Forum RP : Le Seigneur des Anneaux
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 Alcibiade

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Alcibiade
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MessageSujet: Alcibiade   Lun 9 Nov - 23:44



Alcibiade et Elzéard s'étaient remis en route de bon matin après leur excursion de la veille. Ils partirent avant même que les premiers rayons ne frappent la cime des plus hauts arbres. Le jour était là, incertain, et les brumes glissaient comme des vaisseaux fantômes charriés par les eaux de l'Anduin. Le fleuve brun, souillés des longues pluies des jours précédents, bouillonnait comme un serpent ventru, chargeant en son cours de vastes troncs encore fleuris arrachés à la terre par la crue soudaine. Quelques poutres tirées de malheureuses constructions éphémères fendaient ça et là les vagues comme les proues de vaisseaux téméraires.

En s'enfonçant vers l'Ouest ils accompagnèrent la course du soleil. Jusqu'à midi, ils sillonnèrent la campagne du delta jusqu'à atteindre quelques reliefs où la végétation se muta en une pinède de bois de cèdre et d'un sol tapissé de bruyères. Là ils croisèrent de vastes clairières dégagées par les bucherons dont l'activité grignotait chaque jour un peu plus la forêt. Le bois résineux séchait ensuite en stèles immenses abritées sous des bâches pendant deux années. Puis il était acheminé jusqu'à Perlargir pour y être découpé par les charpentier et tordu sous la main des ébéniste, afin d'assembler les merveilles de précision qu'étaient les navires des hommes de l'Ouest. De la gomme d'un arbre exotiques était ajoutée avec de la poix par des chaudronniers qui l'appliquaient pour colmater puis protéger le bois d'une peau élastique et luisante. Ainsi était confectionné un ventre dont la forme évoquait les flancs de quelques poissons ou oiseaux de mer.
On trouvait aussi du bois de buis en buisson denses duquel on tirait les rivets nécessaires à l'assemblage des tenons de mortaises. Les plus beaux troncs étaient réservés à la mature vers laquelle convergeait toute la voilure.

Le temps se gâta au milieu de l'après midi, et la pluie commençant à tomber, alors que le vieillard montrait les premiers signes de fatigues du chemin, Alcibiade décida de poser le camp pour la nuit sous une stèle bien couverte près du prochain col. Aussi ils se reposèrent et passèrent une longue nuit salvatrice. Au matin Elzéard était courbaturé et le marin décida donc d'avancer rapidement au prochain village afin d'y faire halte l'après midi et négocier une mule pour l'érudit. Ils ne repartirent finalement que le lendemain, des averses ayant sévi toute la soirée.
Le voyage fut calme et doux, et l'érudit profita de l'occasion pour enseigner ses dernières trouvailles à son ancien élèves. Ils tuèrent le temps en déclinant de mémoire les constellation dans leur apparition à chaque solstice. Alcibiade lui raconta son aventure chez les elfes et les enseignements qu'il en avait tiré.




Dernière édition par Alcibiade le Jeu 19 Nov - 16:52, édité 1 fois
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Alcibiade
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MessageSujet: Re: Alcibiade   Mer 11 Nov - 18:42

Les jours suivants furent accompagnés de lourdes pluies océaniques qui détrempèrent Alcibiade jusqu'aux os. Le marin était cependant coutumier du fait, l'embrun des vagues étant sa principale compagne. En revanche, Elzéard avait quant à lui confectionné un auvent  fixé à sa mule par trois branches de roseaux, et sur lesquelles reposaient une toile de cuir cirée. Ainsi le vieil homme se trouvait à l'abris et supporta le voyage plus aisément. Ils traversèrent le Lebennin en huit jours, leur allure étant freinée par les intempéries et les route étant rendues boueuses. Ils firent halte à Linhir, ville situé au-dessus de l'embouchure du Gilrain, où ils demeurèrent deux jours, Alcibiade espérant trouver un navire les menant à Dol Amroth. Mais leur chance tourna court car la nouvelles parvint que le prochain navire marchand cabotant au large  avait échoué sur des récifs. Aussi ils durent se résoudre à achever leur périple à pieds.

Ils repartirent, et cette fois le temps leur fut plus favorable. L'air se tiédit curieusement et une douce brise berça les arbres dorés tout du long de leur route. Ils franchirent le Gilrain par bac, puis pénétrèrent dans la terre des Princes. Dor-en-ernil était une région encore sauvage, avec peu d'agriculture. Ses côtes étaient constitué de grandes falaises blanches que les vagues grignotaient patiemment. Les landes s'étendaient à perte de vue, très herbeuses, avec une maigre végétation. À l'intérieur des terres où les rafales sont moins puissantes, quelques bois de hêtres rouges et de chênes centenaires parsemaient ce territoire vallonné. Les villages qu'ils traversèrent étaient accueillant, les auberges bien tenues, et finalement, la beauté de la nature fit oublier à Alcibiade qu'il eut préféré navigué.
Les stigmates du sac de Dol Amroth dix ans auparavant restaient cependant présent dans bien des mémoires. Ils traversèrent ainsi deux villages qui ne s'étaient pas relevés des pillages orcs. Il n'y subsistait que quelques ruines dont les poutres noircies par les incendies. Les tombes à la sortie du village témoignaient de la mémoire de ces lieux simples qui avaient jadis sans doute été des havres de paix et de bonheur pour ses habitants.

Et lorsque cinq jours plus tard ils eurent franchit les collines précédant Dol Amroth, ils se trouvèrent face à un spectacle qu'Alcibiade redoutait. Il avait participé aux sièges de la ville, repoussant les pirates d'Umbar avec les moyens réduit dont il disposait. Mais à la fin, les portes de la citadelle avaient cédé, et l'Amiral avait alors fait embarqué la population de la ville en catastrophe tandis que les chevaliers de Dol Amroth se sacrifiaient afin de gagner du temps. La cité, réduite en cendre, était à présent l'ombre d'elle même. Les navires s'étaient faits plus rares, lui préférant Pelargir et sa proximité avec Minas Tirith et Osgiliath. Les souvenirs suscités assombrirent le cœur d'Alcibiade, le rendant taciturne pour le reste de la journée. Ils parvinrent à l'entrée de Dol Amroth à la nuit tombée et cherchèrent une auberge pour y passer la nuit.


Suite à DOL AMROTH


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MessageSujet: Re: Alcibiade   Jeu 19 Nov - 17:00

PNJ VAKALOR



Une longue colonne de cavalerie étendait ses rangs clairsemés le long de la plaine orientale de l'Anduin. Après une mission de ravitaillement et de soutient à la base secrète de Henneth Annûn en Ithilien, elle venait franchir le fleuve à Osgiliath.
La rive Est était encore une vaste ruines, où seuls les murs d'enceinte et quelques tourelles avaient été reconstruits. Nombre de vieilles demeures n'étaient plus que les vestiges de la grandeur jadis d'Elendil. Les habitants répugnaient à s'installer à nouveau sur ce bord de l'Anduin où les défenses étaient incomplètes et les souvenirs douloureux.
La rive ouest avait retrouvé son allure puissante d’antan. Ses quais étaient même fréquentés par les pêcheurs, les marchands du Sud, les négociant de bois du Nord, et nombre d'embarcations se trouvaient amarrés sous les grues à poulies installées sur de lourds assises de pierre. Quatre larges tours, véritables bastilles à cheval sur les ponts permettant la traversée du fleuve gardaient l’accès entre les deux rives. De lourds ponts-levis en bois, actionnés par d'ingénieux systèmes de roues à eau s'abaissaient et se relevaient à une vitesse surprenante afin que les plus gros navires puissent remonter le fleuve malgré leur haute mâture.
Il fallait remonter quarante lieux en amont du fleuve pour passer les gués de, contrôlés par un poste de garde solide et une garnison très importante. Une légion entière gardait perpétuellement les deux bords du fleuve, quatre fortins de bois et de terre abritant les troupes. De nombreuses machines de guerre menaçaient les hauts fonds où le franchissement était possible.
Autrement, on pouvait emprunter les bacs à l'ouest de l'Emyn Arnen en Aval d'Osgliath, à environ trente lieux au Sud Ouest. Mais les amarres des embarcations étaient aisément destructibles, aussi une trentaine d'hommes suffisaient à en assurer la garde.

Parvenue devant le premier pont-levis après la traversé du désert oriental d'Osgiliath la colonne de chevaliers resserra ses rangs avant de se présenter aux portes dont les herses étaient abaissées. Aux gardes assurant la sécurité qui leur demanda leur nom, une voix claire répondit répondit haut et fort :

-Capitaine Vakalor, ainsi que deux compagnies de cavalerie. Du moins ce qu'il en reste…
-Vous avez livré bataille ?
-Nous avons embusqué une incursion orque. Notre fuite a cependant été difficile, et il s'en est fallu de peu que nous ne tombions, encerclés. Trente de nos frères se sont sacrifiés pour notre salut. Mandos accueille leur âmes valeureuses. Je crois que l'ennemie se dirigeait vers Cair Andros, mais les pertes que nous leur avons infligé avec le soutient des rangers devraient probablement les faire changer d'avis. Les arsenaux de Henneth Annûn sont pleins, et les compagnies de Faramir tiennent efficacement les forêts de l'Ithilien.


Seule la vallée de Morgul narguait encore l'action des hommes de l'Ouest qui avaient su courageusement reprendre leur territoire. Dans moins d'une semaine, Vakalor franchirait à nouveau ces portes, mais cette fois avec beaucoup moins d'hommes. Il s'agirait alors avec l'aide de Faramir, d'explorer le fond de certaines gorges pour y trouver des carrières de pierre nécessaires à toute nouvelle construction d'une certaine ampleur.
Pour le moment, il devait gagner Minas Tirith et y rencontrer le connétable Gilnor afin de lui faire son rapport de mission. Vakalor était sans doute l'un des meilleurs généraux du Gondor. Ses exploits avaient marqué l'histoire et tous dans le royaume connaissaient son histoire. Il avait été de toutes les batailles, miraculeusement jamais blessés, et ses soldats avaient une confiance absolue en leur chef. On l'avait élevé aux rangs de gouverneur puis de connétable du royaume. Il incarnait la bravoure pour nombre d'hommes et nul ne reculait sous son commandement. Il n'était peut être pas le plus fin des stratèges, mais c'était un tacticien réfléchi et méthodique qui avait une très bonne connaissance de ses forces et savait les exploiter de manière optimum. Au combat, c'était un véritable fou de guerre, ses hommes l'ayant surnommé le Lion Rouge en raison de ses armoiries toutes de gueule et d'or. Souvent sa bannière avait ralliée les troupes en fuite et fait face aux marées du Mordor.

Deux herses de fer forgés se levèrent successivement, ouvrant le passage des ponts aux cavaliers épuisés. Vakalor s'avança et franchit les hautes arches de pierre, pénétrant dans la salle de garde voûtée qui coiffait cette complexe barbacane d'un large rempart où des réserves de boulets en pierre attendaient de glisser dans une mâchicoulis. Les créneaux étaient garnis de fagots de flèches et d'arbalètes préalablement chargées. Nul doute que c'étaient là les véritables porte orientales du Gondor.

Après avoir changé les chevaux, Vakalor repartit d'Oslgiath avec une petite escorte de cavalier. Leurs montures fraîches leur permirent de franchir la plaine brumeuse du Pelennor à bonne allure et au soir ils atteignirent Minas Tirith. La cité blanche avait la tête dans les nuages, et l'on ne distinguait qu'à peine l'avant dernier cercle de la ville. Une bruine presque imperceptible mouillait le pavé sur lequel les fers des montures prodiguèrent bientôt leur claquement. Ils gagnèrent le septième niveau pour y rencontrer Gilnor.




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MessageSujet: Re: Alcibiade   Sam 21 Nov - 17:32



L'aube pointait à peine que déjà la coque du Nostromo fendait le flot. Les côtes verticales du Belfalas luisaient rosâtres sous le rayon du levant. Les nuages à l'Ouest ne rougissaient que faiblement, indiquant que le journée serait tiède et l'après-midi dégagé. Les vents soufflaient de l'Est et il fallait sans arrêt louvoyer pour progresser sur le flot. La manœuvre presque incessante avait l'avantage d'accoutumer Alcibiade à la conduite de cet étrange navire, à vrai dire peu évidente. Il virait de bord à tout va, la bôme balayant sans cesse le pont arrière de ses revirement périodiques.

La petite nef, déjà chargée jusqu'à plein bord par les quatre navigateurs et leurs bagages, emportait de surcroît une petite cargaison de vin aigre, produit dont le commerce s'était accru ces dernières années aux vues de ses propriétés antiseptiques. Ainsi ces vieux alcools oxydés permettaient la conservations de certains aliments et était usée dans le préparation de nombreux remèdes d'apothicaire.
Les voiles tendues claquaient à l'assaut de chaque bourrasque, faisant pencher le navire de manière inquiétante. Accroché désespérément au bastingage, le vieil érudit maudissait son désir de voyage. Pris par un terrible mal de mer, il vomissait à répétition, et son teint pâle comme un suaire faisait de son visage buriné un étrange masque livide, presque effrayant. De temps à autre, Alcibiade lui portait du thé froid et du pain afin de le soulager dans sa souffrance passagère. Malgré cela, le vieillard continuait à dégurgiter chaque bouchée péniblement avalée au préalable.
De son côté, Almaride, profitait du voyage pour dévoiler à son ami les particularité du vaisseau. Il le poussait dans ses limites, jusqu'à menacer de faire chavirer l'embarcation. Au plus prêt du vent le navire prenait une allure rapide, mais son bord quelque peu fragile heurtait les vagues de plein fouet et la coque grondait alors d'un bruit inquiétant. L'ensemble était trop chargé aux vues de l'usage initiale. Les cales chargées maintenaient l'oiseau de bois et de toile dans le creux de la houle, là où la nef aurait du glisser sur ses crêtes mousseuses.

Ménéor, plus hostile, demeurait froid, mais adressait néanmoins la parole à l'amiral. Il se contentait de conversations brèves mais nécessaires. On voyait cependant dans son regard qu'il se méfiait quelque peu d'Alcibiade. Ou du moins, on sentait une retenue secrète, une défiance à son égard. L'aîné n'était cependant pas rancunier, et malgré ses paroles, il était à parier qu'il renouerait avec son camarade d'ici quelques jours. En fin de compte, l'architecte naval n'était pas mécontent de retrouver son ami et mécène, plein de projets. Il aimait être emporté par cet être à la route aventureuse et dont le sillage laissait ces souvenirs impérissables et amitiés intemporelles. Aussi, malgré lui, il se réjouissait secrètement de ce retour inespéré bien que troublant.

Alcibiade appris peu à peu à sentir le grondement du bois. Il saisit doucement son chant de bois arqué et le jeux musical du vent dans le gréement. Les haubans et les étais, tels les cordes d'une lyre scintillait dans le vent et sifflaient leur complainte aiguë.  

Almaride vint expliquer à son compagnon que le navire possédait deux dérives ajustables qui permettaient à la nef de limiter sa dérive et de mieux accrocher les courants et les rafales. Le marin tira profit de l'enseignement et fit poursuivre une course plus tendue encore au navire. Les deux frères admiraient l'habilité d'Alcibiade, qui instinctivement pilotait l'embarcation d'une main sur le gouvernail, et de l'autre, jouait sur la portance de la grand voile en faisant varier la tension des écoutes. De temps en temps, il exigeait un coup de main pour resserrer les focs à la proue du vaisseau. Le Nostromo, toute voiles dehors, pourfendait le flot d'une course impassible. Le temps dégagé plaçait l'amiral en confiance et il profita de se excellent allure pour pénétrer dans les deltas de l'Anduin deux jours plus tard.
Là, la navigation se fit différente : les brises soufflaient à présent de l'Ouest. Le Nostromo, sous le vent de travers poursuivit sa course rapide. Alcibiade, qui connaissait bien le fleuve, laissa à Ménéor la conduite du navire et se porta à la proue afin de scruter le fond. Il craignait que les inondations du début d'hivers n'aient déplacé quelques bancs de sable sournois. Par chance, le soleil rendait le flot suffisamment limpide pour que le marin n'ait recours à une gaffe pour sonder le lit du fleuve.

Le soir, ils gagnaient la berge et payaient quelques haleurs et leurs mules pour les remonter durant la nuit afin qu'ils prennent un repos mérité et nécessaire dans  les jours à venir. Les nuits étaient fraîches et humides. Le vent n'arrangeait rien et leur sommeil avait été quelque peu léger ces derniers temps. Aussi il ne rechignèrent pas à se délester de quelques écus pour assurer leur confort.  De temps à autre, ils faisaient halte à un quai de garde où ils s'acquittèrent des taxes marchandes en vigueur dans la province. Ils déjeunaient des poissons qu'Almaride, en habile pêcheur, attrapait à l'aide de quelques lignes fixé à l'arrière du navire. Il mariait la chaire rouge des thons à quelques pomme de terre et oignons qu'ils mélangeaient à des herbes aromatiques.

Finalement, Elzéard se trouva mieux. Les eaux plates du fleuve furent pour lui salvatrice et même a quai, il ne quitta plus le navire de peur de perdre son accoutumance à la gîte du vaisseau. S'amariner prenait en général deux à trois jours, et l'érudit ne voulait pour aucun trésor du monde se retrouver à nouveau dans la piteuse condition qui était la sienne quelques jours auparavant.
Et puis, les donjons et les tourelles de Pelargir se dessinèrent dans le lointain…

Suite à PELARGIR


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MessageSujet: Re: Alcibiade   Mar 24 Nov - 1:14

Arrive de PELARGIR


Alcibiade quitta Pelargir trois jours à peine après avoir remporté la course. Toute la province parlait de l'événement qui avait vu son retour improbable et son triomphe prouvant aux yeux de tous sa réputation de meilleur navigateur du royaume. Alcibiade n'en était peu fier car ses déboires des derniers temps l'avait fait douter de sa capacité à affronter les épreuves de la vie. Aussi cette réussite était-elle nécessaire à son retour sous de bons augures.

Sa route emprunta les bords de l'Anduin. Au soir, parvenu à environ trente lieux de Pelargir, il fit halte pour la nuit dans le manoir fortifié de son oncle Vathanor. Celui-ci était veuf et le benjamin de la famille et habitait ce vieux château autrefois la demeure d'une aïeule éteinte et dont l'amiral avait oublié jusqu'au nom. C'était une solide bâtisse pourvu d'un large donjon plongeant dans le fleuve par un escarpement rocheux. Un haut bastion à quatre tour d'angle lui assurait une haute demeure, à l’abri de bien des assauts. Aussi Alcibiade dormit pleinement et gonflé de tranquillité, réconcilié avec une majeur partie de ses connaissances après un long dîner plein d'explications.
Le lendemain il traîna un peu, afin d'achever le récit de ses aventures au maître de maison. Et finalement il désira s'attarder un jour de plus. Les discussion furent animées. Son oncle était un homme colérique depuis le trépas de son épouse. Il vivait dans la simplicité, allouait sa soldatesque au service des forces du Gondor en contribuant par ses modiques revenus à financer un équipage de la flotte ainsi qu'une troupe de deux cents vaillants spadassins de l'infanterie coloniale. Alcibiade décida de profiter de l'occasion pour lui parler des lever des fonds nécessaires à la flotte. Beremond son intendant le lui avait recommandé. Vathanor accepta sans trop y songer. Sa fortune était modeste: il disposait encore de la dote de son épouse défunte, mais l’absence d'enfants légitimes et son désintérêt marqué pour les bâtards rendait ses richesses caduques.

Au troisième jour, Alcibiade partit de bonheur et s'avança dans les premiers rayons sur la route serpentant à travers les collines herbeuses. Les vallées étaient vertes et humides, rincées par les vapeurs et la brume matinale. Il prit le chemin d'Osgliath, afin d'y rencontrer Vakalor qu'on lui avait indiqué avoir aperçu opérer dans les environs d'Ithilien. Son escorte était composée de fiers chevaliers de Cair Andros qui s'en retournait à leur forteresse monacale après avoir essuyé une lourde mission de leur ordre. Voués au culte de Mandos, ils l'appelaient dans leur chants et légendes.

Les lieux défilèrent les unes après les autres, sans que la troupe soit inquiétée. Les forêts de bouleaux, argentés et encore flamboyants à cet heure de l'automne, les environnèrent bientôt complètement et la route se rétrécit de manière à laisser tout juste la place à une charrette. La cime des arbres couvrait de ses branches le chemin et, le soleil disparaissant derrière d'épais nuages, il se fit bientôt une obscurité telle qu'il eut presque fallut allumer des torches au beau milieux du jour.


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MessageSujet: Re: Alcibiade   Jeu 25 Fév - 20:00

Les quelques jours d'étape à Osgiliath passèrent comme une longue année aux yeux de l'amiral. Seule la présence de Vakalor, dont le mandat pour une mission aux confins des régions septentrionales du Royaume l'obligeait à se décharger de ses fonction intermittentes de gouverneur, rendit supportable cette halte imposée. Les deux compères, purent chaque soir, célébrer leur retrouvailles. Non par des beuveries de soudards ou l'ennuie de récitals trop protocolaires en une telle occasion, mais par de longs dialogues qui les virent ouvrir à l'autre leur conception du monde. Parfois quelques chants du soir, accompagnés du jeu de doigts malhabiles de Vakalor sur une lyre, égayaient de leur écho les galeries solennelles du palais insulaire. Les conversations étaient graves, les voix basses comme pour préserver leurs paroles des temps obscurs qui encerclaient la bastille de pierre blanche et qui menaçaient de jaillir par les arches des fenêtres.

Aux heures les plus tardives, un silence embaumait la grande salle de son parfum ouaté de feux muet. Chacun se laissait bercer dans la tiède quiétude de la braise où les regards venaient se perdre. La contemplation de l'âtre satisfaisait les esprits qui semblaient comme y puiser la flamme nécessaire à leur être pour les jours à venir. Nul ne songeait à rompre la paix nocturne et c'était seulement lorsque le brasier faiblissait et que ses lueurs rougeaudes s'enfonçaient sous la cendre, que l'un d'eux consentait alors à lancer une dernière promenade sur le rempart.
À la lueur des étoiles dont Alcibiade aimait à conter les filiations, ils arpentaient lentement le chemin de ronde, frôlant ses parapets du bruit feutré de leurs capes. Puis, parvenus à l'échauguette de la tour la plus orientale, ils fixaient un moment l'éclat venimeux de la vallée de Morgul au travers de l'étroite meurtrière. Convaincus de leur répit bien précaire, ils regagnaient enfin leurs appartements sous l'éclat de la lune narquoise.

***

Aussi longtemps qu'il le put, l'amiral repoussa son action : il évita soigneusement un retour à Minas Tirith où sa charge l'aurait plongé dans un soucis administratif que ses émissaires maîtrisaient bien mieux que lui. La Déchirure et le massacre de la maison de Dol Amroth qui s'en était suivi, avaient laissé leur marque dans l'esprit du noble marin et la capitale  évoquait plus le pourpre du sang que la blancheurs légendaire de ses pierres. Sa lointaine proue rocheuse dressait comme un avertissement à l'attention d'Alcibiade qui, impénétrable, taisait les blessures encore vives des homicides cruelles commis sous le règne de Thais et feignait d'ignorer l’œuvre présomptueuse des hommes de l'ouest. Les murs de Minas Tirith pouvaient être solides, il n'en demeurait pas moins perméables à la plus cruelle des armes: la trahison. Une trahison d'autant plus profonde qu'elle n'était pas le résultat de rivalités ancestrales entre quelques seigneurs du Gondor, mais celui d'un mystère filiale dont Alcibiade méconnaissait les arcanes.

Lorsque Vakalor franchit les portes d'Osgliath à la tête de colonnes armées pour gagner les provinces reculées du nord, Alcibiade se trouva bien isolé. Il se plongea dans la rédaction d'un mémoire à l'intention de son intendant Beregond, y joignit des rapports destinés à  l'amirauté, et régla les derniers points relatifs aux gestions de la flotte. L'ambiance pesante de sa charge lui revint en mémoire avec plus de force que jamais. Cette solitude forcée lui fit prendre conscience que son absence trouble avait occasionné un manque dans la foi que lui portaient sa hiérarchie. Certaines de ses décisions furent ainsi contestées sans qu'il ne parvienne à savoir quelle voix était aux sources du refus apposé. Lassé des manigances et de la politique, Alcibiade prit prétexte d'une affaire secondaire pour visiter un lieu qu'il n'avait plus revu depuis fort longtemps. Par une nuit claire et froide, il partit seul sur sa monture et s'enfonça dans les forêts ombrageuses de l'Ithilien, alors que son esprit était lui déjà parvenu au lieu qui l'occupait tout entier.


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