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 Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur

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Meinor
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MessageSujet: Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur   Jeu 16 Juil 2015 - 21:23

   Nous avons quitté Fëascalen alors que ce dernier partait vers un obscur combat. Vous vous souvenez sans doute de sa mine sombre, de ses lèvres entrouvertes et tremblantes que contrastaient avec sa démarche assurée, ou encore de ses yeux affreusement ternes. Et bien maintenant notre pauvre ami était aussi blanc que ses cheveux alors qu’il se rapprochait de l’arène. Pendant qu’il continue son chemin, permettez moi de vous décrire ce lieu magnifique. C’est en fait une crique d’une taille conséquente partagée en son milieu par un banc de sable reliant une petite île à la terre ferme. Ainsi à marée basse la mer ne fait que caresser les extrémités rocailleuses les plus avancées, laissant la crique se chauffer au soleil. Mais sous l’effet de la marée, l’eau s’infiltre pour ne laisser finalement que l’îlot surmonter les flots. Les terres préservées des assauts du sel sont couvertes de mousse de toutes les couleurs dont la nature peut se parer. Les dunes multicolores de sables fins filent ainsi à l’infini, leur monotonie seulement rompue par des résineux et quelques buissons d’aubépines en fleurs.
 
   L’elfe arriva dans ce lieu paisible vers la fin de l’après midi, alors que l’océan montait à l’assaut de la terre ferme. Il continua sa route pour s’arrêter finalement sur ce qui allait devenir une île dans les heures qui suivraient. Quelques végétaux subsistaient ici malgré le sel et les vagues qui parvenaient, quelque fois, à inonder ce macrocosme. Au milieu s’élevait un rocher poli, c’est donc tout naturellement qu’il s’assit dessus, profitant de la douce chaleur que la pierre avait emmagasinée pendant la journée. C’est alors qu’il se réveilla, ou du moins qu’il revient a lui. Depuis sa résolution, l’ancien officier s’était comporté comme un automate, obéissant à une force supérieure qui lui imposait sa volonté. Il s’étonna donc, et ce de manière assez légitime, de l’endroit où il se trouvait. Mais notre pauvre ami ne put profiter de ce magnifique paysage car son regard fut subjugué par l’eau qui venait à lui. Il aurait voulu fuir son ennemi si terrible mais ses muscles tétanisés l’en empêchaient ! Alors il resta sur son caillou, tremblant d’appréhension sous un ciel menaçant mais où perçaient toujours les rayons du jour.
 
   A mesure que le soleil baissait à l’horizon, les nuages se pourvoyaient d’habits de lumière. L’ocre côtoyait l’or sur un fond azur, laissant parfois d’infimes parties blanches comme l’écume alors que l’océan se parait de millions de petits diamants jaunes. Ébloui, dans tous les sens du terme, devant ce spectacle, l’elfe n’en manqua pas une miette, redoutant le moment où son seul allié emporterait sa lumière dans un monde liquide. Son émoi grandissait alors que les ombres s’infiltraient autour de lui et, comble de malheur, qu’une froide brume s’élevait pour plonger la côte dans un monde fantasmagorique. Le ciel s’obscurcit alors, vide d’étoiles et brillant par l’absence de lune. Le brouillard semblait une prison infranchissable, pour lui mais aussi pour les sons qui devraient être présents dans le monde nocturne. Le seul bruit qui perça fut le glas d’une cloche lointaine, porté par le vent. L’atmosphère ne s'en fit que plus pesante et glaciale. Fëa avait maintenant tout à fait perdu la notion du temps. Mais au moins, le mur mouvant lui cachait la mer et le son du ressac, ce qui le rassurait grandement !
 
   Seulement la nature est joueuse, et sans trop savoir comment, Fëascalen vit la brume s’éloigner de lui pour le laisser, lui et son rocher, dans un cercle de trente mètres de rayon totalement découvert. Au-delà, le brouillard reprenait ses droits. Pas très glorieux, notre pauvre ami releva la tête pour voir ce que la nuit lui réservait. Il ne vit rien, le ciel semblait avoir disparu pour laisser place au néant. De même, les alentours avaient sombré dans le noir complet… Ah non, seule restait l’écume argent qui contrastait avec le reste et montrait où en était la marée. Cette dernière venait d’ailleurs, chose rare, d’entourer complètement le rocher ! On le comprend assez facilement, il était terrorisé, désespérément seul dans le néant, face à un ennemi ô combien redouté ! Soudain le ciel s’ouvrit, laissant un éclair illuminer la crique. Pendant un instant la scène fut aussi éclairée qu’en plein jour, laissant apparaître une mer qui se creusait sous l’effet d’un vent invisible. Quelque secondes plus tard l’orage résonna sur les flots, comme pour encourager les vagues à plus de violence. Le silence fut alors totalement rompu, les rouleaux se fracassant sans répit contre la côte toute proche mais invisible.  Tout d’un coup une voix surmonta le tumulte, roulant comme le tonnerre :
 
« - Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur. »
 
   Tremblant de peur et de froid, l’elfe sentit chaque lettre s’inscrire dans son cœur au fer rouge. Tout son être était devenu une caisse de résonance pour cette force qui le transperçait de part en part. Le silence qui suivit fut presque irréel, la nature avait cessé d’exister pour laisser une place magistrale à cette voix abyssale. Pourtant, l’océan se faisait plus violent, menaçant de l’emporter vers les tréfonds du monde marin. L’eau ruisselante rendait le rocher glissant et c’est avec désespoir que ses doigts cherchaient des prises, n’y parvenant qu’avec l’énergie d’un mort en sursis. Et il faut l’avouer, cette phrase n’avait rien de rassurant… Bien au contraire ! Ainsi, lorsque la voix reprit, venant de partout à la fois et pourtant de nulle part, il manqua de lâcher prise :
 
« - Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur. 
 
- Je ne comprends pas…
                                           - Tremble donc dans ta douleur,
Tu cherches à m’échapper depuis bien trop longtemps
Et ça a réveillé ma colère. Maintenant
Tu n’as plus d’autre choix que de déposer les armes
Devant ton nouveau roi qui t’arracha des larmes. »
 
   L’intéressé resta indécis devant ce discours, encore surpris du maléfice qui le tourmentait. L’œil hagard, il tentait de comprendre où voulait en venir son ennemi déclaré. Un frisson lui parcourut tout le corps quand il comprit, à contrecœur, que sa vie était le prix que réclamait cet obscur monarque. Peu enclin à abandonner l'existence, la terreur qui le tourmentait le poussait à trouver une solution. La première restait de fuir ce rocher maudit en s’élançant dans l’eau froide et rejoindre la côte. Mais vu la puissance du sortilège, le même qui l’avait forcé à s’aventurer ici, risquait de le perdre parmi les créatures extraordinaires qui peuplent l’océan. L’autre possibilité, qu’il regardait avec une certaine appréhension, était d’attendre. Le soleil reviendrait bien un jour, et avec lui le bras de mer qui lui permettrait de quitter ce caillou. Mais il lui faudrait subir pendant de longues heures les menaces du vent, et peut être encore résister à son puissant adversaire. Notre ami n’était pas un lâche mais cette perspective ne l’enchantait guère… De plus, il avait l’interdiction de s’endormir sinon ce serait la mort assurée. Une nuit bien longue s’annonçait…


Dernière édition par Meinor le Lun 15 Mai 2017 - 14:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur   Jeu 6 Aoû 2015 - 11:39

  Les ténèbres continuaient à s’épaissir, si c'était possible. Quand à notre ami, en plus de combattre cette ambiance morbide, il devait faire face à une fatigue qui se faisait de plus en plus sentir. Rechignant à toucher l’infâme liquide qui grouillait dans l’ombre toute proche, il en prit malgré tout dans sa main et s’arrosa le visage. C’était indéniable, l’opération réussit et il n’eut plus envie de fermer ces paupières. Cependant ses yeux le brûlaient maintenant et tout son corps parfaitement réveillé le grattait affreusement à cause de ses vêtements imbibés de sel. De plus une soif terrible le tiraillait, qui allait bien sûr de pair avec une faim qu’il n’avait jamais osé soupçonner. Bientôt la tentation fut trop forte, il reprit un peu d’eau dans sa paume et en but avidement. Cette fois ci, il eut un succès moindre. Sa gorge en feu, la bouche sèche et la soif plus que présente, il sentit le désespoir qui s’insinuait malgré lui. La nature lui susurrait des paroles de découragement, comme des milliers de moqueries sur sa situation désespérée. Mais face à cette ultime confrontation, son orgueil se réveilla et se levant dans toute sa noblesse, il cria avec une voix brisée mais pleine de défi :

« - Il ne sera pas dit que j’ai été un lâche !
Si tu souhaites ma vie, il faudra que tu sache
Que je me tuerai plutôt que de céder !


-Et bien je te vaincrais, tu n’es pas le premier ! »


  Un rire maléfique emplit la crique et rebondit sur les parois de brume. Comme si c’était un signal, la mer se souleva de tous côtés pour attaquer l’elfe. Poussant un cri de rage, débarrassé de toute peur par l’imminence de l’action, il frappa les masses obscures qui voulaient l’emporter. Avec une adresse insoupçonnable sur ce théâtre glissant, il frappait partout à la fois, repoussant avec toujours plus de violence ses ennemies, qui brisées dans son élan, s’effondraient dans un nuage d’écume. L’épée étincelait alors qu’elle continuait sa danse effrénée dans ce combat surréaliste. Pénétrant l’eau glaciale comme si c’eut été de la chair, taillant les vagues d’estoc, de côté sans répit. Fëa frissonnait sous l’effet de la bataille et du froid, perdu dans une colère noire, devenu insensible à lui-même… A sa faim, sa soif, sa fatigue… Tout son être était tourné vers cette lame, simple extension de sa volonté. Malgré tout, son bras semblait s’engourdir alors que ses jambes faiblissaient de plus en plus sous les assauts des scélérates.  Alors que le désespoir commençait à le gagner de nouveau, l’océan se fit moins pressant, lui laissant reprendre haleine. Cet adversaire maudit se riait de lui, faisant en sorte que le combat dure longtemps. Quelque peu rassuré par cette conclusion, il se dit qu’il devait profiter de ce temps offert et le faire durer le plus longtemps possible pour atteindre l’aube encore en vie. Fort de cette résolution il laissa ses bras ballants et attendit.

  Lentement il respira l’air nocturne, essayant de se rafraîchir, tout en inspectant les alentours pour parer un éventuel assaut. Mais la nature semblait aspirer au calme elle aussi et seul des clapotis légers brisaient de leur musique le silence. Les minutes passèrent incroyablement longues, de temps en temps le combattant étirait ses membres pour ne pas perdre leur souplesse. Puis il se remettait à compter les heures… Sans y parvenir à son plus grand regret, la seule chose dont il était sur était que l’eau ne montait plus. La marée était donc à l’étale. Il lui restait sept heures tout au plus avant que son ennemi soit loin. Il reprit son compte mais fut bientôt interrompu par des bruits de ventre : sa faim était revenue ! Incapable de trouver quoi que ce soit pour se sustenter, ni calmer cette exigeante maîtresse, il se décida à reprendre le combat :

« - Envoie donc tes soldats car je ne les crains pas. »

  Cette fois ci la voix ne répondit pas, mais la réponse ne se fit néanmoins pas attendre. Des rouleaux plus puissants que précédemment se précipitèrent sur sa position. Surpris par cette force, Fëascalen trébucha et tomba de son piédestal. Se relevant comme si tous les diables du monde étaient à ses trousses, il tenta de remonter sur son rocher. Mais la mer formait un courant qui le tirait vers le large alors que les vagues tentaient de l’écraser. Malgré l’eau qui agrippait ses chevilles, il atteignit tout haletant son objectif et reprit son combat effréné sans faiblir cette fois. Du moins au début, car la fatigue alourdissait son corps et le premier assaut ne l’avait pas laissé indemne. Fort heureusement, avec une énergie qui le stupéfia lui-même, il résista corps et âme. Enfin son ennemi cessa de le tourmenter, et il s’effondra pour reprendre son haleine. Il s’aperçut alors que ses jambes étaient couvertes d’éraflures à cause de sa chute. Ses tibias étaient en feu comme ses poumons et sa gorge. Malgré tout, il se trouva assez dispos pour subir une autre vague. En attendant il fallait gagner du temps. Cette fois la peur le reprit, ce monde inconnu qui l’entourait l’inquiétait. Il s’attendait à voir surgir des créatures fantastiques derrière lui pour le tuer. Bien sûr, quand il se retournait pour se rassurer, seul le néant lui répondait. Il grelottait donc de plus belle en serrant sa lame dans ses doigts humides. L’elfe s’obligea à compter les secondes, mais n’y tenant plus, il se releva. Cette fois encore, il crâna pour ne pas perdre la face :

« - Je suis encore là, paré pour le combat. »

  Cette fois encore la voix se tut, laissant toute sa place au fracas de son armée. Les vagues étaient toutes aussi puissantes qu’à l’attaque précédente, Fëa eut alors l’espoir de vaincre. Il avait résisté une fois, il pouvait le faire encore. Les coups d’estoc, de taille et de pointe reprirent leur enchaînement infernal. Pourtant, il ne pouvait se défaire d’une certaine appréhension, que mijotait l’océan ? Quel mauvais tour pouvait-il lui réserver ? La réponse ne se fit pas attendre, une brûlure lui paralysa le bras gauche pendant de longues secondes. Totalement paniqué, il manqua de choir mais parvint à tenir bon. Continuant à frapper, il cherchait vainement une explication à ce nouveau sortilège. Il n’eut pas à chercher longtemps car une réponse vint s’écraser à ses pieds. En effet, une flasque méduse venait de rendre son dernier soupir en atterrissant violemment sur le rocher. Comprenant enfin d’où venait sa blessure, il redoubla de prudence. Malgré tout, il ne put empêcher à des oursins de venir piquer son bras ou à des coquillages de couper sa peau détrempée.

  Enfin la mer se calma. Notre ami s’effondra sans rien dire, les mains en sang. L’espoir de tout à l’heure avait totalement disparu. Il restait là, effondré physiquement et moralement. L’elfe ne se sentait pas la force pour une autre confrontation, surtout qu’il ne savait plus à quoi s’attendre. Une larme d’impuissance vint à couler sur sa joue, la fin approchait. Malheureusement, le temps qui le séparait de la liberté lui était inconnu, ajoutant du trouble dans son esprit. Incapable de faire autre chose, il attendit. D’abord rien ne se passa, comme après chaque assaut on lui laissait le temps de se refaire des forces. Mais peu à peu, il remarqua que les vaguelettes se faisaient plus pressants, le vent devint menaçant, apportant son lot d’insultes qui le fouettait au visage. L’océan s’impatientait, le combat devait reprendre. Seulement Fëa n’avait plus la force de soutenir cette nouvelle vague. Et mourir noyé le répugnait, c’était une mort atroce ! Il se décida à patienter encore, voir ce que l’avenir lui réservait. Les paupières lourdes, il ferma ses yeux endoloris. Mais une terreur sourde le prit, craignant de se réveiller au fond d’un tombeau translucide, il ne put se résigner à s’endormir même quelques secondes. Il resta donc éveillé, le regard dans le néant pour chercher son salut. Bien sûr il ne trouva rien, pour autant il continuait, avec l’énergie du désespoir.

  Soudain surgit du brouillard un immense navire. La respiration coupée il chercha à mieux distinguer son potentiel sauveur. Il reconnut alors le Raëgil. Fou de joie il se mit à brailler pour qu’ils viennent le chercher. Le même rire sortit des abysses et la nef fut engloutie par les eaux noires. Désemparé devant le spectacle qui venait de s’offrir à lui, il resta bouche bée et les bras ballants. Puis il fallut se rendre à l’évidence, cette situation le rendait fou. Si les vagues ne le faisaient pas disparaître, l’elfe se perdrait de lui-même. C’était le début de la fin, et face à ce constat il sombra définitivement dans la folie. Armé de son épée, il se mit à racler frénétiquement le sol immerger comme pour faire avancer une embarcation invisible, se retournant parfois pour voir s’il n’était pas suivi. Ce devait être un spectacle bien pathétique de voir cet ancien officier sombrer dans la démence… Son cerveau malade lui créait de nouveaux ennemis auxquels se mêlaient les menaces et les quolibets de son implacable adversaire. Une phrase revenait encore et encore :

« - Tu es déshonoré ! Rien ne peut te sauver.»

  Jouant sur son orgueil et son désespoir, ces mots piquèrent au vif Fëascalen qui sentit une sourde colère monter en lui. Et dans sa tête résonnait encore l’expression tant de fois répétée, mais que sa folie rendait magnifique et indiscutable. Une idée commença donc à germer dans son esprit. Autour de lui la mer se faisait plus pressante, tentant même de lui happer les jambes mais la lame qui s’abattait alors dans un nuage d’étincelles laissait la situation s’étirer. Un vent glacial se leva, frappant son visage comme une gifle. Relevant la tête avec une mine sombre, il se mit à genoux, la garde de son épée dans ses mains et l’extrémité plantée dans le rocher, comme un chevalier des temps anciens. Un rugissement terrible de haine mêlé de joie retentit dans la crique alors que les murs de brouillards se resserraient et que l’océan bouillonnait de plaisir. Les éléments pensaient que l’elfe abandonnait la lutte, pourtant l’œil dilaté du combattant était éclairé par une flamme de défi. Sa voix grave et cassée brisa l’élan de l’hallali.

« - Mon honneur est sauvé ! Jamais vous ne m’aurez !»

  La nature attendait la suite, le temps lui aussi avait suspendu son vol pour assister à la fin tragique qui se préparait. Il releva sa fidèle lame et l’approcha de son ventre, son cœur s’affolait et il tremblait comme un possédé. Puis reprenant son calme, il éloigna cette amie maudite et respira plus librement. Accroupi cette fois, il n’avait plus peur, ses yeux profitaient d’un spectacle grandiose où toute la force de la mer se condensait dans un seul lieu. Un sentiment de puissance se transmettait, prodigué par l’océan et attisé par un vent froid mais sensiblement doux. De ce trône il semblait contenir toute l’ardeur des éléments, toute la violence qui peut détruire des continents entiers était pendue à ses lèvres, impatiente. Un doux parfum de résineux et d’herbes odorantes le caressait, comme pour achever de le calmer. L’épée s’éleva encore un peu, puis dans un mouvement brusque il l’abattit sur lui. Un murmure parcourut l’assemblée et une joie précoce envahit l’ennemi. Précoce car la folie n’avait pas tout perverti en lui, pas encore. Et malgré tout ce qu’il avait subi, le suicide prit un visage qui le dégoûtait totalement. Cette idée qui l’avait touché et convaincu un temps lui apparut dans toute son horreur : c’eut été ça la lâcheté, se tuer plutôt que de combattre. Libéré de son sortilège, il vit en un instant le piège implacable qui lui était tendu : s’il résistait aux assauts de la mer, il serait vaincu par la folie suicidaire qu’inspirait cette phrase entêtante : « Seul le sang a le pouvoir de sauver l’honneur. ».

  Il se releva donc, flanchant un peu sur ses jambes fatiguées, il salua son adversaire, la lame haute puis abaissait la garde à sa bouche avant de porter la pointe vers le sol dans un mouvement élégant. Au fond de lui, l’idée de revoir ses amis disparus l’encouragea et fit disparaître les dernières lueurs de peur. Il lui semblait qu’il offrait sa vie pour celle de ses hommes, dernier mouvement sublime de ces capitaines qui s’offrent une gloire éternelle pour sauver ceux qui se battent sous leurs ordres. Fëascalen allait donner son existence dans un ultime combat, grandiose et désespéré comme tous les derniers assauts des grands héros, un dernier acte de tragédie qui nous offre un ami transfiguré par un étrange mélange de gloire et de folie, alliant la fermeté du plus noble courage et les feux qui consument ce qui restait de sa raison. Catharsis malheureuse de nos peurs les plus profondes après un long et terrible dilemme : le combat ou la fuite. Il lui manque sans doute une passion qui aurait rendu ce sacrifice ô combien plus pathétique, mais notre héros n’avait pas à vocation de subir les attraits du beau sexe, mais seulement de se confronter à la question ardue de l’honneur. Et après toutes ces péripéties, regardant sans faillir sa longue vie, il vit avec orgueil qu’il avait réussi à rester dans l’étroit sentier de l’honneur sans se perdre dans les méandres de la médiocrité ou du boulevard du paraître. Chacun de ses actes avait passé avec succès au tamis de ses principes. Ce qui aux yeux des autres l’élevait comme un grand personnage, ne lui donnait en réalité qu’un doux sentiment de devoir accompli. Car il ne faut pas confondre les honneurs de la société et l’honneur d’un homme. Dans ce dernier cas, c’est un obscur mélange entre devoir et principe qui font qu’un chevalier aura toujours une superbe qu’aucun combat n’entachera jamais.

   Le duel reprit donc, mais cette fois, la patience de la mer avait été consumée, un mur de vagues s’éleva et se précipita contre Fëa alors que les cieux étaient prêts à déverser leurs foudres. Sans hésitation, ce dernier sauta dans l’eau glaciale l’épée en avant et s’enfonça dans les ténèbres. L’eau se referma sur lui en bouillonnant. L’instant d’après, le rocher avait disparu, détruit par la puissance de l’attaque. Puis le calme revint sur la petite crique, l’eau commença doucement à descendre en reflétant sans plis l’éclat blême de la lune. Fëascalen Cuceleb venait de disparaître, et nul ne saurait jamais où il repose, lui et son tragique sacrifice.
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