaire contenant la boucle de cheveux de son épouse disparue, il chargea les orcs encore hésitant, sa voix de stentor résonnant une dernière fois sur le champ de bataille :


« Quelle belle heure pour mourir ! »

D'un mouvement de sa lame, il se fraya un espace suffisant pour s'engager de deux pas. Bloquant un coup de lance maladroit, sa contre-attaque fit tomber deux orcs à terre. Faisant un nouveau pas en avant, il sentit qu'un coup lui était porté dans le dos. Mais son armure fit dévier la rudimentaire masse et sans se retourner, il continua son œuvre de mort, tranchant un bras adverse, assommant d'un coup de coude un orc et en embrochant un dernier. Ce geste n'était sans doute pas le plus approprié, car les précieuses secondes qu'il perdit à retirer sa lame furent mises à profit par les autres qui, profitant de son immobilisation momentanée, cherchèrent à le larder de coup. Si son armure en absorba une partie, son fluide vitale se mit de nouveau à couler par quelques blessures ; Mais cela ne l'arrêta pas. Il était trop tôt encore. Son épée libérée, un cercle s'ouvrit devant lui et enjambant les cadavres, il continua son avancée. De cette manière, il réussit à faire encore cinq pas avant de devoir mettre un genoux à terre sous la violence d'un coup de hache porté par derrière. Le souffle coupé, Toranur réussit à trouver un regain d'énergie et l'épée dans sa main flamboya à nouveau, lui permettant de se relever. Dans sa lancée, il réussit à accomplir trois pas supplémentaire. Mais une seconde fois, une jambe le trahit, un orc plus lâche ou plus malin que les autres (chez cette espèce, les deux qualités se conjuguent souvent), ayant cherché à trancher le tendon de son genoux gauche. La lame n'avait pas pénétré suffisamment loin, mais ajouté à la faiblesse de l'homme, cela avait suffit à le faire vaciller. Mais une fois encore, l'arme de Toranur s'agita et sur les cadavres nouvellement créés, le souverain d'Angmar réussit à se remettre et à faire trois pas supplémentaire. Mais cette fois, ce fut ses derniers... Car s'ouvrant devant lui, les rangs orcs laissèrent apparaître un troll monstrueux. Le souffle court, affaibli par des heures de combat et la mal-nutrition, pressé par les orcs, Toranur ne réussit pas à esquiver le formidable coup de masse du monstre. Dans un dernier réflexe, il contra le coup de massue formidable. Sous la violence du choc, il sentit ses bras se fracturer, son corps plier et dans un formidable hurlement de souffrance, son esprit sombra, non sans emporter avec lui l'image de la formidable forteresse d'Angband à l'horizon...

________________

Trois jours plus tôt, deux semaines après le départ du Mur.

« Toutes mes excuses pour t'avoir traité de fou Hoffnar, il semblerait que tu aies raison... »

Les yeux fixés au sol sur les empreintes de pas d'une formidable colonne d'acier, Toranur se sentait proche du désespoir. Lorsque son éclaireur la veille était venu lui dire que le corps d'armée principal conduit par l'Impératrice avait disparu devant ses yeux, il n'en avait rien cru et avait manqué faire fouetter l'intéressé. Mais devant l'évidence des preuves, il était impossible de douter désormais. Les éclaireurs envoyés dans toutes les directions n'avaient rien relevé et devant le souverain d'Angmar, les empreintes du déplacement de l'armée de l'Impératrice cessaient brusquement pour ne réapparaître nulle part à des kilomètres à la ronde. Quelle que soit la magie utilisée par l'ennemi, cette dernière avait été assez puissante pour rayer de la carte une armée forte de 100.000 hommes avec armes et bagages en un instant.
Secouant la tête avec énergie, comme s'il cherchait à s'éveiller d'un mauvais songe, Toranur s'adressa à son aide de camp :


« Faîtes reposer les hommes, envoyez des éclaireurs voir où en sont les deux autres Legions puis convoquez les officiers. »

L'aide de camp salua et partit au galop exécuter les ordres tandis que Toranur, les yeux secs, le front barré, s'insultait dans toutes les langues qu'il connaissait de son imbécillité. C'était lui qui, après le succès de la première bataille, avait insisté pour séparer ses Legions de l'ost impérial. Il avait argué que cette colonne d'acier était trop lente pour mener efficacement les premiers objectifs de cette mission : détruire les trous d'orcs. Que ses Legions étaient des corps autonomes capable de se déplacer rapidement et de faire face à n'importe quelle situation, tout en restant suffisamment proche de l'armée impériale pour faire retraite si le besoin s'en faisait sentir. En laissant les bagages avec l'ost principal, les Legions seraient même plus rapides, tout en les obligeant à rester proche du corps principal et tant d'autres raisons du même acabit. La Dame de fer en avait vite saisi tous les avantages et avait donné son accord, et Toranur, se sentant étouffé dans l'atmosphère lourde de la poussière dégagée par le pas cadencé de cette colonne immense, avait sollicité la permission d'accompagner une de ses Legions dans ses excursions. Et tout ça pour quels résultats ? Quelques trous orcs exterminés, tout cet ouvrage pour qu'à l'heure du danger, lui ,qui avait juré de défendre de son corps et de sa vie l'Impératrice, soit absent... Melkor seul savait désormais ce qu'il était advenu de Thaïs et de tous ses hommes . Il devait bien rire désormais du désespoir de Toranur du haut de son trône. Car tout aussi grave, son armée n'avait plus ni eau, ni nourriture dans un territoire hostile où toute vie semblait avoir disparue. Retourner en arrière, c'était la mort par la soif assurée, aller de l'avant, c'était mourir aussi.
Il fut tiré de ses pensées par ses principaux officiers qui s'étaient rassemblés non loin de lui et se tenaient silencieux, attendant que leur chef s'adresse à eux. Il retourna vers eux, et essayant de retrouver un peu de sa superbe, il leur annonça la voix calme :


« Messieurs, comme moi, je pense que la situation vous est apparue clairement. Nous aurions dû aujourd'hui retrouver l'armée de l'Impératrice et le précieux convoi de vivres qui l'accompagnait. Sa disparition nous laisse sans eau ni nourriture à plus d'une semaine du Mur et les points d'eau rencontrés en chemin sont soit trop empoisonnés pour nous ravitailler, soit déjà vidés par notre passage. Nos perspectives m'apparaissent bien sombres et je ne vois malheureusement qu'un seul moyen de nous en sortir. Ce moyen, c'est avancer encore. Mais avant de vous y contraindre, j'aimerais qu'en votre âme et conscience, chacun d'entre vous m'exprime son avis. »

Au début, ce ne fut qu'un silence embarrassé qui lui répondit. Puis, l'un commençant, à chacun de s'enhardir et diverses propositions furent débattues entre les officiers. Chacun d'entre eux essayait vainement de trouver une position qui les sauverait du désastre dans lequel se trouvait l'armée, mais tout comme Toranur, il se heurtait à un plafond de verre impossible à traverser. Leur souverain s'abstint d'intervenir mais son regard suffisait à faire comprendre qu'il ne perdait pas une miette de ce qui se disait. Qui l'eut observé attentivement eut peut être remarqué de la lassitude dans son regard, mais sans pouvoir en être certain. En effet, maintenant qu'il avait accepté le sort de son armée, Toranur savait qu'il n'y avait plus à reculer et en quelque sorte, il avait hâte de provoquer son destin. Pris d'une sombre détermination, il se sentait près à accepter la mort. Après ce long amollissement sur le trône, il retrouvait à l'heure de la défaite tout son incroyable détachement de la vie... Levant soudainement la main, il interrompit les discussions en cours et dit simplement :

« Merci pour vos réflexions. Rassemblez maintenant les hommes. Je veux leur parler. »

Saluant respectueusement, les officiers coururent rassembler les soldats et les disposer en bon ordre afin d'écouter leur souverain. En quelques minutes, la plaine dévastée qui retentissait des échos de centaines d'hommes en armes redevint silencieuse. Les rangées de chair, de cuir et d'acier étaient prêtes à écouter leur commandant. A pieds, Toranur commença à circuler lentement dans les rangs, d'abord silencieusement. Puis soudain, sa voix s'éleva forte et claire :


« Soldats, l'Impératrice ne nous a pas abandonné. Si son armée n'est plus en vue, c'est non pas qu'elle a fuie, mais qu'elle est en butte à une bataille plus terrible sans doute que nous n'avons jamais vécu. Car une telle disparition ne peut signifier qu'une chose, c'est que Morgoth s'est levé de son trône et affronte sans doute en ce moment même notre précieuse Dame de Fer. Le devoir, que dis-je, notre honneur ! nous commande de lui porter secours, de continuer notre marche vers la terrible forteresse d'Angband et de livrer bataille contre les terribles hordes qui voudraient nous empêcher d'affronter leur maître. Je sais que certains d'entre vous se sentent maintenant seuls, désarmés, désemparés, effrayés peut être... Mais nous sommes des Angmariens, des hommes nés de la rencontre du feu et de l'acier. Seuls, nous pouvons faire preuve de faiblesse, mais ensemble, nous sommes invincibles. Par notre union, nous devenons une armée de légende capable de renverser la marche du destin. L'Ennemi croit nous faire reculer en nous privant d'eau et de nourriture ? Fadaises, il ne fait que nous confirmer dans notre marche. Reculer, c'est mourir, s'arrêter, c'est aussi mourir. Que nous reste-t-il ? La marche en avant. Alors, soldats d'Angmar, une fois encore je vais faire appel à votre sens du sacrifice, à votre dévouement pour la victoire. Nous n'abandonnerons pas l'objectif qui a commandé cette campagne. Une fois réuni aux deux autres Legions, qui ont du échapper à la magie de l'Ennemi, et abandonné notre superflu, nous nous porterons en avant vers la guerre et la gloire. Nous nous battrons pour l'honneur et la légende, mais surtout, nous vaincrons pour vivre ! »

A ce moment du discours, Toranur était arrivé au centre du dispositif et nul doute que chacun avait entendu ses dernières phrases. Mais contrairement à d'habitude, nul cri d'acclamation ne fut poussé. Seul le silence de la résignation et du désespoir lui fit écho. Cette nuit, les hommes chercheraient à fuir et à braver individuellement leur destin. Toranur ne pouvait vraiment les blâmer, mais il considérait cette réaction instinctive pour ce qu'elle était : une pulsion irrationnelle qui ne sauverait personne... Se remettant en marche, il reprit :

« Dans deux heures, nous reprendrons la route. D'ici là, vous vous débarrasserez de tout ce que vous jugerez superflu au sein de votre équipement. Seule consigne, je veux que vous conserviez avec vous votre glaive et votre bouclier, le reste, c'est votre affaire. Les cuisiniers de chaque centurie devront récolter l'eau et la nourriture restante afin qu'elle soit équitablement partagée entre les soldats. Exceptionnellement, les officiers, bien que derniers servis, ne bénéficieront pas de leur ration supplémentaire. Les uskarls devront sacrifier eux même leurs montures afin de laisser le fourrage restants à nos Kosaks et la viande de leur chevaux serviront à nourrir Wargs et hommes de la Legion. Vous connaissez le règlement sur le vol, désertion et refus d'obéir, maintenant, je vous laisse à vos consciences... »

Ce ne fut qu'une fois que Toranur fut sorti du cercle de son armée que les officiers ordonnèrent de rompre la formation et d'exécuter les instructions données. Maintenant, il ne restait à Toranur plus qu'à réaliser une tâche bien pénible... D'un pas lent, il se dirigea vers son écuyer et son magnifique destrier. Ce dernier, présent de l'Impératrice, avait été une digne monture de l'ancien maréchal du Mordor. Féroce et disciplinée, elle avait été l'orgueil du souverain d'Angmar. Mais aujourd'hui, le destrier devait mourir pour que vive les Legions perdues d'Angmar... Le fier cheval leva majestueusement sa tête à l'approche de Toranur, mais, comme s'il sentait que quelque chose n'allait pas, il ne bougea pas plus. Arrivé près de lui, Toranur hésita un instant, puis, se reprenant, il demanda à son écuyer de lui donner sa masse d'arme. Ce dernier, bien qu'étonné, obéit promptement et tendit à son souverain l'objet demandé. Le saisissant à deux mains, Toranur l'abattit alors avec violence sur son cheval, pile entre les deux yeux. L'animal mourut alors sur le coup sans que son sang ne jaillisse à gros bouillon.

« Fais venir un cuisinier afin qu'il égorge bien proprement ce cadavre et recueille soigneusement le sang. Nous risquons d'en avoir besoin bien trop tôt. »

Deux heures plus tard, comme prévu, les trois Legions angmariennes étaient unies en un seul corps, les provisions mutualisées et mises sous la garde des Unstergivens et se mirent en marche, abandonnant derrière elles des monceaux d'équipements militaires divers. Quelques heures après, le signal de la halte pour la nuit fut donné et l'on distribua les maigres provisions qu'il était possible de donner, c'est à dire que le sang avait remplacé l'eau et la viande crue le pain...En contemplant les visages mornes qui l'entouraient, Toranur se répéta sa réflexion de l'après-midi. Beaucoup d'hommes manqueraient à l'appel demain, mais il n'y avait rien à faire contre ça. La seule chose qu'il pouvait, c'était mettre des hommes sûrs devant les provisions. Heureusement qu'il avait ses Unstergivens. Dans cette situation, Toranur n'était même pas sur de ses propres officiers. Mais sa Garde Personnelle était là et il croyait en elle. Chacun de ses membres avaient traversé l'Enfer pour le rejoindre. Il avait foi qu'elle ne le trahirait pas.

Cela lui rappela Alaryc, son Oberkommissar. Ce dernier aussi avait vécu une telle aventure. Perdu au Rhùn dans une guerre qui le dépassait, il avait su maintenir intacte les armées placées sous sa garde. Mais Toranur, le souverain et l'idole d'un royaume, pourrait-il faire aussi bien face à l'anéantissement qui menaçait ses hommes ? Rien n'était moins sur... Il faudrait veiller à prévenir l'Oberkommissar de cette débâcle. Le royaume était plus important que la destinée de son roi et rien ne menace plus les fondements d'un Etat que l'incertitude autour du sort de son chef. Tout ce que Toranur avait bâti ne devait pas disparaître avec lui, sinon, il aurait tout perdu : sa dernière bataille, son épouse, ses serments et ses sujets... Quel triste bilan pour un homme comme lui ! Mais en ces dernières heures, le souverain d'Angmar semblait retrouver la philosophie et le détachement de ses jeunes années sous les étoiles. En cet instant, ces dernières, dissimulées par un lourd nuage de fumée, lui manquaient bien plus qu'un bon repas ou le confort de son palais. Maintenant que sa mort était actée, Toranur n'avait plus qu'un seul objectif : transformer sa défaite en légende, devenir le nouveau Krell de l'Empire de l'Ouisetrenesse. Aussi, dédaignant le maigre repas devant lui, il quitta sa position assise pour aller trouver un de ses Unstergivens. Karl Urdnot était son meilleur éclaireur, un homme capable de trouver son chemin au sein de la plus complexe des forêts dans la nuit noire sans se tromper, un homme doué. La quarantaine passé, c'était un homme de valeur qui avait plus d'une fois prouvé sa compétence et sa loyauté. Si un homme était capable de mener à bien la mission à laquelle pensait Toranur, c'était bien Karl.
Avec un bagage allégé, il avait été difficile de transporter de quoi faire un feu et une obscurité très sombre régnait sur le camp étrangement silencieux au vu de la grande concentration d'hommes présents sur un si petit espace. Aussi, Toranur mit-il un peu de temps à trouver son éclaireur qui, tentant l'adage « qui dort, dîne », n'avait pas cherché à commenter les événements de la journée avec ses camarades. Sans respect pour le sommeil de son soldat, Toranur secoua le Kosak qui se releva presqu'aussitôt, le regard mauvais avant de se rendre compte à qui il avait affaire. Sans perdre de temps, le souverain d'Angmar lui exposa le but de sa visite :


« Il est probable qu'il n'y ait pas plus d'eau devant nous que derrière nous Karl. Les Legions sont condamnées et je ne peux rien y faire, rien excepté donner du sens à cette fin... »

A ce moment, Toranur prit une grande inspiration tandis que les yeux écarquillés de surprise, Karl attendait la suite.

« J'ai besoin que quelqu'un rapporte ce que nous avons fait jusque là et le destin que nous avons choisi. J'ai besoin que tu ailles porter deux récits en Angmar. Le premier sera destiné à la seule personne de l'Oberkommissar et à lui seul. Tu lui raconteras tout ce que tu as vu jusqu'à présent. Nos marches, nos batailles, nos victoires... et puis cette disparition et enfin la décision que j'ai prise d'avancer. Le second récit, tu le créeras avec lui. Alaryc est un homme sage, il saura transformer notre récit en légende grâce à ton aide. Ainsi, chacun des hommes partis avec moi ne sera pas oublié... »

La voix du souverain retomba tandis qu'abasourdi, Karl ne disait toujours mot.

« Prélève ce que tu penses nécessaire à ton voyage sur nos stocks et soit parti avant le lever du camp. Tous doivent croire que tu as déserté avec les autres. »

Retrouvant soudain l'usage de la parole, déstabilisé par l'incrédulité devant un tel ordre, honteux de se sentir soulagé d'avoir droit à l'espoir et effrayé d'avoir déplu, Karl saisit le bras de Toranur qui s'était relevé :


« Ai-je donc tant démérité, Sire, que vous me refusiez de mourir au milieu de mes frères ? Que vous m'obligiez à vivre avec la honte de fuir ? »

Son supérieur le regarda avec tendresse. Qu'avait-il donc fait pour mériter autant de dévouement et d'attachement de la part de géants pareils ? Détachant doucement les doigts qui continuaient de lui couper la circulation, Toranur dit tout doucement :


« C'est un ordre Karl, une ardente obligation qui doit te faire vivre jusqu'à ce que la mission soit terminée. Après, tu seras libre, libre de vivre... ou de nous rejoindre... »

Et sur ces derniers mots, Toranur s'enfonça dans l'obscurité, laissant son soldat abasourdi. Il savait que ce dernier obéirait, les Unstergivens ne savaient pas désobéir. Alors quand l'instinct de survie allait dans le sens d'un ordre...

Quelques heures plus tard, ce fut des hommes maussades qui se levèrent. Comme Toranur l'avait prévu, des hommes avaient fui. Mais de manière surprenante,il n'y en avait pas tant que ça. A peine quelques dizaines d'hommes. En même temps, déserter demandait une certaine forme de courage car c'était quitter la zone confortable de l'obéissance pour chercher à survivre par ses propres moyens. Et comment survivre dans de telles terres ? Le désespoir était tel dans l'armée que même la perspective de tenter sa chance seul n'attirait pas les hommes. C'est donc d'un pas pesant, sans enthousiasme, mais toujours discipliné, que les Legions continuèrent leur marche. A la nuit, les dernières réserves d'eau et de sang étaient terminées et il fallut se résoudre à abattre les wargs des Reiterei et une partie des montures des Kosaks. Cette nuit là, il n'y eut pas de désertion, mais quelques dizaines d'hommes cherchèrent à se donner la mort, acte le plus infâme pour un guerrier. Mais quand les officiers ordonnèrent de continuer à marcher le lendemain, les soldats obéirent, trouvant leur dernier reste de réconfort dans la proximité de leurs unités. Durant la journée de marche, les plus faibles tombèrent d'inanition ou de soif, incapables de se relever tandis que leurs camarades, impuissants et toute étincelle de vie éteinte dans le regard, les dépassèrent sans rien faire. Les formidables Legions Angmariennes à la cohésion si solide s'effritaient, et même la silhouette menaçante de l'Angband à l'horizon ne réussissait pas à insuffler la moindre énergie. Pourtant, c'était le signe qu'il y avait de l'eau et de la nourriture pas loin. Mais pour l'obtenir, par quels obstacles faudraient-ils passer ?
La seule étincelle d'énergie et de volonté au milieu de cette apathie provenait de leur souverain. A pied depuis qu'il avait été le premier à sacrifier sa monture, Toranur cheminait aux côtés de ses hommes. Tantôt en tête, tantôt à l'arrière, entouré de ses officiers ou seuls au sein d'une unité, il semblait partout à la fois et insensible au désespoir. Ayant conservé son plastron sur lequel la moindre étincelle de luminosité venait rayonner, le terrible roi d'Angmar était devenu le roc sur lequel reposait les dernières flammes de vie et de courage de l'armée. Partout où il apparaissait, les hommes se redressaient, les sourires illuminaient les faces et si jamais Toranur ne parlait d'espoir où de victoire, les soldats se sentaient redevenir des hommes fiers et courageux, dignes des meilleurs légendes. Mais ce regain n'avait qu'un temps, les hommes relevés retombaient au sol dans l'indifférence de leurs camarades, les sourires disparaissaient et les corps ployaient de nouveau sous le désespoir une fois Toranur disparu de leurs regards.
Aussi, le lendemain, lorsqu'après une journée de marche elles arrivèrent à proximité de la monumentale forteresse d'Angband, les terribles Legions d'Angmar n'étaient plus que le spectre de ce qu'elles avaient été. Des 4.000 hommes fiers, disciplinés et redoutablement équipés, un quart reposait désormais sur les plaines désolées d'Ard-Galen, la moitié des survivants tenait à peine debout et le reste avait perdu tout courage. Quand à l'équipement, il avait été abandonné. Seule perdurait la discipline et la cohésion, derniers vestiges des formidables machines de guerre angmariennes qu'avait réussi à conserver jalousement Toranur durant ces trois derniers jours.

Sous l'impulsion de leurs officiers, les Angmariens se mirent en position pour livrer leur ultime affrontement. A 3.000 contre au moins dix fois ce nombre, aucun stratagème, aucune ruse ou tactique n'était envisageable. Formant un immense triangle (subdivisé en autant de flèches que de centuries) dont la pointe était dirigée vers l'Angband, les hommes étaient désormais prêts à courir au massacre. Sans armures, sans machines de guerre, sans cavalerie et sans musique, le combat n'aurait aucun panache, juste la formidable puissance de deux masses entrant en collision l'une avec l'autre et les gloires et tragédies individuelles. Toranur songeait à tout cela tandis que d'un pas lent, les hommes se mettaient en formation. Désormais, quels mots dire à ces compagnons d'armes ? A ces hommes qui, arrachés à leurs foyers, étaient venus mourir en pure perte ici ? Il n'y avait rien à dire, rien qui puisse les faire espérer. Rien que la mort et le néant...


« Soldats, voici venu notre dernière bataille. De ces batailles dont l'histoire a le secret et qui nous interroge : mais pourquoi sont-ils venus ici, là où il n'y a que la mort et le désespoir ? Nous étions venus pour vaincre et aujourd'hui, nous allons périr. Nous ne pouvons fuir cet anéantissement proche, combien même nous le voudrions. Mais il y a une dernière chose que nous pouvons faire, un dernier acte qui donne sens à notre démarche. L'Ennemi le plus formidable qui soit se terre derrière ses murailles, assuré qu'il n'a rien à craindre de nous. Et bien je ne désire rien de plus que le détromper. Aujourd'hui, je veux que ma mort frappe d'effroi nos ennemis, je veux que le doute s'insuffle dans leurs esprits. Je veux que le sillon de sang que nous tracerons au milieu des lignes adverses marque à jamais les esprits. Le jour où ces immondices marcheront sur le Mur et nos foyers, ils faut que la simple vue des bannières Angmariennes les pétrifie de terreur et qu'ils réfléchissent à ce moment où 3.000 hommes affaiblis et déguenillés auront fait un carnage des leurs. Voilà mon ultime désir et je sais que vous ne me laisserez pas seul le réaliser. Soldats d'Angmar, en avant vers la mort et la ruine. Et que la nuit soit rouge ! »

Et, lançant le signal du départ, Toranur, bouclier à bouclier avec ses Unstergivens, marcha vers l'Ennemi. Son porte-étendard leva haut les couleurs de l'Angmar et les soldats d'élite du souverain firent retentir le rythme de marche sur leur bouclier. Cet exemple fut alors imité par l'ensemble des formations angmariennes et la plaine retentit bientôt du bruit des bannières claquant au vent, des bottes remuant la cendre et du fer des armes frappant les boucliers de bois. Même la barbare musique orc d'en face n'arrivait pas à faire taire cette symphonie martiale d'hommes marchant à leur destruction. Les deux armées s'avancèrent l'une sur l'autre et parvenu à deux cent mètres l'une de l'autre, les rythmes s'accélérèrent et c'est en courant l'une sur l'autre que les deux armées parcoururent les derniers mètres.
La tactique des orcs étaient tout aussi primaire que celle des Angmariens. Encercler leurs ennemis et les tailler en pièce. Ce qui n'était pas prévu, c'est que le coin angmarien s'enfoncent aussi loin dans les lignes ennemies. L'encerclement fut ainsi plus rapide, mais le cordon séparant les Legion de la forteresse d'Angband était aussi moins important... Se sachant condamnés, les soldats d'Angmar se battaient avec une fougue et une rage dont aucun d'entre eux ne se serait cru capable. Envolé le poids pesant du désespoir, oublié la soif et la fatigue, tous n'étaient plus obnubilé que par un seul but : atteindre le pied des murailles d'Angband...
En formation serrée, protégés par le boucliers de leurs camarades et portés par la puissance de leur discipline, les soldats d'Angmar traçait un sillon sanglant. Au début, emportés par l'élan, ils avaient réussi à bousculer les fragiles formations orcs et avaient ainsi pu continuer leur course sur quelques mètres. Mais, les orcs restants malgré tout plus nombreux, la course avait perdu de sa rapidité et à la fougue du début avait succédé la mécanique implacable de la discipline. Les triangles angmariens avançaient désormais à un pas presque cadencé : dès que les rangs de boucliers s'ouvraient, les rangs orcs s'effondraient, permettant aux angmariens d'avancer d'un pas. Une pause, ouverture des boucliers, des morts, un pas en avant... Mais cette apparente mécanique n'était pas sans coût. A chaque pas en avant, des soldats tombaient et, blessés ou morts, nul ne pouvait les secourir. Et pour chaque mètre, la fatigue et la soif un instant oubliées, revenaient hantées plus fortement les hommes. Petit à petit, les formation se clairsemaient et l'avancée se ralentissait insensiblement. Puis vint ce moment fatidique où il ne fut plus possible de marcher en avant. Les dernières dizaines d'Angmariens, pressés de toutes parts, s'immobilisèrent et resserrant une dernière fois leurs boucliers l'un sur l'autre, les derniers soldats encore debout délivrèrent leur ultime bravade à la mort. Levant haut les deux dernières bannières conservées, ils vendirent chèrement leur peau. Bientôt, il n'en resta plus que vingt, puis dix, puis sept, puis trois, et qu'un seul. Toranur eut aimé ne pas assister à l'extinction de son armée, mais les dieux de la guerre en avaient décidés autrement et c'est ainsi qu'il eut le loisir de contempler son ultime échec : la forteresse d'Angband à quelques dizaines de rangs orcs seulement, restaient inviolées...


_________________

C'était donc ça la mort ? C'était bien doux... Revivre éternellement ce souvenir, il y avait peut être plus mal. Seul avec l'Impératrice, après leur brillante victoire, l'adrénaline coulant encore dans leur sang, Toranur avait vécu la plus belle nuit d'amour possible. C'était comme si ce corps souple et chaud contre le sien avait été conçu pour se fondre en lui.
Soudain, le songe changea. Enfin, plus exactement, le souvenir suivit juste la marche du temps jusqu'au lendemain. Mais pourquoi après une telle expérience l'avait-elle rejeté ? Pourquoi s'était-elle montré aussi froide que les premiers jours ? Oui, il n'avait su se contenir, mais il n'avait pas eu l'impression qu'elle lui avait offert trop de résistance. Si faute il y avait eu, n'était-elle pas partagée ? Pourtant, il s'était senti honteux, gêné face au regard glacé de la Dame de Fer et il avait proposé de nouveau son idée de scinder les Legions angmariennes du corps d'armée principal. Cette fois, elle avait accepté, et c'est en le congédiant qu'elle avait agréé à ce qu'il mène lui même ses armées. Contrairement aux mois précédents où ils ne s'étaient pas séparés que sous l'appel du devoir, elle l'avait chassé. Oh, cette disgrâce après un tel honneur était incompréhensible ! Pourquoi avait-elle agi comme cela ? Remarque, cela n'avait plus d'importance, après tout, il était mort...

Toranur fut brutalement réveillé par un seau d'eau glacée sur son corps nu allongé. Il poussa un cri de surprise malgré lui et repris à regret conscience. Les poignets et les pieds liés, il était étendu sur une table de bois dans une pièce petite et basse de plafond, très sombre malgré les quelques torches allumées de-ci de-là. En face de lui, un orc hideux à la face largement étirée par un sourire de joie cruelle tenait un seau de bois qui avait du contenir l'eau désormais ruisselante sur le corps nu de l'ancien souverain d'Angmar. Une douloureuse vérité se fraya un chemin dans l'esprit de Toranur. Il n'était pas mort. Même cet acte là il n'avait pas réussi à le faire. Il était prisonnier, et prisonnier de l'être le plus puissant et le plus cruel de cette terre. Melkor lui même. Aucun doute n'était possible, si ce cachot aurait pu être celui de n'importe quelle forteresse orc, quelque chose se dégageait des murs, une aura maléfique et puissante comme seule l'Angband ou Barad-Ûr pouvait produire. Ses poils hérissés par le froid connurent une nouvelle croissance avec une terreur animale qui se répandit en lui.
Et ce fut bien pire lorsqu'il entendit une porte s'ouvrir dans son dos tandis que les flammes vacillaient sous l'effet du courant d'air. Il est impossible de rendre compte de la frayeur qui agitait en cet instant Toranur. Car en un instant, le cachot vide s'était rempli d'une nuée de personnages aux sourires machiavéliques qui observaient avec jubilation Toranur. Ils étaient tous là, pas un ne manquait à l'appel. Au premier chef, la Bouche de Sauron, ce père cruel et sanguinaire que Toranur avait craint et haï toute sa vie, il y avait ces deux orcs qui l'avaient kidnappé étant enfant et manqué le dévorer, ne manquait pas à l'appel Glorfinda, la première femme qu'il avait violé, ni même Athelaïs, cette sorcière qui avait manqué lui ôter sa puissance. Le chef de clan Gamfrung dont il avait trahi la confiance était là, ainsi que Galeah, son premier amour qu'il avait conduit à sa perte. Le jeune Grahold qui avait tenté de l'assassiner après la destruction de sa famille le contemplait, ses plaies encore toutes sanguinolentes de la torture qui l'avait tué, ainsi que ce grand général Edain, son premier meurtre. Tous ceux que Toranur avait haïs, craints ou tués s'étaient donné rendez-vous, et, au milieu de cette foule, une silhouette gigantesque se dressa... Le maréchal déchu put alors contempler de ses propres yeux cette divinité qu'il avait trahi...


« Cela fait longtemps que nous t'attendons Toranur, très longtemps. Après tout, il n'est que justice de te remercier pour tous les éminents services que tu as rendus à la cause. Et j'ai trouvé une récompense spéciale pour un guerrier tel que toi. Tu as toujours éloigné la Mort de toi, il me paraît dès lors tout à fait approprié de continuer cette destinée et de te donner encore une longue vie. Mais comme il est temps désormais pour toi de te reposer, tu auras le bonheur de rester allonger ici avec tes chers amis. Depuis le temps qu'ils désirent te voir... Vous avez sans doute tant de choses à vous dire. Au revoir maréchal, et encore merci pour tout... »

Morgoth repartit, mais alors que la porte s'ouvrait, il suspendit sa marche et ajouta :

« Merci pour ce magnifique cadeau. Votre fiancée est exquise et la voir combattre à votre place ses semblables est un pur bonheur. Dommage que vous ne puissiez voir ça... »

Et sur cette dernière information, certain d'avoir brisé l'esprit de résistance de son traître de serviteur, Morgoth ferma la porte sur une horde de spectre se précipitant sur Toranur. Dans les caves d'Angband, un nouveau cri de souffrance se mêla aux autres jusqu'à ce que la souverain des ténèbres décide un jour que la punition ait suffi...


La dernière bataille de Toranur et de la Ière, IV et V Legion angmarienne Bannie10

Les soldats vivent mais ne savent pas pourquoi.
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